IDÉE DE. LA DIALECTIQUE
térieurs il Aristote, cl que eelui-ci aurait pris seulement la peine de recueillir sans chok, sans ordre et sans méthode. En effet , et c'est le second argument de Ramus , Aristote n'est pas l'inventeur de la dialectique. La pensée est inhérente à l'homme, et il y a dans l'esprit humain une logique naturelle qui, avant Arislole, avait élé réduite en préceptes par Zénon d'Elée, par Pjlhagore, Socrate et Platon, sans parler de Moïse et même de Noé, en qui Ramus croit reconnaître le Promélhée des Grecs, mais dont la logique est par trop inédite.
L'autorité d'Arislole une fois mise de côté, la scholastique une fois convaincue d'impuissance , aussi bien que d'obscurité, d'ignorance et d'erreur, Ramus entreprend d'enseigner une autre dialectique. Comme il ne s'agit ici que de donner une idée de ses essais eu ce genre, nous nous horuerons à déterminer d'après lui, et, autant que possible, en le laissant parler lui-même, l'objet et le caractère de la dialectique, la méthode qui lui convient, les parties essentielles qu'elle comprend, enfin les applications dont elle est susceptible.
Ramus définit la dialectique l'art de raisonner; c'est à ses yeu\ une science pratique qui se propose de tracer les règles et l'usage légitime du raisonnement, ou plutôt de la raison'. Comme toute science pratique, elle se présente sous trois formes successives, et pour ainsi dire
1 Dialectique (1335), p. 1 : « Dialectique Bal art do bien disputer, et en mesme sens est nommée Insinue r cm- ilum mois sont dérivci do logos, c'esl-S-dirc raison, el uiukyi.'5l:r {ï-.-t.i.ir-'')--") comme aussi logiieslEE (îo-/(Ç«fau) n'est autre cliose que dilpnter ou raisonner, voire (comme Platon nous enseigne an premier Alcïliiade) qu'oser de raison , île laquelle le vray ût naturel usage doibt ostra monstrÈ et dressé en
DU RAMISME.'
à trois degrés : la nature, l'art el l'exercice. La nature ici, c'est la raison ou faculté naturelle de raisonner; l'art se compose des préceptes pour bien user de cette faculté, et l'exercice consiste à mettre en pratique les préceptes de l'art, afin de les convertir en habitudes. De là ce principe fondamental, posé par Ramus dès le premier jour, et auquel il demeura constamment attaché, Bavoir : que l'exercice suppose l'art, comme celui-ci à son tour suppose la nature'. C'est de ce principe qu'il a tiré toute sa dialectique. C'est en partant de ce même principe qu'il indique la source où l'on doit puiser les véritables règles de l'art de penser. 11 faut l'entendre exposer luimême comment « le vray et naturel usage do raison doiht estre monstre et dressé en cest art : »
" On doit avant lout s'appliquer de toutes ses forces il découvrir ce que peut la nature et comment elle promue dans l'emploi de la raison. C'est pourquoi, pour mieux meure en lumière sa puissance, runsklt'iw, parmi tant dD milliers d'hommes, ceux qui l'emportent par leur habileté et leur prudence naturelle, et supposez qu'ils aient a donner leur avis dans la discussion d'une affaire importante : leur pensée, comme un miroir fidèle, devra vous donner une image de la nature. Examinez donc ce que vont faire ces conseillers par qui l.i nature vous enseigne. D'abord, si je ne me trompe, ils chercheront en silence dans leur esprit quelque raison, ils inventeront quelque argument, qui leur donne moyen de vous exluirlcr ;"i l'entreprise sur laquelle on délibère ou de vous en détourner; puis, quand ils auront trouvé de quoi se satisfaire, ils exprimeront leur pensée, non pas au \ hasard, mais par ordre et avec méilmile : min eouienis de démontrer chaque point avec élégance et avec force, ils embrasseront luute la question, en descendant de l'idée la plus générale aux espèces et ^ aux cas particuliers qu'elle comprend. S'ils procèdent ainsi dans une
discussion particulière, :'t plus forte raison suivront-ils eette méthode,
' Diatectine partitiones (1513), fol. i v. « Ars ipilur iiaturam sibi propositam semper hâtant, oiortilalio artem. »