EGLISE PROTESTANTE A PARIS
avait été l'élève de Ramus, et Goujat suppose, je ne sais sur quel fondement, que ses croyances calvinistes lui venaient de son maître. Ce fut aussi un ancien élève de Ramus qui fut le premier ministre de l'Eglise réformée à Paris, vers 1 §55, ainsi que le rapporte Estienne Pasquier (Ilech. de la France, 1. IX, ch. 55): h Calvin, voyant les cœurs de plusieurs personnes disposez à sa suite, voulut franchir le pas et nous envoyer des ministres, qui furent par nous appelez prêdtcans , pour exercer sa religion en cachette, voire dans nostre ville de Paris, où les feux estoyent allumez contre eux. Le premier qu'il employa fut Jean Macart, que j'aiois autrefois veu disciple de Ramus au collège de Presles, jeune homme qui avoit fort bien estudié, et depuis s'estatit retiré à Genève en l'an 1548, se trouva si agréableà Calvin qu'il luy fit espouser sa niepce , tt quelques années après fut envoyé par luy en ceste France pour prescher, lequel se vint placer dans ceste ville, efc. »
Une Eglise protestante s'était formée à Paris en 1555 : les commencements en sont attribués à un gentilhomme du Maine, nommé le sieur de la Perrière, et qui demeurait près du Pré-aux-Clercs'. Quoi qu'il en soit, les réformes eurent bientôt fait de tels progrès, qu'ils s'assemblaient de nuit dans le Pré-aux-Clercs au nombre de huit mille, pour chanter las Psaumes mis en vers français par Marot. Là venaient le roi de Navarre, Antoine de Bourbon et sa femme l'héroïque, (canne d'Alhret, le prince de Condé, Coligny, Dandelot et nue foule de seigneurs de la cour. La Réforme gagnait ainsi du terrain, en face
' Théod. de Bèîc, Hist. das Egl. réf. (158»), t. I, Ut. II, p. B8-BÎ; Do Boulay, (. VI, p. i&î.
VIE DE fUMTJS.
des bûchers ; et avant la fameuse mercuriale de Henri 11, qui coûta la vie au conseiller Anne, du Bourg, les huguenots de France étaient déjà un peuple, suivant l'expression de l'ardcnlcalholique Pasquier (I. c). Sous François II, les Guise avaient cru triompher : « Si ce roi eût vécu plus longuement, dit le ligueur Génébrard (Oraison funèbre de P. Danès), les hérétiques n'eussent pas dressé les carnes comme ils ont fait depuis. » Mais, lorsque Charles IX monta sur le trône, sous la tutelle de sa mère, Catherine de Médicis, la Réforme avait fait de tels progrès que la noblesse presque tout entière avait déserté le catholicisme, qu'un sixième au moins de la population avait embrassé la Réforme, et qu'un envoyé du pape craignait qu'elle n'envahît tout le royaume '. Tels étaient les puissants effets de la lecture delà Bible qui, à peine traduite en langue vulgaire, avait bientôt pénétré partout. L'Ancien et le Nouveau Testament, cessant d'être le patrimoine stérile du clergé, devenaient peu à peu, suivant l'ingénieuse expression d'un écrivain de nos jours, ce qu'avaient été les pénates et les dieux lares dans l'antiquité".
Avant 1561 , Rainus n'avait pas les livres saints dans sa bibliothèque, mais seulement le bréviaire romain et une traduction latine du Nouveau Testament par Caslalio 1 . Quant aux« livres protestants,» dont parle l'abbé Goujet, et dont la lecture l'aurait séduit, on peut ranger cette assertion au nombre des erreurs que fait sans cesse commettre à cet écrivain son goût excessif pour les conjectures. Mais à défaut des enseignements écrits, ses amis ,
> J. J. Guillemin , Le cardinal de Lorraine, chap. X. » J. M. Dargatid, Hist. de Marie Smart, t. 1, p. 1S4. 1 Nancel, 1. c. p. 34 ; llnnosius, p. SI, 36.
