PRINCIPES GÉNÉRAUX
raclera que nous remarquerons dans les opinions dont l'ensemble compose le ramisme : d'une part, l'étendue vraiment philosophique du plan et de l'entreprise; de l'autre, une grande place donnée parfois à des considérations d'une valeur secondaire par elle-même, mais d'une grande importance pour l'enseignement.
Peut-être est-ce faire tort à Ramus que de ne pas le considérer spécialement comme homme d'école. Il fut sous ce rapport très supérieur à son siècle, par l'élévation de ses vues et par l'étendue de ses desseins. Mais on a déjà pu s'en faire une idée par ce qui a été dit des Advertissements an roy sur la réformation de l'université. Ici, j'ai surtout à faire connaître et apprécier une entreprise que plusieurs ont comparée à celle d'Hercule nettoyant les étables d'Augias. Tel fut le travail de Ramus, s'efforcant de tirer toutes Tes sciences de la barbarie où elles étaient plongées , et de remettre en lumière à lui seul le cercle entier des connaissances humaines : tâche immense et qu'il ne pouvait accomplir d'une manière définitive, mais à laquelle du moins il s'appliqua avec une hardiesse et une vigueur incomparables, et dans laquelle il se montra, selon les expressions de Pasquier, a d'un esprit universel , comme on recueille par ses œuvres , concernans tant les lettres humaines que philosophie ' . »
Il emprunta les principes de cette grande réforme à la logique, à cet art de penser que la scholastique avait si fort défiguré, parce qu'elle n'en avait connu que la lettre, non l'esprit ni l'usage, et qui, une fois réformé, semblait devoir réformer toutes les autres sciences. Eu effet, la logique est pour Ramus un « instrument singulier ;i 1 Recherchas de l& France, I. IX, ch. 18.
DU fiÀMISMB
manier el Iraicter tous discours , soient de quelques faits particuliers qui se puissent offrir, soient de plusieurs intelligences universelles accouplées avec les autres et toutes tendantes à inesme fin, comme sont les matières snbjeptes en toute discipline'. »
Démontrer et réfuter, telles sont les deux fonctions bien distinctes de la dialectique. De là un double procédé d'exposition dans chaque scienee : tantôt on emploie une méthode indirecte ou critique, et l'on réfute les erreurs ; tantôt on procède d'une manière positive ou dogmatique, et l'on démontre directement la vraie doctrine. Mais ù quel signe reconnaître une science véritable et bien enseignée? Aristoto parait avoir résolu cette question dans les Derniers Analytiques, lorsqu'il exige que toute notion scientifique réunisse ce triple caractère : 1° d'être d'une évidence parfaite et universelle (usai tcovto';); 2° d'être bomogène (»aÛ' auro"), c'est-à-dire de rentrer toujours dans l'objet de la science; 3° enfin d'être exprimée sous sa forme propre, qui est la plus générale (xaflolou TtpùTov). La première de ces trois règles, dit Itamus, exclut l'erreur de la science; la seconde doit la débarrasser de tout ce qui lui est étranger, en marquant ses limites et son domaine propre; la troisième en bannira les tautologies et les mauvais raisonnements'. Voilà pour la matière des sciences; quant à leur forme, elle sera réglée par un principe unique , emprunté également à Aristole, savoir que l'on procède du connu à l'inconnu, ou, en d'autres termes, du général uu particulier".
i Remonstr. au conseil privé, p. il.
* Préfaça Ces f-chola; physiae, et ailleurs.
1 Ibid. ; Scholœ physiefe, 1. III init, , etc.
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Convaincu de la vérité et de l'efficacité de ces lois logiques, Humus les appliqua en toute rigueur, et sans jamais s'en départir, à toutes les sciences, ou, comme on disait alors , aux arts libéraux , afin d'en éclairai- ou d'en simplifier l'étude. U divisait les arts libéraux en exotériques ou communs, tels que la grammaire , la rhétorique et la dialectique , et en ésotériques ou acroamatiques, tels que les mathématiques, la physique et la métaphysique. Les premiers étant d'un accès plus facile et d'une utilité plus générale, ce fut par là qu'il commença sa réforme,
Ses travaux en grammaire peuvent nous faire juger du mouvement qu'il imprima aux études en tout genre. Non content de critiquer tout co qui lui semblait faux ou barbare chez les anciens grammairiens, il écrivit luimême, avec nno élégance inusitée depuis bien des siècles', la grammaire des trois langues qu'il possédait le mieux : le grec, le latin et le français. Dans chacune de ces trois grammaires, il donnait une méthode courte et facile, composée d'un très petit nombre de règles générales, pensant, comme plus tard Fénelon dans sa Lettre à l'académie, que «le grand point est de mettre une personne le plus tôt qu'on peut dans l'application des règles par un fréquent usage. »
' Sans remonter au barbare Doctrinal d'Alexandre de Ville-Dieu , ni même ain RmlimiTUs l.'-io . qui l'uviiieriL remplacé daii6 les
écoles dès 1514, et qui donnaient encore les réfies en mauvais vers
metila, authore riiHii-jjin Maimi|:;rj;n, paii^, is;k, iu-V", 90 f. Il commence ainsi : « Prn pr-i-.s: li'.k'raliii-j' nid. menus |ierliœle appre/ie'idendis, etc., c'est-à-dire : pour bien apprendre les éléments de la langue grecque, etc. » Voilà comment ou écrivait U grammaire en latin, cinq ans avant Ramus.
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Le premier, Kamus avait introduit dans les collèges de Paris l'étude du grec à côté du latin, qui, avant lui, y était seul enseigné '. Sa grammaire grecque était citée avec éloge un siècle plus tard par le savant Lancelot , dans la Préface de la Méthode grecque (§ III) ; « On peut dire, ajoute cet auteur, que si Ramus n'a pas trouvé entièrement la véritable manière d'enseigner méthodiquement et cet art et les autres, au moins il a été des premiers à la rechercher, et a excité les autres, par son exemple, à faire de même : en sorte que toute la gloire en est toujours due à l'université de Paris, comme à la mère qui avoit produit ce génie. »
Il ne rendit pas de moins grands services pour la langue latine , soit en faisant prévaloir daus les écoles une prononciation exacte et élégante , soit en classant d'une manière plus convenable les déclinaisons et les conjugaisons, soit en donnant une place à part à l'étude de plusieurs parties du discours, comme le pronom et le participe. Il recommanda l'emploi des deux lettres j et u, qui jusque-là étaient confondues avec l'j et Vu, et tous ses contemporains, qu'ils soient favorables ou contraires ù celte invention, lui en attribuent l'initiative a , depuis Frcigius et Nancel , qui la célèbrent avec enthousiasme , jusqu'à Joseph Scaliger, qui dit avec un véritable dépit :
« Aujotird'huy on ne faict estai que des ramistes Ils
escrivent les v consonnes à la ramiste, distingués des u voyelles : la grande folie! » La postérité n'en a pas juge
' Nancel. Vie de Ramus, p. 1S, 38, 37.
■ Vnir Ramus lui-même, SeholaS grammatical, 1. II, De sonis literarum ;
ch. a": Phîl. Pauilltm, Disaert. sur \'j et Vtt consonnes; Uél. tirés d'una jjr. Mil-, t. XIX, y. 115, etc. — Scaligerana, éd. de Genève, 1666, p. 389.