‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 39 sur 175 · CIUWESTUÏB AU COLLÈGE ROYAL · texte numérisé non relu

CIUWESTUÏB AU COLLÈGE ROYAL

Et pour présente preuve de ceste effrontée hardiesse , voilà Euclide en grec; qu'il en interpreste une seule ligne, je veux estre tel que je le vous descris,» Il concluait à ce que Charpentier subît l'examen ou cédât la place à quelque autre.

« On lut la Remonstrance de Ramus, dit l'abbé Goujet; oh en sentit toute la force; mais il ne parait pas qu'on y ait eu aucun égard, et tout le fruit que Ramus recueillit de tant de soins, d'inquiétudes et de poursuites, n'aboutit qu'à se voir l'objet du ressentiment de Charpentier. »

En effet, Charpentier, grâce à des protections puissantes, fut maintenu dans la chaire qu'il occupait déjà depuis près d'un an. Ni l'honneur du corps, ni les intérêts de la science, ni deux édits du roi, ni l'opinion connue de tous les hommes compétents et du parlement luimême, ne purent empêcher cette nomination. En vain proposait-on pour remplir la chaire vacante des hommes tels que Reisner, d'Ossat et même Stadius, dont il fut un moment question '. Les Guise , la société de Jésus et la Ligne naissante l'emportèrent et assurèrent le triomphe d'un homme qui leur était dévoué jusqu'au crime. Charpentier d'ailleurs rougissait si peu de priver la science d'un organe digne d'elle, qu'il s'en était vanté avec un cynisme révoltant dans son Discours d'ouverture (fol. S v,). Cependant son orgueil avait reçu de cruelles blessures dans cette affaire, qui avait mis au grand jour sa scandaleuse ignorance. Aussi l'envie déjà si persévérante dont ïl avait poursuivi Ramus, se changea-t-elle dès lors en une haine violente et mortelle. ■ Scbol» math., t. II, p. 63 ; Coilect. prof., etc., p. S6Î.

VIE DE IUMUS.

Il exhala bientôt sa colère dans un libelle où il comparait son adversaire à je ne sais quel médecin grec , nommé Thcssalus, que Galicn avait raillé pour avoir voulu appliquer une méthode plus prompte et plus facile à l'étude de la médecine; en conséquence, il l'appelait pour injure singulière, Thessaium academiœ Parisiensis methodicum, ne s'apercevant pas que cette injure lui pouvait être appliquée bien plus justement à lui-même. Car c'est au moment où il venait de s'engager à se mettre en trois mois au courant des mathématiques et en état de les enseigner, c'est alors, dis-je ( qu'il s'étonne qu'on veuille enseigner en trois mois la logique. Or, cette prétention dont ïl se moquait si fort se trouve réalisée aujourd'hui dans nos lycées, et je ne sache pas qu'un mathématicien voulût consentir à enseigner les mathématiques en trois mois.

Ce premier libelle était signé 1 . Il n'en fut pas de même d'un autre pamphlet qui parut la même année, chez le même libraire, et qui était intitulé : « In Pétri Raini insolcnlissimum Dccanatum, gravissimi cujusdam oratoris philippica prima e quatuordecim *. » Cet écrit paraît être on de Charpentier lui-même, ou do l'un de ses amis de la faculté de"médecine, soit le lecteur royal Louis Duret, comme on l'a pensé généralement, soit un autre médecin nommé Jean Picard, et surnommé l'Étourdi, comme semble le faire supposer le titre d'une brochure qui parut aussitôt en réponse à cette philippique : « Pour un liard

' Jao. Carpcnt. reg. prof. , Admonitio ad Thessaium, Acad. Paris. Ma- Ibodicum.cti:. Ad i Lins tri ss. csrd. elprinc. Carolum Lotariogum. Paris., aii. Th. lirumenium, 1567, in -S», 103 feuillets.

' Parii-, typ. Thoma Biitmenii, 1387, in-*°, Ï0 feuillets.

PAUPBL1T8 CONTRE 11AMUS.

d'antidote contre la Fijppilî jipiqtie ctu bauard l'Estourdy, fail par un petit grimault du collège de Preslcs, 1567, on juillet, m Quel qu'en soit l'auteur, la Philippique reprochait à Ramus d'avoir volé au cardinal de Lorraine la litre de doyen du collège royal (fol. S v.), pour s'arroger lu prééminence sur des hommes tels queDuChesne, Dorât, Charpentier et surtout Duret, dont l'éloge revient à chaque page. On tournait en ridicule les prétenlionsde Ramus à la vieillesse, et l'on ne tarissait pas en plaisanteries sur ces cheveux blancs, qui recouvraient une tête si jeune et si folle encore (fol. 7, etc.). On excitait contre lui la jalousie de chacun de ses collègues ; on le menaçait de la colère de Duret et de Charpentier (fol . 1 b v.), et l'ouvrage se terminait par un véritable dithyrambe eu l'honneur de Louis Duret.

D'autres amis de Charpentier se joignant à lui , tirent pleuvoir sur Ramus un déluge d'injures, d'invectives, de calomnies et de pasquinades, depuis le lecteur royal Jean Dorât, qui ne pardonnait pas à Ramus sa supériorité comme professeur et qui fit contre lui des vers pitoyables jusqu'à Jean Riolan, alors professeur au collège de Roncour, plus tard docteur en médecine, et qui publia à cette époque un Discours contre la dialectique de Ramus'.

Mais de froides et insipides plaisanteries sur les cheveux blancs de Ramus et des jeux de mots sur le dêcanal n'étaient pas de nature à satisfaire la soif de vengeance qui tourmentait Charpuntier. 11 fit appel au fanatisme de la multitude.

' J. Aurali Poêroatia, lsso, ln-B", I. IV, p. a?S et suiv. « Voir pins loin, II r partie, chap. V.

VIE DE RÀMUE.

La religion, qui, dans les desseins de la bonté divine, est l'instrument du salut et de la paix, a toujours été, entre les mains des méchants, l'arme la plus terrible pour la guerre et pour la vengeance. Charpentier avait affaire à un protestant : il en profita pour intéresser la religion dans sa querelle. Il allait partout répétant que c'était à cause de son dévouement à la religion dominante qu'il avait été repoussé par les professeurs hérétiquesdu collège de France. Il semait contre son adversaire des accusations d'athéisme et d'impiété. 11 le faisait insulter par ses amis et lui appliquait à tout propos les noms des athées les plus tristement fameux, Théodore , Diagoras, etc. Les choses en vinrent à ce point, que Iiamus, pour couper court à ces dénonciations, poursuivit en justice ses calomniateurs. Charpentier, condamné à la prison, fut contraint de se rétracter '.

Cet acte de vigueur arrêta pour un temps la calomnie; mais la fureur des ennemis de Ramus ne fit que s'en accroître. Ne pouvant le perdre par la parole ni par la plume, on tenta de s'en défaire par des moyens plus sûrs ; on lui envoya plus d'une fois, en pleine paix, des assassins qui faillirent le mettre u mort dans son collège même. « Un jour, dit Nancel (p. 00), un homme furieux entra tout armé chez lui, et fit mine de le tuer. Ramus étant parvenu à s'en rendre maître, se contenta de le faire fouetter , au lieu de le livrer aux magistrats , et le fit mettre à la porte du collège.... Une autre fois, dit encore le même écrivain (p. 61), ou avait excité contre lui une émeute, et les ferrailleurs les plus renommés de

1 Nanciil , p. Cl : « In carcerem calumnialor conjectus , paliDodiam canere coaelus est. • Le texte est clair; il s'agil du J. Charpentier.

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