‹ Ramus Pierre de La RameeChapitre 95 sur 175 · JACQUES CHARPENTIER · texte numérisé non relu

JACQUES CHARPENTIER

Qui par les vers pleins de douceurs As ramené les Muses sœurs 1 ;

(l'autre part, les Galland et les Danès, les Périon et les Govéa, ci celte redoutable phalange dont Jacques Charpeutier était le chef. Je dirai seulement un mot de ce dernier.

Plusieurs historiens de la philosophie, ohéissanl à un luuable désir d'impartialité, ont cru devoir réhabiliter comme philosophe celui qu'ils ne pouvaient s'empêcher de flélrir comme assassin de Ramus. S'ils avaient lu les principaux écrits de Jacques Charpentier, je crois qu'il leur eût été difficile de louer sa science et son érudition. En logique, Keckcrmann lui reproche avec raison (Pnecogn. log. tract. H, co!. 131) de n 'avoir rien compris à la question de lu méthode ; et quant à la métaphysique , où il s'efforce de concilier Aristote avec Platon , le Mom athénien , Brucker l'accuse tout aussi justement d'avoir fait de leurs doctrines un mélange absurde On sait d'ailleurs qu'il avait l'habitude du plagiat, témoin sa traduction et son commentaire d'Alcinoûs, c'est-à-dire la seule partie de sa Comparaison d' Aristote et de Platon qui ail quelque valeur, et dont il ne saurait être l'auteur, puisqu'il ignorait la langue grecque. Il prétendit aussi avoir traduit de l'arabe les quatorze livres De la sagesse des Egyptiens , attribués à Aristote , quoiqu'il ne sût pas un mot de cette langue, et qu'il n'eût fait que paraphraser l'ancienne traduction latine de Pierre-Nicolas Castellani

Charpentier était soutenu dans ses attaques contre

1 Oiies, livre HI, ode IX, lin.

' HiBl. crii. pbil., I. c, g V, nota q : « Utramque fœde corrupiUa > Duble, Uist. do la philos., seci, II, chap. II), Qa.

Itamus par la plupart, des péripaléticiens; mais il avait pour principaux appuis les hommes du clergé et de la Sorbonnc, les jésuites, les futurs ligueurs et une bande de fanatiques dont la haine sauvage survécut à la Saint- Barthélémy. Pour avoir une idée de la violence avec laquelle le parti de la Ligue poursuivit la mémoire de Ram us, il faut lire VOraUon funèbre de Pierre Danès , par Génébrard. Dans ce discours, qui fut prononcé en français à Paris, le 29 avril 1577, dans l'église de i'abhaye Saint-Germain-des-Prés, l'orateur fait ainsi l'éloge de la sentence rendue en 1S44 par François 1 er sur la proposition de Danès :

« Et de fait, estoil un jugement sain et raisonnable. Car Pierre de la Ramée a esté toujours particulier en quelque art et science qu'il ait mis le net; corrupteur et abuseur de la jeunesse, laquelle il dégoustoit des bons auiheurs , doctes liures et anciennes disciplines, deuant qu'elle en cust goustc : hérétique aux éléments et langues, escriuant et prononçant, voire en Crançois , monstrueusement et en homme éceruelé, en sorte qu'en sa vie il a changé de prononciation par quatre ou cinq fois pour le moins; hérétique en grammaire; hérétique en rhétorique, en philosophie et toutes parties d'Icelle; hérétique en Euclide, père et rondement des mathématiques; hérétique en l'art militaire au Iture qu'il a escrit De mititia Cxsaris... Finalement, ce qui est plus déplorable , hérétique en théologie , ayant laissé Commentariorum de religione christlana iibros quatuor, imprimé a Frankfort par André Wécliel quelque temps après sa mort, auxquels liures il ne conuient auecque aucun qui soit sous

le ciel Et par ce ie m'esmerueillc comme il se trouue encore des

gens si assolez de iuy qu'ils ne considèrent que ce n'a esté qu'un esprit de trouble, de contradiction, vertigineux, gros, espais et Ignorantissime en la cognolssance des choses ; que, si de tous ses liures on luy oste le beau parler ou l'éloquence, laquelle ie ne luy veux oster, liien que quelques-uns y troiiuent a redire, a cause que son sllle n'est pas égal et continu et partout de même, et qu'il a faute d'une des principales parties de rhétorique, a scauolr Inuention, n'y demeurera aucun suc ny substance, hormis ce qu'il a frippé par cy par

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