‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 92 sur 175 · DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

DU JUGEMENT

sage suivant, sur le propre et l'universel, mérite l'attention du lecteur :

« Le jugement di 1 In simple énom'htioii est fort naturel, mais voire commun de quelque part aux besles, comme des choses sensibles en renonciation propre. Voire ce jugement est beaucoup plus excellent es autres animaux qu'en nous. Car combien que l'homme les surmonte d'attouchement, néantmoins l'aigle voit plus vivement, le -vautour flaire plus sublillemenl, la laupe oyl plus elérement, comme Pline rteite au douxiesme de l'Histoire naturelle. Ainsi le jugement de renonciation simple n'est point propre do Coule part à l'homme, mais bien l'entendement de renonciation universelle... La beste ne conçoit point l'universel, et combien qu'Epicurc, abestissant l'homme, aji voulu attribuer le souverain jugement de toutes choses aux sens, et le déroger a l'entendement, néantmoins contre la logique de ce sensuel philosophe nous cognoistrous es espèces conséquentes combien l'entendement peult sans le sens; et jfi d'autant qu'il cognoist l'universel , d'autant est-il plus excellent et honorable que le sens , et comprend plus 1a cause cl principe-, et est plus scientifique , comme peult estre entendu par Aristote au premier lie la Démonstration -

« Le syllogisme, dit-il ensuite (p. 87), est disposition par laquelle la question disposée avec l'argument est nécessairement conclue ; » et il y distingue trois parties : la majeure, qu'il appelle proposition; la mineure, qu'il appelle assomption, et la conclusion ou complexion. Voici comment il en explique le mécanisme (p. 89) : « Comme le bon compteur, en adjoustant et déduisant, veoit certainement en la clôture du compte le reliqua, ainsi les dialecticiens, en adjoustant la proposition et déduisant rassomption,voycntcn la conclusion la vérité ou faulseté de la question, h Mais, ajoutc-t-il, « ces le fabrique do nécessaire disposition sera plus entièrement entendue par toutes les espèces; m et 'en conséquence il décrit, avec

1 Dialectique (15SS), p. TS et suit.

forte exemples, selon sa coutume, d'abord le syllogisme simple, dont il réduit en 1572 les figures ou espèces à deux, qui sont la seconde el la première d'Aristote, mais en ajoutant des manières (modes) propres ; puis le syllogisme composé , qu'il analyse avec d'autant plus de soin que, suivant lui, « Arislotc n'a point cogneu l'art de ce syllogisme. »

Le dernier et le plus baut degré du jugement est la méthode ou « disposition par laquelle entre plusieurs choses la première de notice est disposée au premier lieu, la deuxiesme au deuxiesme, la iroisïesmc au troisiesme, et ainsi conséquemment. » Cette .< adresse et abrègement de chemin » est de deux sortes : il y a d'abord la méthode de doctrine ou de' nature , où ce qui est naturellement plus évident doit précéder, el Ramus entend par là le général et l'universel; puis la méthode de prudence, qui est relative à l'opinion et qui s'accommode à celui qu'il s'agit d'enseigner cl de persuader : ainsi, dans les affaires ordinaires de la vie, n le dialecticien, si l'entrée de l'artificiel et vray chemin lui est fermée, se fera autre voye par force d'esprit el prudence, et cherchera du toutes parts toutes aydes de coustume et usage, etc. '. » Ce chapitre de la méthode paraît à Ramus le plus important, comme on peut s'en convaincre par les lignes suivantes de sa Dialectique en français (p. 135) :

« Or est le jugement de mélbodc, tant de doctrine comme de urudeui/ù, \;i suiiHTiiinr lumii're de raison : en laquelle non-seuil eracnL leî autres animant! n'ont rien commun avecques l'homme, romme îlz pourroyent avoir au jugement de renonciation, mais voire les hommes entre eux sont eu Geste louange grandement dissemblables. Car

| Dialectique (issi), i>. lia, iso, as, 134, «Le.

