AS
ARMAND, souriant.
Je n’ai rien À avouer, Irène se soucie de moi comme des brins d'herbe qu’elle a la manie d'arracher au bord du chemin, chaque fois que nous nous promenons, qu’elle tourmente un peu entre ses doigts et jette ensuite dans la poussière.
ADGLPHE. Mais toi ?
ARMAND
Bah ! moi, qu'importe ?
ADOLPYE.
Tu n'es pas indifférent, à ce qu’il me paraît.
ARMAND
Oh !tu aurais tort de penser, mon cher colonel, que je suis désespérément amoureux. Me voilà à un âge où l’on ne se fait plus de gros chagrins pour une amourette manquée, dis ?.… je t’'accorde qu’Irène est une perle, que l’on n’en rencontre pas de pareilles tous les jours... Pour être franc, je ne jure pas que si j'avais vingt-cinq ans au lieu de trente, que si elle me témoignait un peu d’inclination, je ne serais même assez fou !... mais il y a une telle dispropor. tion d’âge entre nous, et puis—surtout comme je n'ai pas l'honneur de plaire, ma foi, je réugsirai à en prendre assez philosophiquement mon parti.
pers
ADOLPHE
Ton discours prouve un désintéressement que ton action dément. Tu te résignes facilement à n'être rien pour Irène, mais cependant tu renonces
à t'en éloigner.
Bah, tu crois que c’est pour cela ?.…
ADOLPHE
La foi sans les œuvres !
ARMAND
En tous cas, la chose est bien claire : Trène ne m'aime pas et ne m'aimera jamais, done.
ADOLPHE
Tu en es sûr ?
ARMAND
Non seulement elle ne m'aime pas, mais elle semble avoir quelque sujet de m'en vouloir.
J'ignore ce qui lui déplaft tant en moi, ou ce que j'ai pu faire pour l’offenser, mais nous sommes toujours, et malgré tous mes efforts pour être aimable, sur une espèce de pied de guerre. Quel idiot ou quel malchanceux suis-je done pour justement tomber sur les nerfs des personnes que.
Sas D
ADOLPHE souriant.
. Achéve ! achève !.. tu te trahis, mon cher. (A4rmand embarrassé lève les épaules.) Eh bien, tiens ! que me donnes-tu si je te relève la cause de ta disgrâce ?
ARMAND
Tu sais quelque chose ?
ADOLPHE
Te souviens-tu avoir déjà écrit une opinion sur ta séduisante cousine ?.… Et remarque bien, mon fils, que si les écrits restent, les bêtises courent. Non! Tu as eu un mot malheureux.
ARMAND
Quoi? Quel mot ?.….
ADOLPHE
À cette époque tu avais certaine toquade en tête. Tu aurais soutenu que tous les yeux bruns du monde, fussent même ceux d’Irène, n'étaient que fe misérables nébuleuses auprès de la paire d’yeux bleus alors en faveur. Il y avait longtemps aussi que tu n'avais vu ta cousine, et... la chrysalide n'avait pas attendu ta permission pour devenir un adorable papillon.
ARMAND
Mais enfin ! Qu'’ai-je dit ?..
ns TEE
Une chose que les femmes ne pardonnent jam... que quand elle n’est plus vraie: tu l'as traitée d'enfant de seize ans, de petite rensionnaire, ajoutant que tu ovais une prévention toute particulière contre ces ingénues prétentieuses.
ARMAND, consterné.
Oui, oui, je me souviens !.. Mon Dieu, pouvais-je deviner qu’elle ne ressemblait pas aux autres, et surtout, comment prévoir que cette sotte tirade viendrait à sa connaissance ?...…….
ADOLPHE
Eh bien, te voilà renseigné. A toi maintenant de
répurer habilement.
ARMAND
Réparer ?... Jamais je n'aurai le courage de remettre ma bévue sur le tapis. D'ailleurs, à quoi bon ?
ADOLPHE
Peut-être ne demanderait-elle pas mieux que de
pardonner.
ARMAND
Mais puisqu'elle ne peut pas me souffrir |
ADOLPHK.
Et si je t’aflirmais le contraire ?.…
ds: Ti
Quoi, tu soutiens sérieusement.
ADOLPHE
Qu'elle t'aime ? Oui!
ARMAND
Enfin, qu'est-ce qui te fait croire... sur quoi te bases-tu ?
ADOLPHE
Eh bien, mon ami, rien qu’à lui entendre dire : ‘cousin ” ou ‘petit cousin !”.. Ces inflexions-là .ne trompent pas. Et puis j’ai d’autres indices. (Il se lève.) Enfin, Armand, prends mon conseil, Monte à l'assaut de ce petit cœur mal défendu. Attaque la citadelle ! Tu en recevras tout d’abord une vigoureuse bordée parce que la rancune qu’elle a sur le cœur devra passer la première ; mais vrai, si j'étais toi, je ne craindrais pas trop de braver ce premier feu... tu n'auras qu'à saluer la balle, à laisser passer... Du diable ensuite si tu n’es assez habile pour enlever la place désarmée !
ARMAND, avec entrain.
Voilä& qui est militairemeut parlé, mon colonel! Je crois que votre hardiesse me gagne ! Si vraiment
la forteresse n’est pas mieux gardée que tu le prétends, je te promets d’en tenter l'assaut !
ms LD mes
ÂDOIPHE.
À la bonne heure! Je t'aime mieux ainsi.
Puis, tiens... ça nete va guère ce métier de soupirant méconnu. Je t'ai vu toujours, confiant, sûr de toi—et à juste titre, heureux coquin !--ce n’est pas le moment de retraiter parce que le succès de cette affaire te tient plus au cœur !.….
ARMAND
Perfide ! Tu me tentes. Ma foi je ne vois pas en effet pourquoi je Jui plairais moins qu’un autre. IT offre un cigare.
ADOLPHE
Précisément.
ARMAND
Viens-tu fumer ?
ADOLPHE, à part, choisissant un cigare.
Le voilà sur la voie. (Haut, se dirigeant vers la porte.) Mais ne perds pas de vue, mon garçon, qu’il te faudra user de ruse avec ce petit serpent. Cette guerre qu’elle te fait, au fond n’est que de l’escrime ; mais si tu te défends comme un âne tu n'en perdras pas moins la partie.
Lis sortent.
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