‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 83 sur 175 · IÎ · texte numérisé non relu

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comme Scaliger : elle n'a pas cru commettre une folie en adoptant des caractères don! l'usage a paru commode, et en employant ces deux lettres, que les grammairiens ont appelées longtemps les consonnes ramistes.

Il n'en a pas été de même de ses idées sur la prosodie et de ses tentatives pour réformer l'orthographe française. Sans vouloir abolir la rime, qui, disait-il, « est fort plaisante et délectable , » Ramus s'imaginait , avec plusieurs poètes de son temps , « que nostre langue est capable de vers mesurés , tels que les grecs et les romains. » Il admirait beaucoup les essais de Jodelle, de Pasquier et de Baïf en ce genre, et ne craignait pas d'affirmer que « les autheurs de tels vers seront les Homères et les Virgiles des Françoys. a Illusion du patriotisme à la fois et de l'érudition, que Ramus eut le tort d'encourager par ses paroles, sinon par son exemple 1 ,

II alla plus loin pour l'orthographe. Ecrire comme on parle a été le rêve de tous ceux qui ont voulu simplifier notre écriture ; ce fut l'idée de Ramus, après Et. Dolet, Jacques Dubois , Louis Maigret et bien d'autres. Emporté par l'amour de la logique, il lui sacrifia audacieusement l'usage , que lui-même avait proclamé la règle et la loi suprême du bien parler. Il faut entendre les vives et fortes objections que lui adressait Pasquier (Lettres, livre III, lettre IV) : « Ceux qui mettent la main à la plume prennent leur origine de divers pays de la France, et est mal-

• Prfif. de la gramm. franç. Cf. Rech. de la France, 1. VII, e. fl. Voici un distique de Jodelle qui fui, d'après Pasquier (Recta., 1. VU, c. Il), « le premier coup d'essai en vers rapparies, lequel esl vraiment un petit chef-d'eaum : «

PhœMa, AmoBr, Cjprïs, tefil saûvOr, noûrrir Si SrnPr Tïin iFra ."I 13» chël rt''imhrî, a- flfimmr, df tlefir».

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aisé qu'en nostre prononciation il ne demeure tousjoUrs en nous je no seay quoy du ralnage de nostre pays. Je lo voy pur effel en vous, auquel, quelque longue demeure qu'ayez faite dans la ville de Paris , je recognois de jour a autre plusieurs traicts de vostre picard, tout ainsi que Pollioti recognoissoit en Tite-Live je ne seay

quoy do son padoiïan Je ne dy pas que s'il se trouve

quelques choses aigres, l'on n'y puisse apporter quelque douceur et attrempancu ; mais de bouleverser en tout et partout sens dessus dessous nostre orthographe, c'est à mon jugement gaster tout, n

Ramus n'avait pas attendu cette lettre de Pasquier pour se faire à lui-même ces objections ; car il disait lui-même dans sa grammaire (eh. VII, p. 66) : <t Or sus de par Dieu, que ce parangon soit mis en avant, comme ung tableau de quelque Apelles, pour escouter derrière le rideau le jugement des passans. Car je ne double point que pour le commencement ils n'y trouvent bien à re^ dire et aux pieds et à la leste. » Il avait tort sans doute d'entreprendre une réforme aussi radicale , non à cause des obstacles qu'elle devait rencontrer pour s'élablir (à ce compte tout progrès serait condamné d'avance), mais pour cette simple raison qu'à peine établie, elle en aurait réclamé une autre ou même une infinité d'autres, la parole étant chose mobile et variable, en sorte que la prononciation d'une langue change de siècle en siècle, et presque d'année en année. La tentative de Ramus était donc à la fois inutile et téméraire; mais on doit le regretter', et il faut convenir avec lui que, l'étymologie à

i Ch. Nodier, Mél. lires il'uuu petite btbl., p. 1BB, 141 : « Je ne puis m'emp&uer d'exprimer le regret que les anciens ne noue lient pas laissé

