SES TRAVAUX EN MATHÉMATIQUES
mais suffisante pour contenir la foule qu'attirait l'éloquent professeur '. Jamais, depuis Abélard , on n'avait vu un succès aussi brillant et aussi soutenu. Cependant Ilamus n'en fut pas ébloui , et il sut l'aire à son devoir le sacrifice de cette popularité.
En effet, après avoir montré avec tant d'éclat l'application de la logique à l'éioquence, à l'histoire, à la poésie, il était impatient, pour achever son œuvre, d'en faire voir l'usage dans d'autres sciences plus sévères, et particulièrement en mathématiques. 11 avait dû les apprendre de nouveau pour se mettre eu état de les enseigner, et la nécessité de savoir ce dont il faisait profession était pour lui comme un aiguillon qui le pressait de s'instruire. Il avait déjà suivi la même méthode pour la langue grecque, qu'il avait étudiée à deux ou trois reprises, si bien qu'en 1548, il s'était remis aux premiers éléments avec le secours d'un régent nommé Jean Baugerie, qui venait tous les jours de grand malin au collège de Presles * : ils repassaient ensemble les déclinaisons, les conjugaisons , et pratiquaient scrupuleusement les moiu dres exercices de ia grammaire. Il fit de même pour les mathématiques. 11 avait été autrefois l'un des meilleurs élèves d'Oronce Finée, le premier professeur de mathématiques qui eût enseigné à Paris. Puis, en 1544, il avait commenté, au collège do l'Ave-Maria, les six premiers livres d'Euclide avec la Sphère. Il revint dix ans après à l'étude des mathématiques, et il y mit tant d'ardeur, qu'il triompha de toutes les difficultés qu'elle
' DiscoufEde 15G3. Tous les contemporains sont unanimes sjr ce point . 1 Naiicel) p- 25 : Quo primum nnno (1S58] ad illum accessi, eudem ridebam Jn. Baugerium summo inane voutiUdîam lioraunoilum, att.
présentait à celte époque. Il raconte lui-même sus travaux en ce genre dans le discours de 1563, De sua professione : « Pendant quatre ans, dit-il, je m'appliquai à des sciences que l'académie de Paris avait toujours négligées, et qui, en grande partie, n'avaient été enseignées par personne avant moi dans celte chaire... J'avais entrepris d'appliquer la logique aux quinze livres d'Euclide... Je me mis à l'œuvre sans «l'inquiéter de la redoutable obscurité des mathématiques, el j'arrivai promptement jusqu'au dixième livre d'Euclide. Là, malgré les savants commentaires de Pierre de Mondoré , je trouvai tant de difficultés (pourquoi ne l'avoue rais- je pas dans cette chaire témoin de mes travaux), qu'un jour, après avoir longtemps cherché une démonstration qui m'échappait, étant resté une heure immobile, je sentis dans les nerfs du col une sorte d'engourdissement; je rejetai bien loin la règle et le compas, et je m'indignai contre les mathématiques, qui donnent tant de mal à ceux qui les étudient et qui les aiment. Mais bientôt j'eus honte de m'arrèter ainsi, et, me relevant plus fort après ce faux pas, je dévorai le dixième livre, et continuai l'élude des pyramides, des prismes, des cubes, des sphères, des cônes et des cylindres. Bien plus, une fois que j'eus franchi ces premiers éeueils et enseigné les éléments d'Euclide , je lus en entier les Sphériques de Théodosius, les Cylindriques d'Archimède. Déjà je préparais Apollonius, Sérenus et Pappus ; encore quelques mois, et j'allais percer les derniers mystères de la géométrie, lorsque mes études furent interrompues par un danger qui menaça ma vie. »
Si quelqu'un , en lisant ce pas?age, se prenait à sourire, je le renverrais à la Recherche de la vérité de Ma-