mET DES PERSÉCUTIONS.
ses collègues, ses protecteurs, aussi bien que ses élèves, embrassant autour de lui Ja cause de ia Réforme, lui offraient renseignement si puissant de l'exemple. Qu'où ajoute à cela les violences et les persécutions, qui contribuaient plus que toute autre cause extérieure à augmenter le nombre des protestants. Le courage des martyrs fortiliaït les plus timides. On s'animait au récit d'atroces cruautés héroïquement souffertes. Comment songer de sang-froid au supplice odieux d'Anne du Bourg, coupable de s'être opposé à l'établissement d'une damnable inquisition '? La constance des protestants au milieu des bûchers n'avail-elle pas suftî pour convertir au protestantisme des hommes tels que François Hotmail *ï
Telles étaient les circonstances où vivait Humus, ei quand alors on l'accusait d'hérésie, on l'y poussaii peutêtre. «Persécutez un homme pour une opinion qui n'est pas encore la sienne, vous la lut ferez bientôt adopter *.» Puis, embrasser le parti ôfes faibles et des opprimés, quelle tentation pour une àme généreuse! Un écrivain catholique, Floriinond de Kémond, dans son Histoire de la naissance, progrez et décadence de l'hérésie de ce siècle (1. VIII, c. 6, § 2), ne crainL pas de développer celte pensée, que la constance des hérétiques a donné poids à leur doctrine. «Ils taschoienl à s'establir, dit-il, non avec la cruauté, mais avec la patience, non en tuaut, mais en mourant : de sorte qu'il sembloit que la chrestienté fust revenue en eux en sa première innocence, et que ceste sainte réformation deust ramener le siècle d'or, e
1 Vuir les paroles remarquables dû l'historien de Thon, 1. XXII], an. 1S5B. " Voir l'eicelleDt Essai sur Fr. Holman, par Rod. Daresle, 1850, p. «. • Gaillard, Hist. de François I", L VIII, c. 3.
Il s'agit ici du plus grand événement de la vie de Ramus. Mon dessein n'est pas,de l'établir sur des conjectures, quelque vraisemblables qu'elles puissent cire, et si j'insiste sur toutes ces circonstances extérieures, ce n'est pas que jejirétcndc expliquer uniquement |>ar là ce changement profond et mystérieux de l'âme, qu'on appelle une conversion. Dieu, qui l'opère en nous, en connaît seul le véritable secret. Mais l'âme que sa grâce a touchée peut du moins remonter à l'origine historique de sa. régénération, et retrouver l'époque où sa foi a été renouvelée. Sous ce rapport, on possède à peu près tous les renseignements désirables en ce qui concerne liamus. Nous ne sommes pas réduits aux indices qui précèdent et qui prouvent seulement qu'il devait être disposé en faveur de la Réforme : nous sommes en état de dire quand et comment il fut amené à en faire une profession ouverte.
Il résulte du témoignage formel de Ramus que sa conversion au protestantisme uate du colloque de Poissy (septembre 1361). On pourrait croire, au premier abord, qu'elle fut l'effet des discours de Théodore de Bëze, l'habile et éloquent interprète du dogme calviniste. Il n'en est rien : si l'on en croit notre philosophe, ce fut au contraire la réplique du cardinal de Lorraine, qui le fit renoncer au catholicisme. Singulier résultat et bien propre à démontrer', sinon la stérilité de pareils tournois , au moins la difficulté d'en diriger à son gré l'événement! Le cardinal était un fort habiie homme, comme chacun sait; mais la vanité lui fit faire 'fausse roule en celle circonstance. Il avait voulu, en répondant à Théodore de iBèze, faire montre d'un talent oratoire qui pourtant n'était pas du premier ordre, et il eut le malheur, dans son
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