‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 69 sur 175 · SES CORRESPONDANTS · texte numérisé non relu

SES CORRESPONDANTS

l'étranger, quoique les noms de Bullinger, de Camérarius, de Rhéticus, de Jean Sturm, de Roger Asham , de Pierre Pithou et d'autres personnages considérables eussent piqué peut-être la curiosité de plus d'un lecteur. J'aurais aimé à reproduire quelques traits des lettres à Théodore Zuingcr, où Ramus se montre tour à tour grave, enjoué, affectueux, demandant avec sollicitude des nouvelles de son filleul, s'intéressant aux travaux de son ami, attentif surtout à l'état de la religion à Bàlc. J'aurais aimé aussi à rechercher la trace de ses relations avec Cujas , ainsi que la date et le sujet des lettres qui furent trouvées au collège de Presles à la Saint-Barthélémy, et qui donnaient la preuve de l'attachement de notre grand jurisconsulte au protestantisme 1 . Je me restreins à Paris et au cercle dans lequel Humus vivait habituellement, et là encore la moisson est bien abondante. Que de pensées et de sentiments divers, que de faits curieux ou d'événements de la plus haute importance nous rappelle à lui seul le trop célèbre Charles de Lorraine!

Dans une des salles du palais archiépiscopal de Reims, parmi plusieurs portraits d'archevêques, on eu trouve un qui porte celte inscription : Ch. deLorraine, tard. 1547. Ce portrait est-il ressemblant? Je l'ignore ; mais ayant eu l'occasion de le voir, je dirai simplement ce que j'ai ressenti en contemplant cette image, sous l'impression de tous les souvenirs qu'elle devait réveiller en moi. La toque rouge du cardinal ne cache point son front large et

' S. de Bonheim, cité par F. G. Freytag (ibid.), p. 511 ! a Fuere lileno qufedam in musren Rami inveiU*, ex quibsis mulla arcana colligi noteront, luter reliqna vero quai habuit, etiam Cnjacii scripla rppena sunl, quihus lotum se Bïflngeliciim déclarai, ita ut do vita Cnjacii sit poriculum. a Cf. France protestants de M. M. Haag, art. Cujas.

VIE DE HAMUS

élevé. La figure, longue et amaigrie, semble trahir la fatigue ; l'oeil est sombre et enfoncé ; la coupe de la barbe, taillée en pointe, est celle qu'affectaient nos jeunes élégants il y a quelques années. Le bas de la tête a de la finesse, mais le menton pointu et un peu avancé n'est pas en harmonie avec le haut du visage. En somme, cette tête n'a rien de sympathique : la partie supérieure est belle et dénote l'homme d'esprit et de résolution; niais la partie inférieure, les pommettes et la bouche offrent les signes extérieurs d'instincts égoïstes et grossiers. Tels ont pu être les traits de ce prélat ambitieux et débauché, intrigant de génie, galamment el spirituellement criminel, qui fut le protecteur des gens de lettres et l'àme de la maison de Guise, l'inventeur de la Ligue, et, sinon le conseiller, du moins le panégyriste de la Saint-Barlbélemy.

Mais je n'ai pas la prétention de retracer ici , même en abrégé, la vie si connue du cardinal de Lorraine. Je ne rappellerai même pas la protection qu'il accorda aux gens de lettres; je ferai seulement remarquer que celte protection fut toujours subordonnée à la question de religion, ou plutôt à ses desseins ambitieux. Cela est surtout vrai en ce qui concerne Ramus, quoi qu'en ait pu dire un biographe du cardinal , qui voit je ne sais quel apôtre de la liberté illimitée de penser dans un homme qui n'a pas même compris les droits de la conscience 1 .

Charles de Lorraine était trop grand seigneur pour ne pas repousser la barbarie du langage, aussi bien que des manières : il aima donc les lettres et se montra généreux envers les lettrés; mais c'était, à ce qu'il semble, un goût

1 J. J. (iuiltemin, La card. de Lorraine, p, S5, p. (53, S55, Ole

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