‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 20 sur 175 · RÉFORME DE IA GRÀMMÀ1HE · texte numérisé non relu

RÉFORME DE IA GRÀMMÀ1HE

nous apprend lui-même , dans la préface de ses Scholie in libérales artes, que a nulle part la discussion ne lui a été plus facile. » La réforme en effet était commencée depuis assez longtemps sur ce point : le barbare Doctrinal d'Alexandre de la Ville-Dieu n'était plus suivi dans les classes, et les écoliers de l'université ne pensaient plus que ce fût bieu parler de dire : ego amat pour ego amo, comme ce joyeux buveur Bragmardus, que Rabelais met en scène, et qui dit, en brouillant les cas et les personnes : Ego habit bonum vino

Ramus rassembla plus tard, sous le titre d'Etudes sur la grammaire (Schola: grammatical), toutes les critiques que lui suggérait la lecture de Priscien et des autres grammairiens. Mais il ne se borna pas à la critique et voulut mettre lui-même la main à l'œuvre : de là trois grammaires qui parurent, la latine en mai 151)9, la grecque en 1500 , la française en 1 562 , et qui eurent un nombre considérable d'éditions, comme on peut s'en convaincre en jetant un coup d'œil sur le catalogue des écrits de Ramus, que nous donnons plus bas, à la (in de ce volume.

Après la grammaire vint la rhétorique, et avec elle une lutte bien autrement grave et de plus longue durée contre Cicéron et Quintilien, ou plutôt contre îcurs fanatiques partisans. Celui qui prit avec le plus d'ardeur la défense de ces deux illustres morts, dont apparemment il se considérait comme le tuteur, fut , comme on

1 Voici où Bajle (art. Hamus) a exprimé quelques doutes; c'est an sujet de eg» aniul. Mais ses doutes se seraient dissipés, s'il eût connu lu passage formel des Advertissements au Koy touchant la réformalion de l'uuiv. de Paris (15SÎ, in-8°), p. 90.

VIE OE ii.V.Ml S.

l'a tu plus haut, Pierre Galland, le plus ancien adversaire de Ramus. Le débat entre ces deux champions divisait l'université , occupait le parlement et amusait le public. J'ai déjà raconté en partie les querelles soulevées par la publication des Brulinre qmestiones de Ram us et de ses Distincliones in Quinlilianum. Il me reste à expliquer comment , après avoir atteint des proportions presque tragiques, cette affaire prit alors un tour plus plaisant, grâce à l'intervention d'un nouveau personnage dont on sera surpris de rencontrer ici le nom : je veux parler de Rabelais. Celui-ci, qui ne s'y attendait guère, y avait été quelque peu mêlé par Galland , qui l'avait traité assez légèrement dans sa harangue contre Ramus. Les remarques de ce dernier sur Quinlilien ayant obtenu les suffrages du public lettré, Galland lui conseillait de ne pas trop s'enorgueillir du succès de son livre, a En effet, lui disait-il (fol. 12 v.), la plupart de ceux qui lisent vos sornettes ne le font pas pour en retirer le moindre profit, mais pour se divertir et par manière de passetemps, comme ils lisent les fables grossières de Pantagruel. » Rabelais ne laissa point passer cette attaque; mais ayant donné, en 1S52, un nouveau prologue du iv c livre de Pantagruel, il saisit celte occasion d'intervenir dans la lutte pour dire son mot, qui sans doute était un peu celui do tout le monde.

« Mais que ferons-nous (dit Jupiter) de ce Rameau et de ce Galland , qui caparaçonnez de leurs marmitons , suppous et aslipulateurs, brouillent toute ceste académie de Paris? l'en suis en grande perplexité. Et n'ay encore résolu quelle part ie doïhue euclincr. Tous deux me semblent aultremenl bons compagnons... L'ung a des escus

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