AFFAIRE DES JÉSUITES
paraissait un danger pour sa propre existence. De tout temps la France a été opposée à l'établissement des jésuites : l'opinion publique y a toujours soutenu les gouvernements qui leur étaient hostiles et redressé ceux qui les favorisaient.
Depuis l'année 1543, où ils avaient élé accueillis et reconnus à Rome, les jésuites s'étaient efforcés à plusieurs reprises de s'introduire en France , et surtout dans l'université de Paris. Putronés dès leur début par plusieurs évèques , entre lesquels on remarquait P. Danès , ils avaient songé de bonne heure à se servir du cardinal de Lorraine. Ce prélat, dit un de ses biographes, « était trop habile et trop pénétrant pour ne pas entrevoir immédiatement quel parti l'Eglise (catholique) pouvait lirer de ce nouvel institut. A l'esprit d'indépendance qui animait toute l'Europe, cet ordre opposait la soumission la plus complète, à l'affaiblissement de l'autorité et de la discipline, une hiérarchie inflexible et une obéissance absolue. Enfin , et c'était là surtout le coté par lequel le cardinal de Lorraine appréciait l'utilité de celte création , les jésuites se vouaient particulièrement à l'instruction de la jeunesse et à l'enseignement des peuples par la prédication. 11 promit à Ignace de Loyola sa protection, et il tint parole... Henri II lui-même, à son instigation , embrassa la cause des jésuites et prit ouvertement leur défense '. >• Mais s'ils eurent des protecteurs puissants, ils rencontrèrent des adversaires opiniâtres dans le parlement, dans l'université et dans le clergé de Paris. En 1552, le parlement, par l'organe de P. Séguier, s'était opposé à leur admission , et le 25
' J.J. Guilleinin, Lo cardinal de Lorraine, p. ÎG4, Î68 et uass.
février 1553 (1554), l'université prit une délibération . pour supplier le roi de ne point laisser publier la buUe que leur avait accordée le pape Paul III. Sous le règne de François H, le cardinal de Lorraine, qui était toutpuissant, obtint des "lettres patentes qui enjoignaient au parlement d'enregistrer les bulles relatives à leur admission. Enfin, le 15 septembre 1561, au colloque de Poissy, les jésuites furent reçus et approuvés , avec certaines restrictions , il est vrai , et à la condition expresse de ne point paraître sous leur nom. Mais ils aspiraient au droit d'enseigner, et ce droit était gardé avec une jalouse et inquiète vigilance par l'université , le parlement et le clergé de Paris.
Héritiers de l'évêque de Clcrmont et reconnus comme tels par le parlement, les jésuites avaient fait bâtir un collège à Paris, où ils étaient établis, épiant un moment favorable pour se l'aire immatriculer à l'université. Ils trouvèrent bientôt, dit Crevier, « un recteur disposé à leur rendre service aux dépens de toutes les lois de son corps. Julien de Saint-Germain, bachelier de la maison deSorbonne, étant recteur au commencement de 1564, les jésuites le gagnèrent, je ne sais par quels moyens; et ce recteur, de son propre mouvement, leur accorda, le 19 février 1564, des lettres de sobolarilé : acte passé si furtivement, que le grenier même de l'université n'en fut pas instruit , ou du moins ne le signa pas'. » Munis de celte autorisation clandestine, les jésuites ouvrirent leur collège au mois d'octobre, en y mettant celte inscription : Collège de la Société de Jésus, quoiqu'ils eussent promis de ne point prendre oe nom en France. Ils avaient
' Crevier, Bist. de Tuniv., 1. XI,£ 8, t. VI, p. WS-M6.
AFFAIRE j»K8 JÉSUITES. J,lj3
lies maîtres habiles, qui enseignaient gratuitement; au«à leurs lecous furent-elles bientôt pûmes pw un grand nombre d',é|u chants. Us demandèrent alors à être admis dans l'université. P'esf. jci que Ramus paraît, s'associanl, bien entendu, à l'opposition unanime des quatre facultés, mais sans jouer un rôle beaucoup plus important que la plupart de ses confrères.
