‹ Raoul Desloges; ou, Un homme fort en thèmeChapitre 4 sur 20 · VT · texte numérisé non relu

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Nous allons maintenant abandonner nos personnages à eux-mêmes pendant deux années, et nous continuerons notre récit après avoir expliqué sommairement les changemens qui sont arrivés dans Texiitence de chacun.

M. Desloges est mort. — Madame Desloges s'est retirée en province chez un de ses frères* qui a recueilli la veuve

de l'artiste mort pauvre. M. et Madame Mandron continuent à se saigner i>onT Calixte. M. Mandron peint toujours des ceps de vigne et des hures de sanglier. — Calixte Mandron, après avoir abandonné la peinture, a fait semblant de faire son droit ; il a bu, mangé et joué l'argent de ses inscriptions et de ses examens successifs ; — ses parens le croient avocat, et il n'a jamais mis les pieds à l'école de droit qu'une seule fois, et un jour qu'on sifflait un professeur et qu'on lui jetait des pommes que les gens indulgens appelaient des pommes cuites. L'oncle Desfossés n'est plus abonné à son ancien journal, il le trouve trop pâte, et a pris un journal plus téméraire. La tante Desfossés tricote ; leur enfant est de plus en plus insupportable. — Félix fait sa seconde, toujours au collège Bourbon. — Alice grandit. — Sa sœur lui donne tous ses rubans, tous ses bijoux, comme^ell© lui a donné, il y a deux ans, sa dernière poupée. Pour elle, elle s'occupe sérieusement de tenir la maison de son père. — Elle est sérieuse sans être triste ; son père, qui ne la menait dans le monde qu'en s'en imposant à lui-môme le

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devoir, n'a pas Vaucoup insisté quand clic lui a dit que le monde la fatiguait sans l'amuser. Ses grands plaisirs sont d'attendre et de voir la tante Clémence. Félix, qui a f9it des arnis et des connaissances, ne reste pas bien souvent le dimanche à la maison.— La tante Clémence a pensé qu'il n'était pas convenable que Raoul y vînt quand Félix n'y était pas ; d'ailleurs son amour constant pour le jeu de loto conunencait à manquer de vraisemblance. Il ne vient plus que de temps à autre, ^ mais il va voir la tante Clémence deux ou .trois fois par semaine. — Tous deux parlent de Marguerite ; — mais il s'en faut de beaucoup que l'avenir se présente aussi beau à mesure qu'il devient le présent.

— Quand Raoul était au collège, il disait : « En sortant du collège , je ferai mon droit ou j'apprendrai la médecine. r>

— Mais la mort de son père lui a enlevé les ressources sur lesquelles il comptait pour commencer cette nouvelle éducation ; — il ne lui reste que la carrière de l'instruction ;— mais il ne peut encore admettre les dépenses et les lenteurs de l'école normale r* et des grades de bachelier et de doc-

p teur. — Il est des difficultés de sa vie qu'il cache à la tante

Clémence, et qu'en effet il est obligé de lui cacher. Il ne peut parler de ses affaires d'argent qu'au degré où ce n'est plus l'aveu d'un besoin matériel qui entraîne l'offr* d'un secours.

Sa pauvreté lui ferme les deux ou trois carrières au terme desquelles le travail trouve une récompense dans un travail plus focile et enfin dans le repos ; les deux ou trois car rières que Ton suit en ligne droite. — Il lui faut rester une sorte d'ouvrier, travaillant à la journée, —n'étant pas plus avancé aujourd'hui qu'il ne l'était hier et qu'il ne le sera demain. Il donne des leçons, — de ce qu'il a appris, — de latin et de grec. — Son seul espoir avoué est un hasard qui lui donnera un bon écolier, c'est-à-dire l'éducation de quelque enfant de famille , — pour que le produit de son travail dépasse quelque peu ses plus stricts besoins. — Alors il pourra recommencer à travailler, — acquérir dans, la seule carrière qui lui reste un grade qui soit un titre et une propriété. Il ne parle à la tante Clémence que du but.

sans dire qu'il n'k pas pu encore se mettre en route. — Il a revu Marguerite une fois chez la tante Clémence, c*esl lorsque son père est mort; elle a voulu lui montrer. ses yeux rouges des larmes qu^elle avait versées de la douleur de son fiancé ; et la tante a consenti à cette entrevue. — Marguerite vit dans la retraite, avec ses trésors, — la lettre de Raoul, la petite fleur cueillie dans Tlle Saint-Denis, et sa foi, que ne vient jamais obscurcir le doute le plus léger. Elle s'est enveloppée si chastement de son amour, que par un instinct secret, et sans comprendre pourquoi, aucun homm« ne songe à s'occuper d'elle, toute, jolie et charmante qu'on la trouve avec raison. Elle a réalisé la figure ëe la vestale entretenant religieusement le feu sacré, que sa tante lui a donnée pour modèle.

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