‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 66 sur 175 · XCÉV0LE DE SAINTE- MARTHE · texte numérisé non relu

XCÉV0LE DE SAINTE- MARTHE

et à M. Barthélémy Saint-Hilaire (Dict. des se. philos. , art. J. Charpentier).

Cent outres écrivains, de tons les partis et de toutes les opinions, pourraient figurer ici; mais j'en ai invoqué un assez grand nombre pour établir qu'il règne sur ce point un accord des plus imposants. Cependant, à mon avis, tant de témoignages, qui souvent so répèlent, font moins contre Charpentier que les deux ou trois auteurs que j'ai encore à citer, et qui étaient probablement à Paris pendant l'événement : je veux dire Scévole de Sainte-Marthe, Nicolas de Nancel et Henri de Monahtheuil. Moins explicites sur la culpabilité de Charpentier, leurs témoignages n'en sont que plus accablants pour lui ; car les ménagements même qu'ils gardent nous font sentir qu'il leur a fallu une conviction bien profonde pour désigner le eoupablo, du vivant de ses protecteurs, de ses amis, de ses complices peut-être, du vivant de Thomas Martin, entre autres, cet ancien régent du collège de Boncour, qui, étant recteur à l'époque de la Saint- Barthélemy, n'avait fait aucun effort pour apaiser le fanatisme des étudiants '.

Sainte-Marthe, qui ne nomme personne, est cependant fort clair (Elog. , 1. II, él. de Ramus, 1598) : « Après le meurtre de Coligny, tandis qu'on frappait impunément tous ceux de son parti, des sicaires, envoyés par les soins de son rival [ex cemuli insidiis) le percèrent à coups de poignard et le précipitèrent du haut de la maison par la fenêtre; puis (spectacle affreux et abominable) ils le traînèrent par les rues de la ville, et, après avoir fait

> Voir Du Boalay, 1* VI, à l'année 157i, et 11 lista des rectïar»,

VIE DE IUMtfS.

subir à sou cadavre lus plus cruels outrages, ils le jetèrent .Ions la Seine à l'endroit le plus voisin. »

Voici les passages de la Vie de Ramus par Nancel, qui se rapporlent au point que nous traitons en ce moment : « Je me tairai, dit-il (p. 74), sur la cause et les circonstances de sa mort; mais je creis pouvoir raconter brièvement, sans blesser personne, comment Ramus, malgré la volonté et la défense du roi et de la reine, fut mis à mort par d'infâmes sicaires gagnes à prix d'argent. » — « Les sicaires envoyés par ses ennemis, lc3 conjurés, les meurtriers à gages (p. 74, 75)... » — « Deux hommes surtout avaient prêté leur concours à son ennemi et à l'auteur de cette tragédie (p. 75). » Il y a donc des ennemis et des conjurés, ou plutôt il n'y a qu'un ennemi et des meurtriers à sa solde. Pourquoi Nancel ne Je nomme-t-il pas? C'est d'abord qu'il est médecin, et que peut-être il ne veut pas déshonorer un confrère. Ensuite, à quoi bon nommer Charpentier? En 1539, tout le monde sait encore de qui il parle. Ajoutez à cela qu'il écrit après la Ligue et sous Henri IV, alors que la France s'applique à fermer les blessures que lui ont faites les guerres civiles; et Nancel, médecin de la princesse Elconore de Bourbon, explique longuement et avec un peu d'emphase combien il est heureux de contribuer, par la modération de son langage , à l'apaisement des passions (p. 77-78). Il est aussi réservé dans une lettre qu'il écrivait à J. Scaliger le 45 octobre 1594, et où il dit qu'à la Sainl-Barthélemy « Ramus a péri sous les coups et par les embûches de ses ennemis et de ses envieux '. »

Cette réserve était alors comme à l'ordre du jour. Mais

1 S. Kancslii Trach. Nov-, D. M.. EpHtol. Paris., 1603, in-S", ep. 6t.

UONANTHEUII- I>. LAMBIN.

lu silence a souvent une grande signification, et nous en avons ici même une preuve des plus frappantes dans uu discours prononcé et imprimé à Paris en 1595 par nn ancien ami de Bamus, Henri de Monantheui) , sur la constitution et la réorganisation du collège de France. L'orateur exprime le vœu que l'on place dans ce collège les portraits de tous ceux qui y ont enseigné depuis soixante-cinq ans. Peut-être, dit-il, serait-on obligé d'exclure Jean Dampestre, à cause de son incapacité reconnue; et il énumëre tous les autres lecteurs royaux depuis l'an 1530, tous, ai-je dit, excepté un, Jacques Charpentier. Pourquoi? Monanthcuil ne le dit pas; mais il nous est facile de le deviner : c'est parce que le collège royal aurait rougi de voir le portrait ou même d'entendre prononcer le nom d'un assassin reconnu pour tel et dont tout le monde exécrait la mémoire , au sortir des folies sanguinaires de la Ligue; c'est surtout parce qu'il était impossible de placer le meurtrier à côté de ses deux victimes, Itamus et Lambin.

