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à marquer aux autres comment il falloit écrire qu'à pratiquer ses préceptes, w Je laisse de coté les auteurs dont Bamus se servit dans certaines parties de ses études : Oronce Finé et Jérôme Cardan pour les mathématiques ; pour la grammaire française, Etienne Dolct, Louis Mcigret et Jacques Dubois, qui était Picard comme lui, comme on le voit par son orthographe.
Si , au lieu de quelques opinions particulières et sans importance, on s'attache aux principes généraux et à l'esprit du système, il y a quatre personnages inégalement célèbres dont Ramus s'est inspiré de son propre aveu , savoir : en France, Lefèvre d'Etaples et Jean le jMasson (Latomus), et parmi les Allemands, Rodolphe Agricola et JeanSturm. Itamusfait souvent l'éloge de Lelèvre d'Etaples 1 , ce vaillant champion qui déploya, dit Brucker, un courage héroïque dans la guerre qu'il lit à la barharie scholostique. 11 se le proposait pour modèle avee Latomus, pour la manière d'expliquer les anciens*. 11 devait encore davantage à Rodolphe Agricola, l'ancien professeur de licidelberg, qui avait tant insisté sur l'union de la rhétorique et de la dialectique dans son traité De invenlione , et dont la doctrine, grâce à Jean Sturm , était déjà en faveur à Paris vers l'an 1530. On lit en effet, dans l'Histoire de l'université qu'à cette époque la faculté de théologie reprochait à la faculté des arts de négliger Arislote pour Agricola. En 1534, ce dernier trouva un interprète enthousiaste dans un maître es arts nommé Jean le Voyer (Visorius), du Mans, qui était professeur
' Collccl. praif., flic, p. lfiï, ttS, etc.
» Nancd, Vie île Bnmns, p. (a.
' Du liouby, t. VI, p. M7, S35; Crovicr, 1. V, p. ï(8.
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de philosopliic au collège de Bourgogne. Mais celui qui le premier avait introduit à Paris la dialectique d'Agrïeola était Jean Sttirm, zélé périnatélicien el grand humaniste, fort attaché aux principes de la logique d'Aristote, mais ennemi de la barbarie scholastique. 11 écrivait très purement en latin; sa manière d'enseigner était assez conforme à celle du lecteur royal Latomus, et les leçons qu'il fit à Paris, de 1529 à 1537, donnèrent à notre philosophe la première idée de la méthode d'après laquelle il emprunta aux grands écrivains de l'antiquité les exemples et l'usage des règles de la dialectique. C'est dans la Préface des Scholan in libérales artes que Ramus nous donne ces détails :
* Depuis les beaux temps de la Grèce et de Rome, Rodolphe Agrieola est le premier qui ai! retrouvé l'usage de la logique, et invité la Jeunesse a chercher dans les poètes et les orateurs non-seulement des maîtres de style et d'éloquence, mais encore des modèles pour le raisonnement et pour l'art de penser. Formé à l'école d'Agricola, Jean Slurm fit le premier connaître à Paris ces belles et excellentes applications de la dialectique, et exciia dans cette académie une ardeur incroyable pour l'art dont il lui révélait l'ulilité. C'est aux leçons de ce grand maître que j'appris d'abord l'osago de la logique, et depuis lors je l'enseignai a la jeunesse dans un (ont autre esprit que les sophistes, laissant là cette rage de dispute, etc. >.
Tels sont ceux que Ramus avoue pour maîtres , et il n'est pas nécessaire de lui en chercher d'autres pour comprendre comment il fut amené, soit à combattre Aristote , soit à émettre des idées nouvelles en philosophie. Mais quand même on établirait qu'il a connu tout ce qui avait été plus ou moins timidement essayé avant lui contre la scholastique, il resterait toujours, comme le fait très bien remarquer Brucker, que « seul il n osé
DU RAMISME.
dire hautement et sans réserve ce que tant d'autres n'avaient fait que bégayer [mussitarunt) ; seul il a réalisé ce qu'ils avaient à peine osé souhaiter, en faisant paraître, une nouvelle dialectique', s
La fortune extraordinaire du ramisme fait d'ailleurs assez voir sa supériorité sur tout ce qui avait précédé. L'histoire de ce système, la revue de ses partisans et de ses adversaires, le tableau des luttes auxquelles il donna lieu pendant un siècle en divers pays de l'Europe ; exigeraient des développements étendus que ne comporte point le présent travail. J'y reviendrai sans doute plus tard ; mais aujourd'hui mon seul but est de donner an lecteur une idée de l'influence exercée au XVI e siècle par Ramus , et d'établir que cette influence est comparable dans son genre à celle de Descartes dans le siècle suivant. Persécuté en France, le ramisme trouva de nombreux et d'illustres partisans en Angleterre et en Ecosse, en Danemark, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse et jusqu'en Espagne ; les universités allemandes surtout l'accueillirent avec faveur, et c'est là qu'il se divisa en sectes dont les luttes sont pleines d'intérêt pour l'historien de la philosophie.
Le lecteur n'a pas besoin qu'on lui rappelle les noms des disciples et des adversaires que Ramus rencontra de son vivant : d'une part cette longue liste d'amis et de compagnons d'œuvre, depuis Orner Talon, son frère d'adoption et son aller ego, jusqu'au célèbre crudit Denis Lambin, que Ronsart a si souvent célébré :
Lambin, d'Horace la lumière, i Hist. crit. pbiloe., Penou. III, pari. II, 1. II, c. 1, § ï.