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pour les siècles futurs. Celui-ci a quatre ans et il ne marche pas encore. Cet autre a trois ans et demi et si sa mère le nourrit, c'est qu'elle n'a trouvé que son lait. Elle s'est épuisée pour qu'il n'eût pas à souffrir, mais il la faut elle-même mettre au lit. Elle n'en peut plus, mais elle l'a ramené. Il est vivant, mais elle va mourir. Petites poitrines grôles creusées de trous profonds entre les côtes, ventre creux, épines dorsales en saillie, cuisses de poulet, pauvres squelettes décharnés, qui ne vous a pas vus ne connaît pas toute la guerre, car, la nature et les hommes, le cœur peut se durcir assez pour se blaser sur leurs bouleversements et leurs plaies, mais le supplice des enfants, voilà ce qui, jamais, ne s'oubliera, voilù ce qui rajeunit la haine \ »
Décrire l'organisation générale du secours aux rapatriés, en dire le plan modifié dans ses détails au cours da temps, donner, en somme, le statut qui régit leur anormale condition d'existence, voici ce qu'il nous reste à faire. Pour cela, nous suivrons quelques-uns d'entre eux et nous tenterons de les décrire, de donner l'idée de ce qu'est la vie qui leur est faite, en attendant le retour « chez nous », but des désirs de tous.
Et lorsque, au passage, nous entendrons un récit vivant, nous ne renoncerons pas à synthétiser ainsi l'ensemble des propos qui restent épars dans tout le pays, tandis que se prépare l'Histoire définitive,
1, Henri Bordeaux. Le retour des Innocents {Illustration^. 16 mars 1918).
celle qui stigmatisera à janjais devant les généralions futures, les abominations allemandes.
Une instruction datée du 15 février 1918 fixe certains points intéressants au sujet de l'assistance officielle conférée aux rapatriés. En ce qui concerne leur destination à la sortie d'Evian, les régies suivantes ont été adoptées :
« Si les rapatriés arrivant à Evian ont déjà été réclamés par des parents ou amis qui ont produit des autorisations réglementaires', ils sont immédiatement dirigés sur la localité portée à ces autorisations.
« Si les rapatriés demandent une destination qui n'a pas encore fait l'objet de l'autorisation nécessaire, mais où ils trouveraient, soit des personnes pouvant les héberger, soit un logement et du travail assurés, ils sont placés en attente dans des établissements spéciaux de la Haute-Savoie et des départements voisins jusqu'à l'accomplissement des formalités. Toutefois, réserve faite de la zone des armées et du département de la Seine, pour lesquels une autorisation esttoujours nécessaire, les rapatriés non nécessiteux peuvent, sans formalité, choisir une résidence où ils se rendent à leurs frais.
« Les autres rapatriés sont dirigés sur les départements où l'administration a préparé des places de refuge .
« Les frais de transport (personnes et bagages) sont (sauf dans le cas visé à la fin de l'avantdernier paragraphe ci-dessus) qu'il s'agisse de destinations individuelles ou de convois, à la charge de
1. Les personnes qui altendeut des parents ou amis doivent envoyer à Evian un certificat d'hébergement légalisé par le maire ou le commissaire de police de leur localité.
I;N I l^ANCI' . — LES nAPAïKlKS 89
l'Iital'. » Toute celte organisation fonctionne sous l'autorité du Ministère dtî l'Intérieur, direction du contrôle, dont M. Ogier est le chef.
Chaque convoi est donc dirigé sur un département donné, où des dispositions ont été prises par les autorités pour en effectuer au mieux la répartition et l'hébergement. Et ici, entrent en ligne les œuvres privées, les Comités locaux, les délégations de la Croix-Rouge américaine, bref toutes les forces vives de l'assistance privée qui, toutes et chacune, inlassablement, travaillent à parfaire l'œuvre de l'assistance officielle depuis le début des évacuations. A l'origine, le Secours National a, dès l'arrivée des premiers évacués, contribue à pourvoir aux besoins en vêtements et, sous certaines formes, en nourriture, des nécessiteux. Il a dans ce but, collaboré avec les divers Comités départementaux qui fonctionnaient, en partie, avec des ressources provenant de subventions de l'État. Ces divers Comités de secours aux réfugiés doivent rendre compte au Comité du Secours National, de l'emploi des fonds qu'il met à leur disposition, et doivent, d'autre part, s'engager à éviter, par l'usage d'un système de flches contrôlées, les doubles emplois dans l'attribution des secours par différentes organisations.
Les sommes ainsi réparties par le Secours National entre les Comités de réfugiés, se montaient à 325.000 francs au 31 mars 1917.
Chaque ville ou village de France où sont transportés des rapatriés voit se réaliser un miracle constant... La sympathie de ceux que la guerre
t. Voir annoxoa pour lo toxle complet de rinstruolion.
90 BAPATRIÉS. — 191y-1918
n'a pas éprouvés de la même manière se manifeste partout. Souvent ce sont les plus pauvres d'une commune qui trouvent, pour aider une famille dépaysée, des ressources que seul le cœur peut découvrir. Les enfants deviennent ceux de tous. On s'efforce de les mettre à leur aise, d'effacer, dans leur souvenir effrayé, la mémoire des terreurs qu'ils ont subies trop jeunes... Ces terreurs ont, hélas ! trop souvent, laissé leur empreinte sur les petits, voire sur les femmes. On a remarqué combien, parmi les premiers rapatriés, l'initiative, l'indépendance, paraissent oblitérés. Ces gens, rentrés en France, sentaient encore peser sur eux le joug redouté, le poids de la botte allemande... Conduits dans un village, ils n'osaient sortir de la maison qui leur avait été offerte, ils ne traversaient pas la rue sans permission : « Est-ce que ce n'est pas défendu ? * »
A mesure que le nombre des rapatriés croissait. par les nouvelles évacuations ordonnées d'Allemagne, les difficultés grandissaient pour nos départements, dont les ressources normales se trouvaient ainsi taxées au delà de toute prévision. Mais à chaque jour suffit sa peine. Au moment précis où commençaient de se limiter nos possibilités, l'Amérique entrait en jeu.
C'est en juillet 1917 que la Croix-Rouge américaine fit en France son premier grand effort. Au premier avril 1918, son programme d'aide aux rapatriés comportait déjà un budget de sept millions de francs.