Le refus de l'université fut le signal d'une lutte mémorable : les jésuites réclamèrent auprès du parlement, afin d'être incorporés à l'université malgré elle. En vain leur opposait-on ce dilemme que rapporte Estienne Pasquier : h L'université reçoit deux manières de gens , réguliers ou séculiers S'ils sont réguliers, l'université ne les peut recevoir que premièrement ils ne soient recens en France, ce qu'ils ne sont; s'ils sont séculiers, ils n'ont cause de plaider contre l'université, car ils ne sont ceux auxquels l'évesquc de Clermoot a légué biens pour bastir un collège à Paris, qui est cause du procès ému. » Comme on leur demandait s'ils étaient réguliers ou séculiers , les jésuites , évitant une réponse directe qui les eût compromis, disaient simplement : « Nous sommes tels quels (suinus taies qwks nos nominal curia). * Celte adresse, qui lenr réussit, était traitée d'hypocrisie par les régents et principaux de l'université Plusieurs professeurs royaux faisaient à la Société de Jésus la plus vive opposition : Turnèbe avait écrit contre elle des vers très mordants; Denis Lambin ,se .montrait aussi fort hosLile à celte compagnie. Ramus ne resta pas en arrière de ses collègues et s'employa , pour sa pari, à empêcher les progrès de la nouvelle corporation.
DlIiis l'assemblée générale de l'université où Pasquier
VIE DE lit MHS.
fut choisi comme avocat, on lui donna pour conseils deux professeurs de chaque faculté. Les deux membrcsprisdans la faculté des arts furent Ramus et Guillaume Galland. Tous les deux étaient protestants, et cette circonstance, qui ne pouvait passer inaperçue, fut tournée contre l'université par l'avocat des jésuites, Pierre Versoris : «Quanlaux habits, disait-il, Ramus et Gallandius, et celuy qui a fait la rythme injurieuse sous le nom de l'université (Turnèheî), se sont fort bien méconlez, disant que leurs robes agraffées, leurs soutanes et leurs bonnets apostoliques esloient habits d'hypocrites... Quelque honnêteté qu'ayent ces habits, ils n'ont garde de plaire à ceux qui ont excité ceste tragédie, n'y en ayant point qui leur puissent plaire , appellans les cordeliers grisarts , les augustins bouclez, et usans de tels et semblables termes , desquels on peut bien juger non-seulement l'hahit, mais la religion leur estre odieuse. » Crevier l'ait remarquer avec raison que « ces noms cités dans l'affaire la décréditaient auprès des juges zélateurs de la religion catholique, n et que Versons, en « attribuant les démarches de l'université moins à tout le corps qu'à Ramus et à Gallandius, sert en cela sa cause plus qu'il ne respecte la vérité '. » En effet, les quatre facultés étaient unanimes, et quant à la faculté des arts, il avait été décidé que le recteur pourrait, outre les députés, appeler pour les renseignements et les conseils tous les principaux, tous les régents et professeurs de philosophie. Voici dans quels termes Pasquicr, de son côté, repousse la perfide insinuation de Versoris, reproduite et aggravée plus lard par un membre de la congrégation (Catéchisme des Jésuites, 1602 ,
> Hist. de l'onW., I. XI, g a, t. VI, p. 189-189.
AFFA1BE l>ES JÉSUITES.
in-4°, 1. 1, ch. vi, fol. '29, 30) : « La Fon, dit-il, est si impudent de dire qu'un Ramus et Mercerus, depuis reconnus entre les professeurs du roy avoir fourvoyé de noslre religion ancienne, estoienl les solliciteurs de ceste cause, et que, sans leur brigue, les jésuites eussent surle-champ obtenu victoire , mais que pour éviter une sédition, la cour fut contrainte de caller sagement la voile par un appointé au conseil. Tu mens, effronté jésuite, il faut (pic ceste colère m'eschappe : ni Ramus, ni Mercerus ne s'en remuèrent en leur particulier; bien furentils de la partie tout ainsi que leurs autres confrères professeurs du roy, pour ne se séparer du corps de l'université. Aussi quelle apparence y a-t-il que les volonlez générales de ceste grande ville de Paris se fussent en un instant métamorphosées pour espouser le party de deux huguenots, dont l'un, qui estoit Mercerus, estoil si esloigné des brigues, qu'il ne engnoissoit que ses livres hébricux... grand et superlatif en ceste langue, voire, au jugement des plus doctes, ayant le dessus de tous les juifs, en tout le demeurant des affaires du monde un vray chiffre... Que si ce jésuite La Fon osoit, il diroit volontiers que la ville , l'université, la faculté de théologie de Paris, tous les quatre ordres de mendiants et les curés estoient huguenots, parce qu'ils empêchèrent l'immatriculation de leur sainet ordre, etc. »
Dans son plaidoyer comme dans l'écrit que nous venons de citer, Pasquier avait déployé une trop grande chaleur, etqui dut nuire à sa cause. Mais ce serait s'abuser que d'attribuer au plaidoyer habile, mais froid et un peu pédantesque de Yersoris, le succès que remportèrent ses clients en cette occasion. Il est vraisemhlable que l'a-
VIE DE TU MUS
vocal général Baptiste du Mesnil exprimait, comme toujours', l'opinion; delà plupart des jugés, lorsqu'il se prononçait contre la requête de la célèbre compagnie et démandait que lo droit d'enseigner lui fût retiré. Mais le parlement , qui, au fond , était de cet avis , n'osa point adopter ces conclusions énergiques; et voilà pourquoi, dans son arrêt du mois d'avril 1563, il se contenta d'appointer la cause. « C'estoit un coUp fourré, dit avec raison Estienne Pasquier : car ils ne furent pas incorporez; mais aussi eslans en possession de faire lectures publiques, ils y furent continuez". • Et cette situation devait durer trente ans, jusqu'à ce que Patientai de Jean Châtel, intervenant au milieu 1 d'nn autre procès oïl figurait Ant. Arnauld pour l'université, décida la condamnation de là société dont les doctrines avaient fomenté la ligue et faisaient naître des assassins '.
