RAMUS EST NOMMÉ LECTEUR ROYAL
tracasseries incroyables auxquelles Ramus était en butte. Il eu avait été indigné et il avait formé le dessein de l'y soustraire. Etant allé rejoindre la cour à Blois vers le 27 juillet, il entretint le roi Henri II du procès qui avait fait tant de bruit à Paris; il sut l'intéresser à noire philosophe et lui persuada d'achever l'œuvre de son père François I", en instituant au collège royal une nouvelle chaire on faveur de Hamus, au n qu'un homme d'un si grand mérite et d'un esprit si original fût désormais à l'abri des misérables chicanes par lesquelles on entravait le progrès des lettres et de la philosophie. Le roi, ayant agréé cette demande, adressa lui-même à Ramus une lettre pleine d'encouragements et d'éloges où il lui annonçait qu'il venait de créer eu sa faveur une chaire d'éloquence à la fois et de philosophie, et qu'il l'autorisait à y poursuivre ses études suivant le plan qu'il s'était tracé. Celle nomination fut en général bien accueillie des écoliers de l'université, et fit taire pour un moment l'envie.
Itamus, nommé professeur royal vers le milieu du mois d'août 1551, ouvrit son cours un mois après. Sa leçon d'ouverture fut un événement. L'université, le parlement, le clergé s'y portèrent en foule, et Ramus eut enfin une occasion solennelle de réhabiliter, devant deux mille auditeurs, appartenant à toutes les classes de la société ', son enseignement et son caractère outrageusement calomniés. Il rendit d'abord à Henri II et à Charles de Lorraine l'hommage de sa juste reconnais-
1 Voir le dfbut du lii.-^i iiv.- d'iiuviTlure de Ramus en 1SS1. s ISanesius, p. lu; Nancel, p. ïu;Sc6t. de Sain te- Marthe, Eloge de tlauius ; Th. Zuinger, Tlieatr. hum. vite, p. 8687, col. b.
VIE DE RAMUB.
sauce. Puis il releva avec une gramlfi dïgniié de langage les propos odieux par lesquels on avait cherché à le flétrir. On lui avait reproché jusqu'à ses malheurs. On lui avait prêté tous les défauts, tous les vices, toutes les erreurs. Parce qu'il ne partageait pas toutes les opinions d'Aristole, on l'avait accusé de saper la religion et la morale ; el parce qu'il s'efforçait de rendre plus humain le langage si rude et si inculte du moyen âge, en rappelant l'aimable sagesse de Socrate et de Platon, on le traitait d'académicien et de sceptique, on l'appelait impie, athée, ennemi de la société et de l'Etat. Après avoir repoussé ces imputations avec autant d'énergie que de noblesse, sans nommer ni attaquer personne, il exposa ses propres idées avec une éloquence qui lui valut les applaudissements de l'assemblée, quoiqu'il y comptât plus d'un adversaire. Son discours, qui a été plusieurs fois réimprimé, est un chef-d'œuvre d'élégance, de simplicité, de noblesse, et l'on citerait difficilement dans tout le XVI* siècle une œuvre de polémique où tant de politesse se rencontre avec tant d'ardeur et de vivacité.
Voici la dédicace assez originale que Ramus mit en tète de ce discours, en l'envoyant au cardinal de Lorraine ; k Je vous adresse la préface de mon cours : elle a été prononcée au milieu d'une si grande affluence de monde que plusieurs personnes à demi asphyxiées ont dù être emportées hors de la salle, et que l'orateur lui-même, pris d'un accès de toux dans celte grande chaleur, a failli en être suffoqué. Vous lirez donc plus d'un détail que n'ont pu entendre deux mille auditeurs, venus pour assister à votre éloge. »