HABITUDES LOGIQUES. f 373

combien nu'ilz soyent tous naturelle ment parliclpans de la faculté syltogîsiique , néantmoins le nombre est Lien pclit de ceux qui s'estudlent d'en bien user : et do ce petit nombre encore est beaucoup moindre la quantité de ceux qui sçavent disposer par bonne méthode et juger : tellement qu'autant que l'homme surmonte les besies par le syllogisme, d'autant luy-mesme excelle entre les hommes par la méthode, et la divinité de l'homme ne reluit en nulle partie de la raison si amplement, qu'au soleil de cest universel Jugement. »

Lea règles de la dialectique se réduisent à celles de l'invention et du jugement, et si elles sont conformes à l'idéal de notre nature raisonnable étudiée dans les chefsd' œuvre des grands maîtres en tout genre, l'art de penser est tout ce qu'il petit être. Cependant ces règles seraient sans utilité pour nous, si nous nous bornions à les apprendre ou même à les discuter, sans avoir su nous les approprier par l'exercice. L'exercice, exercilation ou usage (> est la constante préoccupation de Ramus. Déjà, après avoir traité de l'invention, il disait que « la logique en cesie partie ne baille point ses biens à crédit aux paresseux , ains les départit seullement aux diligens et laborieux, voire par juste portion, tant gagné tant payé 1 . » De même, après avoir donné les règles du jugement et avoir fait ressortir l'excellence de la méthode , il ajoute aussitôt : « Mais comme nous avons admonesté en l'invention, que l'exercice monstroit le fruict de l'art, ainsi nous fault icy penser que non pas l'art seullet (sic), mais beaucoup plus l'exercice d'icelluy et la practique Tait l'artisan t. »

« Partant donques , dit-il encore , que nul n'estime estre logicien pour avoir appris les lois et ordonnances de logique, comme par grande folie communément nous estimons... Pouravoir le vray loi de

• Dialectique (1S5S), p. 70.

DO B11USME.

logique, u'est pas assez de scavoir caqueter en rescholc des reigles d'icelle, mais il les failli el pratiquer es puétes, valeurs, philosophes,

. ■* .1 i -lif. m i... ut .,-,1 1 .| ( fii . h nui - 1 ■ i j'ili. iir-

vertus et vices, en imitant premiiTi'ineitl par escriplure cl pur voix leur bonne invenlitui et disposition : et puis en lasehant les égaler, voire les surmonter en traictaul et disputant de toutes choses par soy-mcsnie, cl sans plus avoir esgard 1 leurs disputes : el quand ce disciple logicien aura par telle diU-enec- el assiduité de long temps continué l'intelligence de logique , alors qu'il se présente hardiment a l'esprcuve el eiauien de maistrise : et après avoir faiel foy de lelle estude, qu'il soit mis en la chaire, el jouisse des privilèges proposes

par la, République a lelle vertu Autrement, comme j'ay dict, tant

que nous penserons estre logiciens pour avoir appris les préceptes de logique, et en avoir disputé en l'eschole l'on contre l'autre , sans interpréter par elle «y conseil ny Jugement d'autbeur aucun, sans imiter les vertus des grand/, sans nous exercer en escriulure ny harangue aucune, telle logique ne sera ji le cier miroiier de l'invention nous représentant les espèces de toutes choses r ne sera ja le soleil du jugement coguoissanl la conjonction do toutes choses , ains sera seullement comme une veùe troublée et esblouye et bien souvent prenant l'un pour l'autre : et vauldroil beaucoup îniénx avoir l'usage sans art que l'art sans usage ■

Telle est, dans ses principaux traits, la dialectique de Rarnus, Si maintenant nous voulons en déterminer le. caractère essentiel, il nous suffira de remarquer que son point de départ et son dernier terme à la fois sont dans l'élude et l'imitation des grands écrivains, puisqu'elle leur emprunte ses règles, ses exemples et ses modèles. C'est donc véritablement une logique d'humaniste, plus appropriée à la renaissance littéraire du XVI e siècle qu'au mouvement scientifique des temps modernes, une logique qui recommande l'observation de la nature humaine, mais qui ne l'observe que dans les œuvres mortes de l'antiquité, qui proclame en principe et revendique avec

' Dialectique (1556), p. 137, 1B8.