Le parti qui protégeait les jésuites était puissant; le parlement n'avait pas eu cette fois le courage de s'opposer aux Guise et au cardinal de Lorraine, à qui pourtant ït avait su résister en 1558 , lorsqu'il avait été question d'établir en France l'inquisition Ainsi se trouva momentanément rompue , ou du moins affaiblie, l'étroite alliance du parlement et de l'université. Celle-ci, de son côté , avait eu à déplorer plus d'une défection , et entre autres celle de son ancien recteur Jacques Charpentier.
i « Et il fut en une telle estime durant les sept ou huit dernières années Je sa vie, que l'on ilisoit ini'il f.iisnit [nus les arresls de l'auiiiuiiïii, ses Conclusions eitnnt quasi Innsjours suivies. i> Via de B. du Mesnil , par Ant. Loisel, p. 180 de ses Opuscules.
» Lettres iï et m ; Cf. Creiier, t. VI, p. I9i-t$s.
1 Feugère, OÉuvres choisies d'Esl. Pasnuier, Introduction.
* Du Boula?, t. VI, p. 531.
-CONDUITE m 1. eiUBPENTIEn.
Les relations de cet homme, son vif désir d'être agréable au cardinal et son anïmosité contre Ramus, devaient naturellement te disposer en faveur des jésuites; il était leur ami (il s'en est vanto plus d'une fois dans ses écrits), et il les soutint de toutes ses forces dans leur lutte contre le corps dont il avait été le chef. Cette conduite lui valut leur appui et la protection longtemps enviée dn cardinal de Lorraine. Charpentier d'ailleurs, plus habile en cela que Ramus, savait flatter l'ambition du prélat, et pouvait lui rendre de plus grands services en temps de guerre civile. On le verra tout à l'heure à l'œuvre comme ca-, pilaine de la milice bourgeoise de son quartier, et l'on comprendra mieux alors que les Gnise n'aient pas négligé de s'attacher un auxiliaire si précieux, et que le cardinal de Lorraine lui ait permis de l'appeler son Mécène, à l'époque même où Ramus, ayant perdu ses bonnes grâces, ou bien s'éloignant d'un ennemi déclaré de la Réforme, cessait de lui donner ce titre.
Ce grand procès n'avait point troublé le cours des travaux de Ramus; il continuait à enseigner les sciences dont il avait entrepris la réforme, lorsque, suivant les expressions d'un historien du temps, « je ne sçay quelle collégiale fureur l'aiant jà forcé à une guerre litéralle contre Charpentier, alentil aucunement la chaude et animeuse poursuite de ses estudes'. » H s'agit ici de l'événement qui , en réveillant d'anciennes querelles, devait être si fatal à notre philosophe : je veux parler de ses dernières disputes avec Charpentier, pour la chaire de mathématiques au collège de France. Charpentier, tout ignorant qu'il était des mathématiques , sollicita cette
i La Popelïnièra, Hist. de Franca (1581, In-P), t. H, fol. 66 t.
chairs; il l'obtint et la conserva malgré les vives réclamations do Ramus , mais il ne se crut vengé de son adversaire que lorsqu'il l'eut fait mettre à mort.
Cette affaire vaut la peine qu'on la reprenne à son origine.
