‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 27 sur 175 · SES TRAVAUX EN MATHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

SES TRAVAUX EN MATHÉMATIQUES

lebranche. Il y verrait que, plus d'un siècle après Itamus, un commentateur anglais croyait avoir rendu un grand service à la science en expliquant les huit premières propositions d'Euelide : tant ces éludes s'introduisirent difficilement en Europe ! Ce qui aujourd'hui est un jeu pour un jeune homme intelligent était un rudc'laheur pour un savant du XVI 1 siècle. Qu'on y songe en effet : on manquait alors de livres aussi bien que de maîtres; il fallait lire et dépouiller les écrits alors très rares des mathématiciens grecs, dont on n'avait aucune traduction, mais seulement des éditions très imparfaites. C'est a ce rude labeur que se livrait Ramus, tantôt seul, tantôt avec quelques-uns de ses élèves; c'est ainsi qu'il se mettait en état de réformer et d'étendre l'enseignement encore tout nouveau des mathématiques.

11 avait dans ces travaux des compagnons et des aides. 11 faisait travailler sous sa direction plusieurs de ses meilleurs élèves, qui lui rendaient ainsi d'utiles services, non qu'il les prit pour maîtres, ainsi qu'on l'a cru par erreur; mais seulement il en faisait, pour ainsi dire, ses condisciples et ses collaborateurs. Les plus distingués dans celte pépinière de jeunes mathématiciens furent Jean Péna, qui fut on peu d'années capable d'enseigner luimême les mathématiques au collège de France; Forcadel, auteur d'une Arithmétique assez estimée; Frédéric Reisner, qui occupa le premier la chaire fondée par Ramus; enfin Arnaud d'Ossat, le futur cardinal, qui plus d'une fois prêta sa plume, ou du moins son nom à Ramus, pour répondre à ses adversaires, et qui, sans Charpentier, eût été probablement professeur au collège de France, comme on le verra plus loin.

110 VII DE IUMCS.

Dnns cette parité <lc son enseignement, Ramus aurait dû être dispensé, ce semble, de toute lutte et de toute rivalité : car aucun de ses adversaires, si ce n'est peut-être Turnèbe, n'était assez instruit pour entrer en lutte avec lui. Mais l'ignorance et l'envie furent ici, comme ailleurs, ses redoutables ennemis.

Tel était alors le triste élat des sciences, nue l'indifférence et le mépris accueillirent les premières leçons de Ramus sur les Eléments d'Euclide. Il parait, et nous le croyons sans peine, que le nombre de ses auditeurs avait diminué, quoiqu'il fût encore considérable ; et ce fut une arme entre les mains de ses envieux 1 . Puis, lorsqu'ils virent que peu à peu Ramus acquérait la réputation d'être le meilleur mathématicien de son temps en France, ils cherchèrent à rabaisser son mérite, en affectant de considérer comme ses maîtres les jeunes gens qu'il avait formés en les faisant travailler sous lui. Ramus répondit victorieusement à ce reproche, en citant lui-même tous ceux qui l'avaient aidé dans l'élude des mathématiques; loin d'en rougir, il se faisait gloire d'avoir consulté tous ceux qui pouvaient lui être de quelque secours, et II n'y a pas en à Paris , dit-il , un seul homme instruit en mathématiques dont je n'aie recherché la société et l'amitié. Mais pourquoi ne parler que des savants de Paris? 11 n'y a pas un mathématicien distingué en Angleterre, en Allemagne, eu Italie, avec qui je n'aie entretenu un commerce de lettres'. »

En 1550, Ramus avait eu un moment l'espoir de donner à la France un grand mathématicien , dans la per-

' Sc\iù\;r math. (tSB9), I. II inil., et Errala, ad pap. (0, v. 33. ■ Collectan. prii l'at., episl., oral. (1577), p. 553.

sonne d'un tle ses élèves , nommé Jean Péna. Co jeune homme, qui était du Soissonnais, et qui avait fait d'excellentes études au collège de Presles, avait montré dcsi grandes dispositions pour les mathématiques, que Ramus lui-même en était dans l'admiration . A25 ans, l'élève était passé maître, et une chairede mathématiques étant devenue vacante au collège royal, Ramus demanda au cardinal de Lorraine qu'elle fût mise au concours, pensant bien que Péna l'obtiendrait sans difficulté : ce qui eut lieu en effet; car, dans les épreuves publiques, il se montra tellement supérieur à ses concurrents, que ceux-ci d'accord avec les juges proclamèrent eux-mêmes sa victoire. Déjà le jeune savante tait monté dans sa chaire, et ses débuts répondantaux espérancesqu'on avait conçues, Ramus songeait à se reposer sur lui du soin d'enseigner les mathématiques, lorsqu'une mort prématurée, résultat d'une trop grande ardeur au travail, enleva Jean Péna à l'âge de 26 ans 1 . Il fallut qu'au lieu de se livrer à l'étude de la physique, comme il s'y préparait, Ramus continuât à rechercher dans les écrits des mathématiciens grecs une science communément ignorée, et à laquelle il s'agissait de donner pour ainsi dire l'existence à la fois et une forme approuvée par la logique.

Ramus avait publié, en 1 555, une Arithmétique qui eut un nombre incroyahle d'éditions; mais ce n'est qu'en 1559 qu'il commença à faire dcslcçons au collège de France sur les mathématiques. Celte année est une dos plus remplies de sa vie. Au mois d'août, il s'excuse auprès du cardinal de Lorraine de lui avoir dédié, coup sur coup, quatre ouvrages ; mais en même temps il lui annonce que dans

' Collectan. pntfat., oral., etc., p. 35 et p. 188.

VIE DS IUJIDS.

les difficiles études auxquelles il va se livrer, il ni; pourra montrer la même abondance; et cependant il trouve moyen de concilier le laborieux enseignement des matbématiques avec une foule de réimpressions et même avec de nouveaux ouvrages, tels que cette Fameuse grammaire grecque, que D. Lancelot de Porf-Royal admirait encore un siècle plus tard.

Enfin, en 1562 , à force de travail et de persévérance , et en dépit des tracasseries qu'on lui suscitait de toutes parts, Ramus était parvenu à embrasser le cercle presque entier des arts libéraux, suivant le dessein qu'il en avait formé au début de son enseignement au collège royal. 11 avait à cœur de remplir ce qu'il regardait comme une obligation , et sans doute il eût entièrement accompli la lâche qu'il s'était tracée, si les guerres civiles et une mort prématurée ne l'en eussent empêché. Mais n'anticipons point sur les événements; contentons-nous d'avoir donné une idée des travaux de Ramus comme lecteur et professeur royal. Ces travaux lui avaient acquis dans toute l'Europe «ne réputation , dont le passage suivant d'Estienne Pasquicr peut nous donner une idée. L'auteur des Recherches de la France (1. IX, ch. 18), passant en revue les professeurs royaux les plus célèbres, signale o Entre ceux-cy principalement, Tournebus et Itainus. Cestuy-cy (Ramus) d'un esprit universel, comme on recueille par ses œuvres concernans tant les lettres humaines que philosophie. J'ay autrefois appris de trois Allemans, gens d'honneur, qu'en plusieurs universitez d'Allemagne, lorsque ceux qui sont en chaire allèguent Tournebus et Cujas, aussitost mettenl-ils la main au bonnet pour le respect et l'honneur qu'ils portent à leurs

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