Î1ÉFEHSE d'aKTSTOTE.

force l'indépendance du la raison, mais qui de fait, el contrairement h l'intention de son auteur, nous retient encore sous ie joug des anciens, lout en nous affranchissant de celui d'Aristote et en rompant violemment avec la barbarie du moyen âge.

J'ai déjà essayé d'expliquer comment Ramus, emporté par son zèle, avait confondit dans une mémo condamnalion la scholastique et le péripalélisme. Il y a cependant dans cette polémique des excès que je ne saurais justifier ni excuser d'aucune façon. Tout n'est pas sans défaut dans les livres logiques d'Aristote, et l'on y peut relever plus d'une lacune et même plus d'une erreur; mais, à moins d'être aveuglé par la passion, comment méconnaître la grandeur de ce génie et l'ampleur sans égale de son entreprise? Ici les catégories, effort puissant pour réduire tous les termes de la pensée à dix genres principaux qui n'ont pas encore été remplacés; là, une théorie de la proposition et le premier essai méthodique de grammaire générale; ailleurs , l'invention du syllogisme et l'analyse aussi savante qu'originale de toutes les formes du raisonnement ; dans les Derniers Analytiques, la des- ■ criptiou d'une méthode nouvelle fondée sur l'alliance de la définition et de la démonstration , seule méthode régulière que l'antiquité ait connue, et qui, entre les mains d'Aristote, a créé plusieurs sciences; puis les Topiques, arsenal de la rhétorique, prodigieux répertoire d'idées et d'aperçus en tout genre, et le traité Des Sophismes, qui complète et achève cette science du raisonnement; le tout disposé dans un ordre parfait, en allant du simple au composé : d'abord l'idée avec le mot qui l'exprime, puis la proposition composée de termes simples, enfin le

DU RÀMISHE.

syllogisme, composé à son tour (le propositions; et après la théorie la pratique, c'est-à-dire le syllogisme applique à toute matière, nécessaire, probable ou douteuse.

Voilà la grande composition philosophique où Ramus n'a tu qu'une espèce de bibliothèque mal rangée, un re- i cueil indigeste d'idées mal comprises, mal digérées, mal exprimées, comme si l'on pouvait trouver ailleurs, au même degré, cette pensée sûre d'elle-même, ce ton net et ferme, ce style clair, énergique, magistral ! Nous aurons beau faire, l'auteur de l'Organon sera toujours notre maitre en logique, au moins pour ce qui concerne la méthode démonstrative; et c'est à lui que Ramus luimême a emprunté ses meilleurs préceptes '.

La dialectique de Ramus perdrait trop à être comparée avec l'analytique d'Aristote, et il no peut entrer dans l'esprit de personne aujourd'hui de mettre au-dessus de l'Organon le petit traité clair, méthodique, élégant, mais plus ingénieux que profond, qui contient, sous une forme si abrégée, les principes du ramisme. Néanmoins, à part l'immense supériorité de la logique péripatéticienne bien comprise, on doit reconnaître à Ramus plus d'un mérite, soit pour l'exposition et l'ordonnance des préceptes, soit pour l'analyse du raisonnement.

D'abord, il réduit et simplifie la partie technique de l'art de penser, non par mépris, comme les logiciens de Port-Royal, maïs parce qu'il attache plus d'importance . à une pratique assidue des règles qu'à ce luxe d'analyses aussi stériles que minutieuses , où se perdait la scholas-

1 B. Pasqoior, Iconam liber, n° HO, Pefrus Ramas : I\ie iu Alilloldb dum lamum ei dopna ii|llur, 0 quanlum dctKl Euolil ÀfUlolcIi! .

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/ HÉRITES DE IUMUS. 377

lique. Il veut que la logique, comme toutes les sciences, contribue à la perfection de l'homme, et il a une foi profonde dans l'efficacité de la vraie méthode. Il croit , comme Socrale et Platon, à la puissance de la dialectique pour nous rapprocher de la vérité, et, tout en la définissant l'art de raisonner, il lui attribue le gouvernement et l'éducation de toutes nos facultés intellectuelles.

