‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 21 sur 175 · RABELAIS · texte numérisé non relu

RABELAIS

au soleil, ie dy beaulx et tresbnelians : l'aultre en voudrai bien auoir. L'ung ha quelque sçavoir, l'autre n'est ignorant. L'ung aime les gens de bien , l'aultre est des gens de bien aimé. L'ung est ung fin et cauld regnard, l'aultre mesdisant, mesescrivant et abayant contre les anticques philosophes et orateurs comme ung chien. Que t'en semble?.,. — Boy Iupiter, répondit Priapus,... puisque l'ung vous comparez à ung chien abayant, l'aultre à ung fin frété regnard , ie suis d'aduis que, sans plus vous fascher ne altérer, d'eux laciez ce que iadis feisles d'ung chien et d'ung regnard... A cestuy exemple, ie suis d'opinion que pétrifiiez ces chien et regnard. La métamorphose n'est incongrue : Ions deux portent le nom de Pierre. Et parce que, selon le prouerbe des Limosins, à faire la gueule d'un four soot trois pierres nécessaires, vous les associerez à maistre Pierre du Coingnet, par vous jadis pour inesme cause pétrifié. Et seront en figure trigone équilaléraie au grand temple de Paris, ou au milieu du paruis posées ces trois pierres mortes , en office de exteindre avec le nez les chandelles, torches , cierges, bougies et flambeaux allumez : lesquelles vi* uanles allumoyent le feu de faction... — Vous leur fauorisez, dit Iupiter, à ce que ie voy, bel messer Priapus. Ainsi n'estes à tous fauorable. Car veu que tant ilz conuoilent perpétuer leur nom et mémoire, ce seroyt bien leur meilleur, estre ainsi après leur vie en pierres dures et marbrines convertis, que retourner en terre et pourriture. »

Cette bouffonnerie fut accueillie avec une grande faveur; elle fait tous les frais d'un poëme, alors très admiré, de Joachim du Bellay : la Satyre de Maistre Pierre

Vit Dfc HAMUS.

duCuignet sur la Pétromachie de l' univers) îé de Paris. Là , Pierre de la Ramée est mis en scène avec tous les autres Pierre de l'Académie.

Voicy un Platon tout nouveau, Qui s'est rongé tout le cerveau A ronger le pauvre Aristote, Désormais dont nul ne se frotte De pénétrer aux obscurs lieux, SU n'a ce rameau précieux :

Car c'est un guide fort hahile Dedans le trou <lc la sibylle.

Mais qui a mis en rliauili- i.'liolif Nosiro grand magister d'eseliole, Ce grand Allas, gros de mesdire.

Qui, pour nous faire irès-tous rire, Enfanta naguère à Paris One ridicule souris, etc.

Ce dernier trait, emprunté au discours (le Galluud , est une allusion dédaigneuse à la dialectique publiée par Ratnus. Maïs le poète maltraite surtout Gallaud, que sa conformation disgracieuse avait fait surnommer Tort'ico- Us \ et qui s'était aliéné les gens d'esprit en attaquant Rabelais. Il lui reproche aussi d'avoir fait des emprunts à Périon et d'avoir employé lapluinedeson élève Turnèbe.

0 le galand législateur Qui le poète et l'orateur Bannist avec tous leurs supposls', Dont néanmoins à tous propos

' Collectai), prajfat., oral. , etc., p. 331, 350. Ramus ne nomme point GallanJ; mais, s'adressant au maui-ais génie, il l: Ttuinie de lever la tile, s'il le peut, etc. Cette Mil lie avait beaucoup amusù la parlement.

» Galland ne voulait pas que l'on enseignât la dialectique au moyen des poètes et des orateur 5.

LA PÉTR0MACH1E.

Il emprunte les instrumente Pour forger ses beaux arguments, Qui ne sont creui, comme je cuide, En sa têïe de pyramide.

Mais je ne m'esmerveiile point Si furieusement il poingt Les Muses et Grâces tant belles, Veu oui) est fait en dépit d'elles.

Son oraison tant bien parée Semble une jupe bigarrée De plus de sortes de couleurs Que les prés ne portent de fleurs.

Ha, je recognois bien le style Que sa douce plume distille :

Il est tout Périoniaé Et quelque peu Tornebuzê ; Mais il me semble trop cruel Contre le bon Pantagruel.

Voici quelques traits qui pourront faire juger du style et de la douce plume de Galland. Je les emprunte a l'écrit qu'il publia contre ce qu'il appelait « la nouvelle Académie de Iiamus '. »

D'abord il joue, d'une manière qui lui parait agréable, sur le nom de son adversaire, en prenant pour épigraphe ces mots de Virgile :

Apcrit liamum qui veste lalebal ».

Puis, prenant son sujet plus au sérieux, il lance, à défaut d'arguments, une véritable bordée d'injures entre lesquelles je remarque les suivantes : Ram us est com-

1 P. Callamlii, lilerarum latin, prof, regii, pro echola Paris, contra novam acaii. P. Rarni oratio. Lutelitc, MDLI, in-8°, 7B fol. ' Cette Épigraphe n'est pas dans tous les eiem plairas.

ViE 1>S HA M I. S .

paré aux Gracques pour le besoin de l'exorde (fol. 5 r.); mais en réaiilé, suivant l'auteur, c'est un maître de deux liards (fol. 3 r.) , un homme inepte , aussi sol que bavard, d'une pétulance plus que cynique, léger, inintelligent, malicieux, médisant, enragé, stupide, ignorant, calomniateur, téméraire, impudent, etc., etc., et les mémos épithètes se retrouvent au superlatif (fol. 2,5, 10, 12, 20, 29, 30 v., 44, 47, 60 sq. , 77). C'est un insensé, un fat, un brouillon, un misérable, un vaurien et un impudent qui a bien osé, en plein parlement, s'asseoir à la place du recteur! C'est un cliien toujours prêt à aboyer et à mordre (fol. 10 r.), une harpie qui salit tout de son contact (ibid.), une peste, un fléau (fol. 60 v., 69), une vipère qui vomit à flots le poison (f. 44 r.), etc. Il est vrai qu'on lit ses ouvrages , mats on lit bien Pantagruel; et puis ne voyez-vous pas les épiciers, les charcutiers et les apothicaires qui s'apprêtent à en faire des cornets pour en envelopper des drogues, du poivre, du beurre ou des cornichons (fol. 12)?Galland ne se refuse pas un calembour sur les stupides écrits de son adversaire 1 . Assurément, dit-il, un tel homme, un fils de charbonnier (fol. 66 v., 71 v.) ne devrait pas porter la téte si haute (fol. 22 r.). Ramus se dit académicien ; il avoue donc qu'il est l'ennemi du christianisme (fol. 6o), ennemi du droit et de la justice, de toute science, de tout repos, de toute paix, de toute vertu, de tout dcvoir(f. 71 r.). Il a beau citer l'Evangile : tout académicien, tout adversaire d'Aristote est évidemment impie et déclare la guerre à la tradition, aux papes, aux empereurs et aux rois (fol. 65 v., 73 v.). Attaquer Arislote! Ce n'est pas une et-., i Jiruias (c'est-à-dire Brutinas) tuas quœstiones (fa), m y.).

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