ATTAQUES A MAIN ARMÉE
l'académie étaient venus assiéger Je collège de Presles. Ramus leur fit ouvrir les portes et leur adressa une allocution qui produisit sur eux un si grand effet, que toute la troupe se dispersa, sans qu'un seul de ces bandits eût ose attenter à sa vie, quoique une vengeance particulière fût alors très facile et presque assurée de l'impunité, »
On revenait ainsi de nouveau à ces temps affreux de la première guerre civile , si éloquemment décrits par Turnèbe, «où il semblait moins criminel et moins dangereux d'égorger un homme qu'un mouton, et où tant de gens se montraient plus joyeux des malheurs de leur patrie et de leur propre ruine qu'ils n'auraient pu l'être de leur prospérité et de celle du pays'. » La faction des Guise l'emportait peu à peu à la cour sur le chancelier de l'Hospital, et poussait ouvertement à la guerre. « Le cardinal de Lorraine, dit un de ses biographes que nous avons déjà cité , n'échappa pas toujours à cet entraînement, et, si l'on en croit Pasquier, l'ardeur qui l'animait et qu'il propageait autour de lui par la vivacité de sa parole, porta plus d'une fois le peuple à prendre les armes', o DeThou (liv. XL1I) attribue formellement la seconde guerre civile au cardinal , qu'il appelle « l'auteur des troubles de la France et l'ennemi capital des prote.-tants. »
Lorsque la guerre éclata, en septembre 1567, Bamus aurait été infailliblement massacré s'il ne s'était réfugié à Saint-Denis, dans le camp du prince de Condé. Il assista en simple spectateur à la bataille indécise qui
1 Adr. Turnebi Advercaria. Dédicace à Michel de l'Hospital. » J. J. GuilloraiD, Le cardinal de Lorraine, p. M».
VIE DE UAMUS.
se livra en ce lieu. Puis il suivit l'armée du prince, qui, avec l'amiral de Coligny, se dirigea vers la Lorraine, pour y recevoir des troupes auxiliaires qui leur arrivaient d'Allemagne sous h conduite du prince Casimir. Ce fut alors, vers le commencement de janvier 1568, que Ramus eut l'occasion de rendre aux protestants un assez grand service. « Les agents du prince de Condé, dit l'historien de Thou (livre XLI1), s'étaient obligés de faire compter cent mille écus aux Allemands, aussitôt qu'ils auraient joint l'armée protestante ; et cependant le prince et les autres confédérés avaient a peine de quoi fournir aux dépenses journalières de leurs maisons. Le prince et l'amiral se trouvant dans une si fâcheuse extrémité, employèrent tout ce qu'ils avaient de crédit, d'éloquence et d'industrie, pour persuader aux confédérés de contribuer, chacun suivant ses moyens, pour une eboso si nécessaire, dont dépendait la conservation du parti. Ils engagèrent par leur exemple les seigneurs à donner pour cet effet leur vaisselle d'argent, leurs bijoux et leurs meubles les plus précieux. La pins grande difficulté fut de faire contribuer ceux qui, accoutumés à vivre de pillage, aimaient mieux prendre que de donner. Cependant, piqués d'honneur et animés par les vives exhortations de leurs ministres, ils consentirent à une contribution; et l'exemple faisant impression sur les autres, les soldats même et les valets d'armée soit par émulation, soit par vanité, donnèrent à l'envi, avec joie et avec profusion, plus d'argent qu'on ne saurait croire: en sorte qu'on tira de cette espèce de collecte environ trente mille écus, somme qui, toute modique qu'elle était, apaisa pour un temps les troupes aile-