Les opérations de l'esprit étaient loin d'être bien connues et bien distinguées au XVl° siècle : elles n'ont commencé à l'être qu'au temps de Locke , de Malebranche et de Leibniz. On ne doit donc pas reprocher trop sévèrement à Ramus d'avoir adopté une division de la dialectique , qui était indiquée par Platon dans le Phèdre et par Aristote lui-même dans sa Rhétorique, et que Cicéron et Quintiliecavaientprofessée explicitement. Ramus, en partant d'une vue un peu étroite, a du moins reconnu et fixé les quatre parties de la logique du raisonnement, savoir : les idées, la proposition, le syllogisme et la méthode. Gassendi et Port-Royal n'out pas hésité à adopter cette division, en laissant seulement de coté les termes surannés d'invention et de jugement.

Si la logique de Ramus, comme toutes celles qui l'ont précédée et suivie jusqu'à nos jours , présente de nombreuses lacunes, elle contient en revanche plus d'une addition importante. C'est Ramus qui a introduit dans l'art de penser les règles de la mémoire, quoiqu'il ne les ait pas assez développées. Les critiques qui ont relevé avec une insistance puérile les divisions ou dichotomies, dont il a peut-être abusé dans sa théorie de l'invention, n'ont pas même remarqué qu'il était le premier qui eût placé en logique l'étude du témoignage , qui jusque-là était

su rauisme.

laissée à la rhétorique. Mais la partie la plus importante do cette dialectique, c'est l'analyse du jugement si négligée jusque-là, et qui fut appelée proverbialement la seconde partie de hamus [secunda pars Pétri). On y trouve, entre autres nouveautés, une théorie déjà très approfondie des syllogismes composés. Enfin, chose étrange, mais incontestable, c'est lui qui, le premier depuis Aristote, a fait de la méthode un chapitre de la logique, et même le plus important à ses yeus.

Cette méthode repose essentiellement sur le syllogisme et la démonstration, et Ram us a eu le tort, que Bacon lui reproche amèrement, de soutenir que c'était la méthode unique de toutes les sciences. Mais cette faute est celle de presque tous les philosophes anciens et modernes, et Rarousn'y était tombé que par l'exagération d'une idée vraie , savoir, qu'il n'y a qu'une logique, dont les applications seules varient, et que le raisonnement, pour être employé tantôt dans le domaine de la science et tantôt dans celui de l'opinion, ne change pas pour cela de nature, comme semblait se l'imaginer Aristote.

Je n'ai point parlé des exemples agréables par lesquels il explique les règles de sa dialectique : mérite facile , mais presque inconnu jusque-là dans cette sorte d'ouvrages, et qui plus tard a valu àla Logique de Port-Royal des éloges si exagérés. Ces exemples , chez Ramus , n'ont pas seulement pour but de rendre la logique plus divertissante 1 : ils sont destinés à commencer celte pratique des règles qui seule en donne la vraie intelligence, et qui peut seule créer ou développer les habitudes logiques de l'esprit : la sagacité, la netteté, la précision, l'ordre et la

* Logique de PorUtoval, premier Discours.

MÉRITES DE BAMDS.

suite des idées, l'élévation, l'étendue et même le bon sens.

C'est encore un titre d'honneur pour Ramus d'avoir su concilier la foi dans les règles de l'art de penser avec le respect et l'observation de la nature humaine. Personne jusque-là n'avait rappelé avec tant de bonheur el de force le yvùfli stajTÙv de Socralo, ou la nécessité do se connaître soi-même. Pourquoi faut-il qu'au lieu de chercher la nature humaine dans les grands écrivains, suivant une méthode exclusivement littéraire, il n'ait pas puisé directement dans sa réflexion et dans sa conscience les principes si purs et si féconds de toute vérité sur l'homme! Pourquoi faut-il qu'à son incomparable hardiesse il ne lui ait pas été donné de joindre une plus grande profondeur! L'œuvre de Descartes eût été faite un siècle plus tut, et la philosophie moderne êût été