Au mois d'octobre lotia, Paschal duHainel, professeur royal en mathématiques et doyen du collège de France, étant mort, sa succession fut donnée par faveur à un mathématicien très médiocre, nommé Dampestre Cosei , qui était originaire de Sicile, et qui, suivant les expressions de Pasquier, « se trouva si disgracié, qu'il ne sçavoit parler latin ni Trançois. » Les lecteurs du roi se montrèrent fort émus de ce choix, qui était loin d'être flatteur pour leur collège. Ramus , dont le zèle pour les mathématiques n'était pas refroidi, et qui d'ailleurs était alors, comme il le dit, « le plus ancien de la compagnie, et le plus prêt à mellre dans la fosse que nous appelons doyen » se crut plus particulièrement appelé à soutenir les inlérêts de la science et l'honneur de sa compagnie. « Ce fut alors, dit Gaillard, qu'il eut la noble imprudence de se rendre si redoutable aux Dampestre et aux Charpentier, qui ne l'oublièrent pas. »
Comme le nouveau professeur se préparait à ouvrir son cours, Ramus lui adressa des exhortations et des avertissements, peut-être un peu sévères, lui remontrant qu'il s'agissait d'enseigner sérieusement les mathématiques, non d'expliquer à la manière des scholastiquus la Sphère du ciel de Sacro Bosco. Denis Lambin joignit ses représentations à celles de Ramus '. Dampestre ne tenant
1 Kemonstrance an conseil privé, p. I.
' Collïctanoa) prafat., epist., etc. (1677), p. ÏOO.
LAA1PÏSÎHE COSEL.
point compte de ces avis, mon la en chaire et y fit tant de barbarismes et de solécismeset tant de, fautes de calcul, qu'il fut sifflé et bafoué par son auditoire. Sur quoi Ramus présenta une requête au parlement, qui condamna Dampestre à être examiné. Il écrivit aussi au roi, à la reine mère, au cardinal de Châtillon, conservateur de l'université de Paris, à Jean de Montluc, évêque de Va-
du roi. Celui-ci donna enfin, le 24 janvier 1566, des lettres patentes par lesquelles il ordonnait que Dampestre, et en général tous ceux qui dorénavant se présenteraient pour enseigner au collège de France, fussent examinés publiquement par tous les autres lecteurs. « Alors, dit « Ramns (ibid., p. f<i, lb), Dampestre se voyant envi- « ronné de tant de rets , et de la cour du parlement et
« sant qu'il ne pouvoit débiter sa marchandise en détail, « il cherche marchand pour troquer et la vendre en gros; «s'adresse à maistre Jacques Charpentier, docteur en « médecine, et traffique, à quel prix? je le laisse à pen- « ser... » Estienne Pasquier dit ia même chose à sa manière : « Dampestre fut deux et trois foischifflé et bauoué par tout son auditoire, et par ce moyen contraint de quitter sa place; mais, par unevoyeinaccoustumée, la résigna ii Charpentier, homme non aucunement nourry aux mathématiques, mais qui d'ailleurs reluisoit en plusieurs bonnes parties, et par ses lectures s'estoit moyenne grand crédit dedans l'université » (Pech., IX, 20).
Précisément à cette époque le cardinal de Lorraine, rappelé par la reine mère, reparaissait à la cour et s'y trouvait plus puissant que jamais. Charpentier nous ap-
VIC DB AAUU6.
prend lui-même que ce fut sur la proposition de son nouveau Mécène qu'il fut pourvu de la chaire du collège de France, vers le milieu du mois de février 1598'.
Le successeurdeDampestreétait eneoremoinsveriéqne lui dans les mathématiques ; mais il avait plus d'audace et il se montra plu* fécond en ressources. Dans un temps où ces sciences étaient pour ainsi dire inconnues, on ne pouvait guère les enseigner qu'en expliquant Euclide. On était donc incapable d'un tel enseignement, si l'on ne connaissait pas le grec. Or Charpentier, qui ne savait pas le premier mot de la géométrie, ignorait de plus la langue grecque. Il avait donc ses raisons pour ne pas vouloir d'un examen dontEuciide eut fait tous tes frais. Il prétendit que la condition établie par le roi ne le concernait pas, et il refusa de s'y soumettre. Ramus n'était pas homme à lâcher prise : Se Sentant soutenu par la plupart de ses collègues, et surtout par Denis Lambin, il s'opposa aux prétentions do Charpentier, comme il avait fuit auparavant pour Dampes(re. Il écrivit de nouveau à la cour, se plaignant a d'être tombé de fièvre en chaud <■ mal, et que Dampestre était un Archimédc au prix de « Charpentier. » Le roi , sur ses instances , lit paraître, le 8 mars 1566, un nouvel édtt qui confirmait le premier. Charpentier déclarant toujours superbement qu'il n'entendait pas être examiné, l'affaire fut portée au parlement de Paris, qui accueillit tout d'abord l'ordonnance royale avec un véritable enthousiasme Le premier pré-
' Oralio habita init. prof. (Parts, 1566, in-8'), fol. 1 ' Voici cette ordonnance, qui contient probablement quelques-uns de» termes de la requate (le H.usms:
o Charles, par la grâce do Dieu roy de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Le feu roj nostre trèi-honoré seigneur et
sident, Christophe De Thon 1 , amî de Ramtis et encore plus ami des mathématiques dont il faisait une étude spéciale, récita sur-le-champ ces deux vers de Juvénal :
Et spes et ralio sturliorum in Casare laatui» : Solus enim tristes bac tempestatc Camœnas Respexil.
