P. GALLAND ET J. CHARPENTIER
mouvement , que cette affaire faillit avoir pour lui des conséquences aussi funeste que les précédentes disputes sur Aristote. Bientôt en effet la querelle allumée par Galland prit de plus grandes proportions par l'entrée dans la lice d'un nouveau combattant, plus jeune et plus redoutable, le plus dangereux ennemi que dût rencontrer Ramus : je veux parler du trop fameux Jacques Charpentier.
Charpentier, ancien élève de Pierre Galland, était alors régent de philosophie au collège de Boncour. Il était d'une famille riche et très connue dans l'université de Paris 1 ; il avait des patrons puissants, surtout dans le clergé, et il avaii été mêlé de bonne heure aux brigues universitaires, en sorte qu'aux élections du 15 décembre 1550, étant à peine âgé de 2b ans, il fut en état de se faire nommer recteur. Il voulut sans doute signaler parun coupd'éclat sa magistrature trimestrielle. Peut-être aussi était-il poussé par Pierre Galland, que Ramus appelait a le mauvais génie de l'académie de Paris, » Cependant, il ne serait pas impossible que Charpentier eût déjà fait son coup d'essai en ce genre, en figurant comme acteur sur les théâtres des collèges de Paris, dans les représentations où s'exhala la joie furieuse des scholastiqnes , après la condamnation de leur adversaire par François I" r \ Quoi qu'il en soit, le nouveau recteur, à
1 Du Boula y (t. VI, Catalog., 941) mculiiiimi: jiis.ju'i'L six professeurs de ce nom, avant l'année 1550.
'Scholj:dialect.,I.XVI(i,c.l().Rarnus,en cet end roii^accuse formellement un professeur royal d'avoir ligure comme acMurdaiiBœs pièces. Il ne nomme personne, mais cette allusion peut s'appliquera Charpentier, qui, en 15fia, ^lait en effet professeur au collège de France. Peut-êLre aussi était-ce Loger Du Chesne, i[ue Ramus parait avoir appelé hintriort du ni, Voyei li-dcsjus
V1B DE RAMUB.
peine installé, exerça au nom Je l'université des poursuites voxaloircs contre Ram us, l'accusant de délits pour la plupart imaginaires, et lui reprochant de prétendues violations des règlements. Son principal grief était, à ce qu'il parait, que les professeurs du collège de Près les, dans le cours de philosophie, n'expliquaient pas toujours des philosophes, mais quelquefois aussi des poètes et des orateurs, contrairement aux statuts do l'Académie.
Hamus espérait que son accusateur, qui était aussi son juge, lui donnerait le temps et les moyens de se disculper. Il demandait que l'on ouvrît une enquête au collège de Presles, que l'on examinât l'enseignement qui s'y donnait, enlin qu'on lui indiquât d'une manière précise les points sur lesquels ou désirait une réforme. Mais deux jours après, le recteur, assisté de quelques récents de son choix, prit dans sou eahinet une décision par laquelle les élèves du collège de Presles, sans enquête préalable, sans avoir été appelés ni entendus, furent déclarés déchus des privilèges et exclus des grades de l'université. Les pauvres écoliers, qui n'en pouvaient mais, en appelèrent d'une sentence si étrange. Leur appel fut porté à l'assemblée des régents de philosophie qui, d'un commun accord, les renvoyèrent absous, mais à la condition que leur professeur affirmerait avec serment qu'il leur avait expliqué les livres prescrits par les règlements. C'était une sorte de malice à l'égard de Kamus: car les livres dont il s'agissait étant ceux d'Aristote, il pouvait lie pas être agréable à l'auteur des Animad versions d'avouer qu'il avait suivi comme tout le monde un usage
1(! |';ni!|i]]let anonyme intilulii: In P.
Philippicu prima. Paris, 1S6T.
Deunatum