AUTRES TÉMOINS
« Charpentier termina culte querelle par îles voies qui n'avoicht point encore été pratiquées entre ceux qui se piquoient de doctrine; il envoya chez lui des soldais, qui, après avoir tiré de lui tout ce qu'il avoit de meilleur, sous l'espérance de lui sauver la vie, le poignardèrent et le jetèrent par la fenêtre de sa chambre dans la cour du collège. Les écoliers, animés par leurs régents, lui arrachèrent les entrailles et le traînèrent par les rues. »
Bayle (Dict. hist. et crit., 1696, art. Ramus), Félibien (Hist. de la ville de Paris, 1725, t. 11,1. XXII, p. 1107, 1121), le P. Niceron (Mém., t. XIII, 1730), Voltaire (édit. Beuchot, t. XLIV, p. 284) adoptent le même récit.
Le savant Christ. Frédéric Lcnz, après des recherches spéciales et approfondies (Historia Pétri Rami, Witemberga, 1713, in-4", § XVIII, p. 30, 31), n'hésite pas à déclarer que Charpentier est l'assassin de Ramus, et il s'appuie particulièrement sur deux auteurs que je n'ai pu me procurer : l'un est Thomas Pope Blount (Ccnsur. celebr. author. , p. 711); l'autre, bien plus important si je ne me trompe, est Simon Simom'us, disciple de Ramus, ami de Languet et qui, après la Saint-Barthélomy, adressa à Jacques Charpentier une lettre citée par Lenz, mais malheureusement très rare en France.
L'incomparable érudit Brucker (Hist. philos., 1744, t. V) ne fait pas la moindre difficulté pour se conformer à l'opinion commune, qui accuse unanimement Charpentier.
Freytag lui-même (1. c, 1732) n'a pas l'air de donner grande créance à ce Jean de Bonheim qu'il a exhumé si » Lettres d'Hubert Langaet il J. Camérarius (1S(B), epist. 41 et U.
curieusement; car il lui oppose les Commentaires sur l'état de la nligion en France, que nous venons de citer.
Histoire ecclésiastique (Continuation de Fleury, 1757, in-4% liv. CLXXIII, § 30) : « Jacques Charpentier, de Clennont en Bcauvoisis, professeur et médecin du roi, se déclara encore plus ouvertement contre lui; et il poussa si loin l'animosité qu'il le fit comprendre dans le massacre... envoya des meurtriers , etc. Sa mort causa une telle frayeur à Denis Lambin, qu'il tomba dans une maladie dont il mourut un mois après; et l'on accusa encore Charpentier de celte mort. »
Il faut lire encore Crevicr (ilist. de l'université, t. VI, p. 2(i4 et suiv.) sur le massacre de la Sainl-Barthélemy : a Je suis bien charmé , dit-il , de voir que l'université n'y prit aucune part : en sorte que tout ce que j'ai à raconter de cet horrible' événement se réduit à la mort de Itamus et à celle de Lambin ; « et la cause de cette double mort est, suivant lui , a la haine furieuse de Charpentier. »
Telle est aussi la conviction de l'abbé Goujet {Mém. Iiist. et litt. sur ie coll. royal, 1758), qui avait si bien étudié tout ce qui concerne le collège de France ;■ de Gaillard, l'historien justement célèbre de François I" (1769); d'Ant. Savérien, qui nous dit avoir pris la peine d'aller au collège de Presles, afin de vérifier sur les lieux les détails du crime (Vies des philos, modernes, 1773 , in-12); d'Elienne Montucla (Ilist. des math. , Part. III, 1. 111, t. I", p. 577); telle est enfin 'opinion de tous les historiens de la philosophie jusqu'à M. Cousin Cours, 2" série, t. II, 10° leçon, et Fragm. de pln'l. carf., p. S