RECTORAT DE J. CHARPENTIER
qu'il blâmait. Mais, comme il était en règle, il n'hésita point à prêter le serment qu'on exigeait de lui.
Avec tout autre que Charpentier, l'affaire en tut peutêtre demeurée là ; mais il ne s'était pas mis en campagne pour si peu. Laissant de côté les élèves, il s'en prit directement à leurs maîtres, Orner Talon, Nicolas Charton et Ramus. On lit en effet dans les registres de la faculté de médecine que l'université fut convoquée le 15 janvier 1 551 , pour décider entre M. le Recteur qui la défendait ot Pierre Ramus, qui était son ennemi (uuiversitatis hostem). Cette fois Charpentier, sans insister sur la nature des ouvrages expliqués, attaqua Ramus sur la manière dont on les expliquait au collège de Presles, disant qu'il ne suffisait pas de lire Arislote, et qu'il était contraire aux statuts et règlements de mêler à cette lecture celle des poètes et des orateurs. Ramus de son côté soutenait qu'il importait de maintenu- l'union des lettres et de la philosophie. La discussion ayant dégénéré en une dispute violente, on remit la décision de l'affaire à six députés élus par chacune des facultés supérieures , de droit , de médecine et de théologie , et dont on entendit le rapport le 24 janvier et le 3 février. Cette mesure ne tourna pas à l'avantage de Ramus. Les médecins, il est vrai, étaient divisés et trouvaient la question douteuse; les jurisconsultes étaient même d'avis de rouvrir les cours interrompus du collège de Presles; mais les théologiens, qui voyaient de mauvais œil toute nouveauté, donnèrent raison à Charpentier. Celui-ci triomphait au milieu de ces divisions que lui-même avait provoquées, el, quoique la majorité des députés lut favorable à Ramus, il maintint les mesures qui avaient déjà frappé le
VIE DE RAMI'S
principal de Prcsles et qui menaçaient de ruiner en peu de temps son collège.
Heureusement, il restait à Ramus un refuge. L'autorité universitaire, toujours si étroite et si tyran nique, ne rendait pas alors des jugements sans appel. Sous cet ancien régime, d'ailleurs si peu favorable à la liberté, on avait du moins quelque notion de la justice; on comprenait, par exemple, qu'un professeur eût des droits et des garanties en même temps que des devoirs ; et les membres du corps enseignant qui se croyaient injustement frappés pouvaient en appeler au parlement de Paris. Ramus n'hésita pas à porter l'affaire devant un tribunal où il n'aurait plus pour juges des confrères, c'est-à-dire des rivaux et des envieux. Mais il rencontra un autre obstacle dans les lenteurs de la justice, et il désespérait d'eu triompher, lorsque Charles de Lorraine lui vint de nouveau en aide.
Ce prélat avait quitté depuis le 10 mai 1550 le titre de cardinal de Guise pour prendre celui de cardinal de Lorraine, devenu vacant par la mort de son oncle Jean. Le nouveau cardinal de Lorraine, pourvu d'une riche succession de bénéfices, avait vu s'accroître en même temps son créditdans l'Eglise et sa puissance dans l'Etat. Il revenait de Rome, où il avait concouru à l'élection du pape Jules 111, lorsque éclatèrent contre Ramus les persécutions dont il s'agit. 11 essaya d'abord de s'entremettre dans les débats, et d'éteindre la querelle en réunissant chez lui les deux parties. Mais n'ayant pu obtenir la moindre concession de Charpentier et de ses adhérents, il s'employa auprès du premier président pour que l'affaire de Ramus fût promptement appe-
Digitizod t>/Coogle