Lambin! Voilà le dernier et l'irrécusable témoin. 11 n'y a, sur la fin prématurée de ce savant, qu'un seul récit, une seule version. Kamus venait d'être mis à mort ; Lambin apprend, dans lotis ses détails, le supplice d'un collègue qui lui était cher. À cette nouvelle , il est saisi d'horreur à la fois et de terreur ; car il ne saurait s'y tromper : c'est Charpentier qui a dirigé les coups , et , s'il en est ainsi , le même sort ne lui est-il pas réservé ? Charpentier, qu'il connaît si bien , ne lui a-t-il pas déclaré 1 qu'il aimait mieux un protestant qu'un politique,

' J. Qarpent. Oratio bsbila in eiplical., I. * Matear., Paris, 1568, in-S", vers la fin; Ad D. L. Epistnla secunda (1371).

V!E DE HAMUS

et n qu'il le détestait encore plus que Ramus? » Lambin , en proie à la plus vive émotion , est pris d'une fièvre violente et meurt ou bout de quelques jours. Ainsi parle de Thon après Sain te -Marthe (El. de D. Lambin), et il n'est démenti par personne'.

Qui donc a pu faire croire au malheureux professeur que Charpentier allait le faire assassiner? Le bruit public qui désignait l'assassin de Ramus lui paraissait donc indubitable? Sa frayeur, sa maladie , sa mort ne déposent elles pas d'une manière saisissante contre cet homme violent et vindicatif, si prodigue en menaces, et qui ne menaçait pas en vain, contre le digne ami des Muret , des du Chesne , des Vigor et des de Sainctes , et de tout ce qu'il y avait alors de malfaisant; contre cette créature des princes lorrains et ce mortel ennemi du progrès, de la paix et de la liberté religieuse ; enfin contre ce redoutable capitaine de la milice, qui, après avoir, quatre ans auparavant, visité à main armée les maisons des suspects, après avoir sans doute, pendant les deux premiers jours, secondé les efforts de ses collègues * et massacré ou fait massacrer pour le compte des Guise , songeant enfin à ses propres affaires, trouvait tout simple d'employer

' De Thon, His.t. sui temp., I. LUI. Voir plus loin, ebap. X.

* DeThou,)bid.D'ÀHbigné, Hist. Univ., t. II, 1. I, ch. IV: aCeuiqni ouf .le rrit r. '.itu journée, et par-dessus tous ce grand sénateur de Thou, n'ont point de honte de dire de leur ville mesme, que les capitaines at

double iloge de Charpentier en grec et en latin, comme diiainicr, wnfiluit irisas; soici un distique, entre antres :

Cupenttrfua hsc nierait pneonia iaudif, Armis qui paujam jcrYal et ingonio.

quelques-uns de ses gens à le débarrasser de ses ennemis !

Je le dis donc en terminant, avec une conviction profonde et inébranlable : Ram us a péri victime d'une vengeance particulière, et le meurtrier est bien Jacques Charpentier. Au nom de sa victime, je le voue à l'indignation des hommes de cœur et ait mépris éternel des gens de bien. Tout ami des lettres, de la philosophie et des sciences, pour ne pas dire de la religion et de la morale, s'unira, j'en suis sûr, à cet anatheme.

anecdotes.

Détails sur le nom ie Bannis, sur 9.1 la mille et sat ses premières années. — Ses maîtres ■ Juan PulM, Jean Hnnnuyi.'v. — Hevue de ses principaux adversaires; li'iitaUïes île r.'cmifiliiiUoii. — Ses amis et ses relations à la conr, dans le parlement el dans l'université ! Sylvius, Lambin, etc. — Intérieur de ltamus : ses revenus, ses dépenses, sa vis journalière et ses habitude*. — Circonstances diverses de sa mort. — frirait et caractère de Ramua. — Son testament.

Ma lâche de biographe n'est point achevée. Après avoir retracé le rôle de Ramus dans son pays et dans son temps, après avoir assiste avec lui à des événements plus ou moins considérables , qui souvent appartiennent à l'histoire autant qu'à la biographie, et par lesquels on peut prendre du personnage qui y figure une connaissance pour ainsi dire officielle, il me reste à l'étudier de plus près et d'une manière plus intime, à l'aide de ces traits plus cachés , plus familiers et en apparence moins dignes d'intérêt, mais sans lesquels on ne comprend guère l'époque ou l'homme qu'il s'agit de peindre. Les détails de ce genre abondent sur Ramus : obligé de choisir dans le nombre et de sacrifier une bonne partie de mes recueils, je crains encore de paraître manquer de mesure,

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