GRAMMÀÏftE T.T RHETORIQUE. 3b i

pari, qui n'y est pas si fort respectée, « l'cscripture Françoise est par trop agreste et rustique, en abusant de la puissance des lettres et en les amoncellant Contre leur nature (comme cqu pour k)... , tellement que teste escriplure est une horrible et prodigieuse image de la parolle. » 11 faut enlin se souvenir qu'il n'a pas l'ait usage, ailleurs que dans sa grammaire j de l' orthographe qu'il avait inventée, et que la langue française lui a d'autres obligations. 11 fut de ceux qui eurent la noble ambition de donner à la France une littérature nationale, à une époque où l'on doutait s'il était n bon de coucher les arts en françois, s comme dit Eslienne Pasquier. Il avait applaudi à l'ordonnance par laquelle François I" prescrivait l'emploi de lu langue française dans ies arrêts des parlements et dans les actes publics '. Il réclama sans cesse des traductions en langue vulgaire des saintes Ecritures. Enfin, il écrivit en français non-seulement une grammaire, qui est une œuvre au moins fort originale, mais encore plusieurs discours très remarquables et un traité de dialectique, sur lequel nous aurons à revenir tout à l'heure à cause de son importance.

Humus, dans ses leçons d'éloquence, donnait à la l'ois le précepte et l'exemple, et il serait difticile de comprendre qu'un si habile orateur eût ignoré la véritable rhétorique , comme l'a prétendu un écrivain du siècle der-

beaucoup de livres do ce genre. La première condition de la perfectibilité du langage, l'icimuUliilUO du as él-imctiis convenus, seroit acquise depuis des siècles... Que de diatribes, bêlas! et que de sang auroit épargné aui ergoteurs du XVI* siècle, qui sY-jjorgmiimi pour la prononciation de qviiquis et do iptanquarii, un Tjillcinout fil oùt lalludire : un lia mu a) dit siècle d'Auguste! n ' Grammaire française (157Î, in-8'], p-148.

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nier '. Cet auteur se fonde sur ce que Ramus critiquait Cicéron et Quintilien : ces écrivains sont-ils donc infaillibles, et ne peut-on enseigner fort bien la rhétorique sans y faire rentrer, avec les anciens rhéteurs, des études qui font essentiellement partie de l'art de penser, comme les règles de l'invention et de la disposition, c'est-à-dire de l'argumentation et de la méthode? Omer Talon, d'après Ramus, renvoyait à la logique toutes ces règles, qui lui appartiennent , ainsi que celles de la mémoire , et il réduisait l'éloquence à ses éléments constitutifs : l'élocution et l'action. Telle était la doctrine de Ramus , et elle avait le grand avantage d'éviter toute confusion dans l'enseignement. Mais dans la pratique il recommandait, comme l'avaient fait Cicéron et Quintilien, l'union de l'éloquence et de la philosophie ; il corrigeait donc par son exemple ce que ses préceptes semblaient avoir d'étroit. Rien loin de dénigrer Cicéron , il l'admirait profondément , et, ce qui vaut mieux encore , il le comprenait. De là le Ckeroniamts et ces leçons .d'éloquence , qui ravissaient Scévole de Sainte-Marthe , Hubert Languet et tant d'autres, et où les adversaires même de notre philosophe apprenaient de lui à miens parier et à mieux écrire *. A l'égard de Quintilien , il n'a eu qu'un tort , celui de le prendre trop au sérieux , et de le

savant et ingénieux rhéteur, mais comme un philosophe et un logicien : aussi lui reproche-t-il trop vivement son défaut d'ordre et de conséquence, son manque de profon-

' Gihert, Jugemens dessavans sur les auteurs qui ont iraiWde ta rhétorique, 1. 11 (1716, ln-12), p. ïlî et suiv., p. «99 i!t iniv. * Nauc*l, p. 19, ÎO, 31 ; Kreigîus, p. 33, etc.

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