Mais le grand mérite, la gloire immortelle de Ramus en philosophie, c'est d'avoir montré par son exemple ce que c'est qu'un philosophe; c'est, comme il le dit dans sa Préface, « d'avoir ozé entreprendre contre tous philosophes qui furent onques, pour leur osier le prix de dialectique, lequel ils avoyent par si grands esprits et si grande diligence conquesté , et s'estoient approprié par prescription et jugement de tant de siècles. ■ Il n'a point courbé servilement la tète devant l'autorité d'Arisfolc; il ne s'est pas mis en peine de l'éluder par les distinctions barbares que l'école avait inventées ; il lui a résisté en face , au nom de la raison ; ii a essayé de le corriger et de le compléter; enfin ii a montré que le temps était venu, pour la philosophie, de sortir de tutelle. Ainsi il

I>U 11AMISME.

a fait plus encore que de contribuer, pour sa part, aui progrès de la logique : il a rendu à l'esprit humain l'art même de penser, en sachant en user librement, et en établissant les règles de la logique sur le bon sens, « non sur l'opinion ou l'authorîté d'aucun philosophe. » Noble entreprise, bien supérieure à tout ce qui avait précédé , et dont l'histoire va nous retracer les heureux effets.

Antàcc'denti du raniisme : Abélard, Erasme, Lofevro d'Etaplcs, L. Valla, ttoô. Agricola, Jean Sturm. — Partisans et adversaires du îamisme en France, en Espagne, en Portugal et en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Danemark, aui Pa;s-Bas, on Angleterre et en Ecosse. — Sectes diverses des ramistes et des anti-ramistes ou pbilippisles, des pseudenmtftet, scmi-ramisles, etc.

La grande el légitime faveur dont jouissent parmi nous les études historiques depuis quarante ans, et qui, de l'histoire des événements politiques, s'est étendue à celle des idées, nous a fait peu à peu contracter l'habitude d'expliquer tous les systèmes de philosophie par leurs antécédents. Si hardie que puisse d'abord paraître une entreprise , si nouvelle que soit une doctrine , nous finissons toujours par découvrir quelques tentatives analogues qui nous semblent l'avoir préparée, qui l'ont rendue possible, naturelle, presque nécessaire. Si l'on ne s'imposait aucune règle dans ce genre de recherches , cette reconstruction ingénieuse des idées d'un philosophe au moyeu du passé n'aurait pas seulement l'incou-

DU RAMISME.

ventent d'enlever aux doctrines les plus originales le prestige Je la nouveauté , elle aurait le défaut plus grave encore Je n'être point conforme à la vérité. L'auteur dont on examine les opinions peut n'avoir pas fait les mêmes lectures que nous : il peut avoir négligé ce qui nous paraît le plus important; il peut avoir tenu grand compte de tel écrivain aujourd'hui tombé dans l'oubli. Celui qui recherche les antécédents d'un système Joit Jonc se garder avec soin de confonJrc les influences que l'auteur Je ce système a réellement et sciemment subies, et celles qui, à son insu, ont pu agir sinon sur lui-même, du moins sur les esprits de ses contemporains pour les disposer à adopter ses idées.

11 y a deux hommes, Abélard et Erasme, ches qui l'on est d'abord tenté de chercher les origines du ramisme : l'un épris de Platon presque sans le connaître, et voulant, pour ainsi dire, platoniser la dialectique J'Aristote, mêlant à son enseignement des digressions littéraires et tempérant les âpretés de la scliol astique par les souvenirs des poètes qu'il aimait'; l'autre ennemi déclaré de la barbarie, rejetant les formules vieillies qui retenaient la pensée captive , et préludant par lit à une émancipation plus complète de l'esprit humain. Que ces libres génies aient élé les ancêtres de Ramus , je le veux , je le crois pour ma part : on ne saurait affirmer cependant qu'il les ait connus comme tels; à peine en fait-il l'éloge dans ses ouvrages, fit nulle part il no s'autorise de leurs exemples.

Il en est Je même d'un aulre écrivain que je suis loin de vouloir comparer à ces grands hommes, mais dont on > Voir YAbélard de M. Charles de Réitiusat.

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