Ce qui fut traduit ainsi séance tenante, petit-être par Ramus, si l'on en croit l'abbé Goujet :
ayeul, aima tant en son rivant et les lettres et les leltrei, qu'il voulu! qu'an l'université de Paris y eust des professeurs fi ses gages en tontes langues et sciences. Ce qui suceéda à heureusement, que les plus doctes personnages de l'Europe ont esté appelle! il la dite profession, et fait un si grand fruit, qu'il enestsorty un nombre infiny degens doctes, qui par tout le monde ont lémoigriélàgrandeurdehostrÉdilayenl.Cequiaestéconainuéparl'eli neutre trés-honoré seigneur et pére. Et nous avions un raesme désir et volunté, et
la dite place 3 un qu'on nous avoit dit estre suffisant et capable. Miiis nostre bien aimé maiftre Pierre de la Famée, doyen de nu professeurs, voyant que contra nostre désir, celui Que nous avions pourvu de la dite place esloil inconnu et son érudition cachée, et que voulant faire quelques leçons, il se seroil rrionslré ridicule, en auroil présenté requeste a la cour de parlement, faisant entendre la surprise dommageable à. tonte la République, aiin que celuy qui se disoit ponrieu fus! eiiimim', ce qui par la dite cour auroit esté ordonné , que nous aurions trouvé bon et raisonnable; à cAUse de quoy, afin qu'à l'adrenir Testât de nos profes-
fameuses et autres lieux, et que ceux qui se voudront présenter et soumettre A la dispute et lecture de la profession vacante, ainsi qu'il leur sera proposé par le doyen et !e- sii'.i.m pi'of.'-^eurs , y seront receus p-iur après estre choisy par nous le plus suffisant et capable de ceux qui auront leu et disputé, dont nous serons adverlis par le doyen et autres professeurs, et par nous pourrai aiiisy qu'il appartiendra, et sans pn'j m! u <; do l'arrest de nostre dite eour pour te regard ris egluy qui doit astre examiné. Donné à Moulins, le 9 mars 1S66. Begistré en parlement le î avril 1566. > Celte ordonnança se lit dans du itoulay, t. VI, p. fl5ï, et eu lete de la Préface du proëme des mathématiques de flamus («67).
VIE SE RAMI'S
Des lettres et lettres l'estime et l'espérance Ne reposent sinon an grand Roy de la Franco : Car en ceste saison, il n'y a que luy seul Qui des Muses l'ennny regarde de bon œil.
La cause fut d'abord plaïdée à huis clos devant un petit nombre do conseillers, le 1 1 mars 1566, puis, !e surlendemain, sur la demande de Ramus, en séance publique. 11 faut entendre ici Estienne Pasquier, qui y assistait : « Grande cause, dît-il , et deux braves ebarnpions qui , sans ministère d'advocats, entrèrent aux champs, en présence du parlement et d'une infinité de peuple. En quoy je puis dire, comme celuy qui veis deinesler ce fuzeau, que ce fut ù bien assailly bien défendu, et à un beau jeu beau retour. Tous deux parlant lutin, furent ouïs par leur bouche, avecques une admirable faculté et facilité de bien dire. Ramus disoit que c'esluit un nouveau monstre qu'on introduisoit en leur compagnie, d'y procéder par résignation, et non par mérite. Et choses encore plus monstrueuse, de voir un Sicilien gratifier de ceste place un François à lui incognu, accusant taisiblemcnt qu'en la résignation il y avoit eu bource déliée. Qu'autre chaire n'estoit vaequante par la mort de Pasquier Hamel que celle de mathématiques, et que le sens commun ne pouvoit porter, que Dampestre aucunement nourry en ce subject eust esté contraint de quitter la partie, parce qu'il ne pouvoit descouvrir ses conceptions en langue latine, et qu'il luy eust esté loisible de surroger en son lieu un homme du tout ignorant les mathématiques, et. qui sçauroit seulement parler ' : parlant, concluoit à ce que
i n Je montré, dit Ramus, que ce n'est pnint icy la i-aiiso de Ctèsiuhon ni de Uilon, qu'il lailiust employar l'61oquuniM de Déniosthéne ni dG Ci-