ARISTOTE KT [.'ÉGLISE
académique. Pierre Galland, soutenu et approuvé par la Sorbonue, déclarait hautement suivre nu tout point, aimer, cultiver, adorer Aristote '. Il se demandait si c'était un homme ou un Dieu (fol. 76 r.); il faisait remarquer que « la doctrine d' Aristote, an jugement de l'ordre très sacré des théologiens, est intimement unie (conjunclissima) à la religion (fol. 73 v.}; » il soutenait enfin avec beaucoup de véhémence qu'on ne pouvait attaquer ce philosophe « sans déclarer en même temps la guerre aux souverains pontifes (fol. 05 v.) » Comment des hommes si entêtés d'Aristote, au point de vue catholique, auraient-ils pu ne pas considérer leurs adversaires comme des hérétiques? Et il faut remarquer que nous sommes encore en 1 5o i , à une époque où Ramus protestait de son attachement à l'Eglise, et n'attaquait Aristote qu'au nom de l'Evangile, s'indignant que par un abus qui était au moins surprenant, on eût osé lire au prône la Morale assez peu chrétienne d'Aristote *. Son langage fut taxé d'hérésie, et les prédicateurs, c'est Galland lui-même qui nous l'apprend, tonnèrent contre lui en chaire (ibid., fol. 15 v.).
Ramus n'était pas seulement repoussé hors de l'Eglise romaine par la protection que celle-ci accordait au pénpatétisine. Il devait encore en être éloigné par d'autres causes, et notamment par l'ignorance vraiment déplorable du clergé d'alors. « Jean de Monlluc, évéque de Valence, assure dans ses Sermons (1559, in-8",
' P. Gallandii [>ro schola Paris, oratio (1551, in-8"), fol. ï>B r.
> J. Herm. ab Klswidi, De nr. Arist. in sdi. protest. fort.,eic. Wïtlemberg, 1720, in-S", p. 14 ut pass. ; Ch. Laïiittc, I. c; Du Verdier, Bibl. fr., au mot Aristote, note de la Monnoyc.
VIF DE IUMFS.
p. U84) que, sur dix prêtres (il exagère sans doute), ii y eu avait huit qui ne savaient pas lire '. »
Ce fut au contraire un des attraits du christianisme reformé d'avoir pour interprètes, à partir de Lufubvre d'E tapies, le plus grand nombre des érudits et des savants du siècle. «Une des causes qui ont le plus efficacement contribué au succès de la Réforme, a dit avec raison un écrivain catholique de nos jours, c'est qu'elle eut, pour ainsi dire, le privilège et presque le monopole de la science et du talent'. » Ha m us devait subir cet attrait comme tout le inonde, en attendant qu'il contribuât pour sa part à l'accroître. La Réforme, professée par les savants étrangers que François I rt avait appelés eu France, compta bientôt de nombreux disciples à la cour et parmi la noblesse, clans les universités, dans les parlements et même dans les rangs du haut clergé : car plus d'un évêque et plus d'un cardinal donnèrent les mains à celle renaissance religieuse. Tous ceux gui avaient applaudi à la restauration de l'antiquité en littérature, voyaient dans ce retour à la Bible et à l'Eglise des premiers siècles une conséquence nécessaire de la réaction contre la barbarie du moyen âge. Les professeurs du collège de France, en particulier, étaient en majorité protestants ou soupçonnés de l'être. François Vatabie, professeur d'hébreu, qui avait fait pour Marot le mol à mot des Psaumes, et dont Robert Eslienne avait publié des notes savantes sur l'Ecriture, désavouées, il est vrai, par leur
l Ch. Labitte, Introduction, p. nnn.
» Id., De la démocratie chez les préd. de la Ligue, ch. I, g 1; Cf. Guilleuiin, le cardinal do Lorraine, p. SIS : « Le calvinisme avait soi, service les meilleures plumes et la supériorité que donne la science.