SÉJOUR A LAUSANNE
[tamus était à Lausanne le 20 juillet 1570 '. Là il lia connaissance avec plusieurs professeurs : le théologien Samuel, le philosophe Marcoard, l'helléniste Nunius, Hortinus (Desjardins î), professeur d'hébreu, enfin Dives (Richomme 1 ?) et Lebœuf, professeurs de belles lettres. Il logeait chez un nommé Jacques Langlois dont il eut beaucoup à se louer, suivant Freigius (p. A0). Il fit à Lausanne, comme à Genève, quelques leçons de logique, eu présence d'une grande foule d'auditeurs.
C'est là qu'il borna son voyage. Déjà, le 20 juillet, il avait reçu des nouvelles favorables de Paris; on lui annonçait que sa bibliothèque avait été respectée et que le parlement avait chassé du collège do Presles celui qui s'y élait introduit comme un larron 1 . Bientôt il apprit qu'un traité avait été conclu le 8 août entre la cour et les protestants, à Saint-Germain-en-Laye, et le 28 du même mois il écrivait à son ami Zuingcr qu'il allait terminer son cours à Lausanne, et qu'il partirait la même semaine pour Lyon et de là pour Paris s .
11 allait donc enfin revoir sa patrie, après avoir visité une grande partie de l'Allemagne et de la Suisse, après avoir conféré avec les savants les plus célèbres sur les mathématiques, sur la logique, et plus particulièrement sur la théologie dont il avait fait pendant ces deux années une étude spéciale. Il avait échangé des lettres avec ceux qu'il ne pouvait visiter, comme par exemple Jean Molanus, recteur dcl'acadcmie de Brème, et David Cuytrœus, qui dirigeait l'académie de Roslock, sans compter
1 Vojei plus lias, ITT' partie, ohap. II, § T. * rius loin, 111' parlie, chap. II.
» Ibid. , g 9.
VIE DE RAMUS
le fougueux péripatéticien de Tubingue, Jacques Schegk, dont nous avons parlé plus haut.
On a vu avec quel empressement il avait été accueilli dans les académies et dans iloutes les villes qu'il avait visitées. S'il avait rencontré parfois des adversaires, il s'était fait aussi un grand nombre (le partisans. Il avait répandu lui-même la connaissance de sa philosophie, et lorsqu'il partit, on peut dire qu'il laissa l'Allemagne savante partagée en deux camps, celui des péripatéticien s et celui des ramistes : tel était, Pasquier nous l'a déjà dit, Je nom que se donnaient ses disciples.
Sa réputation à l'étranger était immense. Plusieurs villes, plusieurs princes souverains avaient voulu se l'attacher en lui offrant des chaires magnifiquement dotées. On lui avait fait à l'envi les plus belles propositions, en Italie, en Allemagne, et même en Pologne el en Hongrie. Déjà vers l'année 1563, l'académie de Bologne, lapins célèbre alors après celle de Paris, ayant depuis longtemps une chaire vacante par la mort de Romulus Amasée, qui recevait un traitement de douze cents ducats, Angelo Papio, célèbre jurisconsulte, avait écrit à Ramus au nom de son académie pour lui offrir cette place. Sans parler de l'électeur palatin, qui eut désiré le retenir, et qui l'eût peut-être nommé professeur en dépit de tous les obstacles, si Ramus s'y était prêté, notre philosophe avait été sollicité, pendant son séjour à Heidelberg, par les princes souverains de Westphalie, de Pologne et de Hongrie 1 . André Dudith, légat de l'empereur, le priait, au nom du roi de Pologne, de venir enseigner à Cracovie. Jean Zapoli, wayvode de Transylvanie, lui offrit,
• Letlreà Zulngcr; voir III- partie, cliap. II, §5.