‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 71 sur 175 · LÀ MODE EN · texte numérisé non relu

LÀ MODE EN

Jamais homme ne souffrit plus cruellement : son mal redouble, ses paupières s'enflamment; auparavant il avait mal aux yeux, maintenant il ost aveugle! Il retourne chez son médecin, qui lui prescrit un autre traitement, etc. » Rnmiis ne se guérit qu'à grand'peine et à force de remèdes, dont )e principal et le plus efficace fut qu'il porta longtemps les cheveux ras.

Cette habitude, qui devint la mode sous Henri II, était contraire à l'usage sous François V. De là une petite aventure dont Kancel nous fait encore le récit, d'après Rainus : « A son arrivée au collège de Prcsles eu 154!» , les élèves jouèrent une tragédie et une comédie. Lorsqu'il parut lui-même sur la scène comme souffleur à la fois et comme directeur de la jeune troupe, les spectateurs, le prenant pour un Italien, le regardèrent de fort mauvais œil : car les Italiens étaient alors très détestes à Paris. Celte impression fâcheuse ne se dissipa que lorsqu'on sut la cause pour laquelle il s'était fait couper les cheveux. » Tel était déjà l'empire de la mode.

De la Monnoye, dans une noie sur l'article Galland de la Bibliothèque françoise de La Croix du Maine et Du Verdier, avance, on ne sait sur quel fondement, que Denis Lambin était ennemi de Itamus. Ils étaient au contraire parfaitement unis de pensée et de cœur, et ils suivirent la même conduite dans deux affaires décisives, celle des jésuites et celle du collège royal en 1566. Lambin se montra même plus vif que son collègue, soit contre ceux qu'il appelait les oppresseurs de l'université, soit contre Jacques Charpentier, dont il encourut la colère pour avoir démasqué son ignorance. Je ne reviendrai pas sur ces démêlés, quoiqu'ils ne soient pas sans intérêt

VIE DE IUMUS.

pour l'histoire générale du temps. Mais Lambin ayant partagé !a destinée de Ramus, je dois mettre sous les yeux du lecteur le récit de sa mort par de Thou (1. LUI, trad. d'An t. Teissier) : « Denis Lambin , de Mon treuil , professeur royal en éloquence, connu par beaucoup d'ouvrages très utiles à la littérature, ayant appris ce qui venoit d'arriver à Ramus, en fut effrayé; et, quoiqu'il ne pensât pas comme lui sur la religion, cependant, comme il avoit eu aussi avec Charpentier de grandes disputes littéraires, il craignit la vengeance de ce furieux, et l'effroi doot il fut saisi lui causa une maladie fâcheuse dont il mourut un mois après. Ce sont leurs disputes (ajoute l'historien) qui ont donné naissance au nom de politique, qui devint depuis un nom de faction , que les ligueurs transportèrent à ious ceux qui étoient attachés au roi et qui vouloient lu paix. »

La vie d'Orner Talon est tellement liée à colle de Ramus , que je crois l'avoir racontée à pou près en entier, depuis ses débuts dans l'enseignement au collège du cardinal Lemoincen 1534, jusqu'à sa mort arrivée en 1562. 11 était du Vermandois aussi bien que Ramus. Ils étaient si grands amis, qu'ils se traitaient de frères. « Orner Talon , dit Nancel (p. 40), était un homme de beaucoup d'esprit, d'humeur douce et facile, plein de politesse et de bienveillance, et possédant toutes les qualités du professeur. » 11 partagea la vie de son frère pendant plus de vingt ans, dans les collèges du Mans, de TAve-Maria et de Prcsles; c'était même lui, à ce qu'il paraît, qui s'occupait des élèves pensionnaires et qui administrait le revenu commun. Mais ici, nous touchons à la vie intime de Ramus : il est temps de le considérer enfin lui-

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