SON PREMIER ENSEIGNEMENT
la prcmiero fois cette abondance ornée et ces développements pratiques qui lui paraissaient essentiels dans l'enseignement des arts libéraux, et dont il avait tant regretté l'absence dans les cours ducollége de Navarre'. Ramus, àl'imitation de Slurm, s'efforça de donner à ses leçons un tour agréable et pratique, cherchant dans les poètes et dans les orateurs des exemples et des modèles de toutes les opérations de l'esprit, vérifiant ainsi d'une manière intéressante les règles tant soit peu rébarbatives delà logique, et bannissant surtout les stériles disputes qui avaient été jusque-là en honneur dans l'université de Paris. " Après que je fus nommé et gradué pour niaistre es arts, dit-il en un endroit de ses écrits, je ne me pouyoïs satisfaire enmon esprit, etjugeois en moi-même que ces disputes ne m'avoieut apporté autre chose que perte de temps. Ainsi estant en cest émoy, je tombé, comme conduit par quelque bon ange, en Xénoplion, puis en Platon, où je cogueus la philosophie de Socrate; et lors comme épris de joye, je mets en avant que les maistres ès arts de l'université de Paris esloicnl lourdement abusez de penser que les artz libéraux fussent bien enseignez pour en faire des questions et des ergos, mais que toute sophistiquer ie délaissée, il en convenoit expliqueret proposer l'usage 1 , »
Fort de cette conviction, Ramus, âgé de 28 ans, fit paraître, au mois de septembre 1543, deux livres dont Joseph Scaligcr lui-même a vanté le latin', et qui tous les deux traitaient de la logique ou dialectique, mais de deux
' J. Sturniio dociure, logicini hanc uterl. primum denusUvi 1 Rcmonstrapce au wjnseil privé, p. 24, SB, » Sraligerana (Colore, 1G93), p. m.
VIE DE RAHUI-
manières bien différentes. Le premier, intitulé Dialecticœ partitiones ad Academiam Parisienscm, exposait sous nne forme dogmatique un petit nombre do préceptes élémentaires écrits avec élégance et brièveté, sans aucun mélange de polémique. Il est vrai que cet ouvrage était précédé d'un discours préliminaire, qui dut médiocrement réjouir les péripatéliciens, puisqu'on y prenait comme principe et comme point de départ l'insuffisance de leur logique. Mais il y avait loin de là aux Aristotelicce animadversiones : dans ce second ouvrage, en effet, la logique d'Aristote était soumise à un examen sévère jusqu'à l'injustice. Aristote et ses disciples y étaient traités sans aucun ménagement. Le maître était représenté comme un sophiste, un imposteur et un impie; les disciples comme des barbares, dont les disputes stériles et bruyantes, les subtilités, les inepties de toutes sortes étaient tournées en ridicule de la manière la plus spirituelle, ou condamnéesavcclaplusviveetlaplus sérieuse éloquence. Là, Ramus se déclarait hardiment l'adversaire de la routine, et le défenseur de la liberté de penser contre les partisans aveugles de l'autorité en philosophie, et il s'écriait en leur portant un défisolcnnel : « Puisquedans l'intérêt de la vérité, nous avons déclaré la guerre aux sophistes , c'esl-a-dire aux ennemis de la vérité, ce ne sont pas seulement tous les travaux et tous les périls qu'il faut affronter, pour détruire de fond en comble ces repaires de sophistes : e'est une mort intrépide et glorieuse qu'il faut accepter au besoin (fol. 1S v.J.» Parole grave et prophétique, et qui, à cette époque, n'avait malheureusement rien d'exagéré. En résumé, les Aristotelicœ animadversioncs reproduisaient, en le tempérant à peine, le