PAROLES DE HAMUS
Oui, je suis heureux de penser que, si j'ai été battu par la tempête, si j'ai dû traverser tant d'écueils, mes malheurs auront du moins servi à vous rendre la route plus facile et plus sûre u
N'est-ce pas là le langage d'un digne témoin de la vérité, et son martyre n'eat-il pas un triomphe T
• Discours de 1553.
Des causes de la mort de Ramus. — Regrets attribues a J. Charpentier. — Témoignage do Jean de BoDbrim, — Via et caractère de Charpentier. — Ses attaques contre Ramus et Lambin. — Sa joie après la Saint-llarlhélemy. — Comment il parle de la mort de son ancien ad- ' versairc.— Premes diverses de sa participation au meurtre de Ramas.
Telle fut la fin d'une carrière déjà si pénible et si tourmentée. On ne peut se rappeler sans frémir tous les détails de cette mort, et ce n'est pas sans émotion qu'on se demande quelle passion humaine il en faut accuser. Sur qui retombe la responsabilité d'un tel crime? Quel est le misérable que la justice de la postérité doit à jamais Détrir du nom d'assassin? Uni accuser? Celle populace égarée qui parait au premier plan savait-elle ce qu'elle faisait? Ktait-ee le seul amour du pillage qui lui inspirait ces raffinements de cruauté? Personne ne l'a jamais supposé. Faut-il tout attribuer au fanatisme, comme uni paru le croire J. Scaliger, Fr. Holman, Klncius lllyricus? Assurément le fanatisme y eut sa part, il ne faut pas l'oublier, et , lors même qu'on trouverait ici la preuve
LES MEURTRIERS DE HA JUS. 25tJ
d'une vengeante particulière, il serait encore indubitable quo l'occasion et les moyens d'exéculinu lui furent procurés par lus fureurs sanguinaires d'au parti soi-disant religieux. Mais qiuil que suit lit fanatisme de la multitude, ce n'est pas elle qui conçoit les grande crimes : elle ne sait que les exécuter; elle est un instrument dans la main de ses chefs. La Saint-Barthélémy, dans son ensemble, doit être imputée à trois ou quatre autours, ot ce ne sont pas ceux-là qui ont égorgé tant de victimes au grand jour, Henri dq Guise lui-rnème n'a pas osé massacrer Coligny de sa main ; il y a employé un du ses sicaires. Il en est de même du meurtre du Ramas. En voyant ces bras qui se lèvent sur lui et qui le frappent, on ne s'arrête pas à ces instruments : on cherche plus loin; on se demande qui a conçu le crime et qui en a préparé les moyens. Qui donq a si bien dirigé les coups de ces hommes aveugles? Qui a mis les armus à la main à eut obscur sergent? Qui anime et excite les écoliers ut les maîtrus eux-mêmes? N'hésitons pas à le dire : ce n'est pas ici le crime de la superstition, mais de la haine. Les circonstances seules du meurtre indiqueraient le coupable : c'était un ennemi, un envieux, un confrère; oui, c'était Jacques Charpentier! Tout le monde l'accuse; toiis ceux qui ont étudié de près l'histoire de ce drame affreux ont reconnu en lui le grand, le vrai coupable, et je n'aurais pas même posé la question à laquelle est consacré ce chapitre, si, dans cette foule de témoignages accusateurs, je n'avais rencontré une réclamation en faveur du meurtrier. Ce témoignage unique, isolé, sans écho, ne trouble nullement ma conviction; mais il en pourrait troubler d'autres : je le rapporterai donc pour le discuter.
T1E HK IMML'S.
Voici ce qu'on lit dans le Hecueil ou Adparatus litte— rarius de Frider. Gotthilf Froytag, J. G. (Lipsiœ, 1752, in-8°), p. 510-511, num. CXCVI 1 :
« Suivant une opinion à peu près universelle, Jacques Charpentier, philosophe parisien , ennemi déclaré de Ramus, aurait payé des assassins qui, pendant le massacre, auraient mis à mort P. liamus. Cette affaire est présentée sous un tout autre jour dans une relation... dont l'auteur est Jean Guillaume de Bonheim, assesseur de la Chambre, plus tard conseiller impérial, et qui, étant alors à Orléans, \it tout de ses yeux. Comme cette relation n'a pas encore été imprimée, nous en donnons un court passage, extrait du manuscrit qui est dans nos mains. L'auteur s'exprime ainsi : — « En ce
' L'importance de ce document me fait un devoir de reproduire le texte original : « Pervulgata plemmque omnium est opinio, lacobum Carpcnturium, philosophum l'urisiensom, Rumo infensissimum, sicarios subornasse , qni P. Hamum , in laniona Parisiunsi, a medio sualulerint. Omnia vera alia elucent, e narraiione quam decyclopica illa alqueinaudita et eiecranda laniena quœ facta est Luletis, Anrcliis, Lugduni et allis in locïs Galliœ..., oonscripsit Jean. Guilielm, a Bonheim Aaaess. Caméra; et postua Consiliariiis Ca^sar. , qui Auieliis omuia ipse oculis percipit. Cum hœc narralio lypis nondnm fuerit vuigata, particulam islam e codice manu ciarato, quem possidemus, hue adjicimus. lia vero ille : Quud ad Domiuum Ramus (sic) attiuel, ita se res liabel. ls primum lytro ÎOOO coronatomm vitam soam redemlt, quos etiam parsolvit. Postea, cum res intelleiissct Hamum nondum occïsum esse, eiprcsse mis hijunxit ut idem etiam interliceretur. Fuit ïs in teuilius suis ocoultatus, et se posuerat inler lunes lecii sui cl saccum straminis. Nihilominua invuntu:, mi:crriu.e <iji]Iu.-;us et \v.r ^mi.iIi-.ii^ j.j ojoi.t ii l=. l'-.istsn virilia ei eraecla; tunibus cadaver per civitatem traierunt, in aquam tandem projecerunt; tertio die flumen eum ad littus pepulerat, ubi infantes Lntetiani cadaver virgis ecciderunt. Ejus more cum Domino Carpe ntario annunciaretiir.qnocumpropler Arislotelem, ab aller.i porte impugnatum, ab altéra vero derensum, perpétua Us orat, lacrymas fundere cœpit, indigne ferens tam doclum virum, qui acumine ingeiiii pra™;ioi;;Lt, ut propler erudilionem ubique terrarum celebris erat, vita privari. ■
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