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Commission for rolief in Bol^ium

AVEC J.KS KVACUKS. — 4-12 AVIÎll. 191o /

Ce vestiaire est organisé dans un grand local à plusieurs étages. Au rez-de-chaussée, on cloue des caisses : des chemises dhommes y sont empilées, destinées à des camps de prisonniers de guerre, que le Comité français de Berne s'est chargé de pourvoir. Cet envoi est prélevé sur les wagons de sousvêtements envoyés de France.

Au premier étage, magasin d'effets destinés aux évacués. Les dames de Schaffhouse et même les pauvres gens du pays contribuent à le garnir et î\ le renouveler. Des dons considérables viennent (!.' France : l'Œuvre du « Vêtement du Prisonnier de Guerre » envoie régulièrement chaque semaine le contenu d'un ou deux wagons aux Comités suisses. Et ce n'est pas trop, pour répondre aux besoins, me disent les dames qui m'entourent.

Au troisième étage, lieu de distribution. De longues tables, numérotées de un à dix, portent des vêtements classés par sexe et par âge. Deux dames se placent à chaque table, et les soldats font défder les pauvres gens qui ont été dépossédés de tous leurs biens.

On voit, dans cette salle, des spectacles touchants. La reconnaissance s'exprime devant des dons faits d'un cœur large. Mais j'entends ce mot, comme à la cantonade : « On avait tout ça chez nous !» Il y a là, pour la majorité, des familles de paysans qui n'avaient pas connu, avant la guerre, la nécessité de demander. On pourrait dire ici, de recevoir sans demander, car certains font preuve d'une discrétion extrême. Les dames du Comité mettent chacun à son aise : « Qu'est ce qui vous ferait plaisir? Choisissez vous-même ! » Les femmes, pour la plupart, ne s'en font pas faute, surtout quand il s'agit des

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enfanls. D'autres sont gênées, hésitent. Les vieux hommes, pauvres déracinés, semblent incapables de dire ce dont ils ont besoin. El cependant, personne, parmi ce troupeau exilé, n'a de colis avec soi. Dans un train de cinq cents, on a pesé par curiosité jusqu'à soixante-dix kilogrammes de bagages. Pas même cent cinquante grammes par tête.

Je me place dans un coin, et j'observe, car il y a encombrement et on n'a pas besoin de mes services. A chaque femme on donne une chemise, un tricot, des bas, un corsage, souvent une jupe. Les enfanls reçoivent aussi tout un petit trousseau. Pendant ce temps, des bonnes volontés s'empressent. Un soldat porte un bébé, si tendrement! L'enfant est un peu inquiet.il le berce, gauche, il retrousse sans le savoir la petite robe, et la chair dodue est à découvert. Mais le visage est heureux, le bébé rit à présent. Quel bon père de famille, ce jeune soldat !

Je remercie avec émotion M-^e..., la présidente du Comité de tout ce qu'elle et ses amies ont fait ici pour nos Français. Elle me répond, et ses yeux se remplissent de larmes : « Oh! ne nous remerciez pas ! Quand on les a vus, ou ne pourrait pas faire autrement... »

Le défilé continue, et la distribution généreuse. De nouveau, par petits groupes, les soldats vont emmener les réfugiés et, cette fois, malgré la pluie intermittente, montrer à qui le désire les beautés de Schaffhouse. Nous allons, pendant ce temps, jusqu'au « Katholisches Heim » où toute une partie du convoi est venue se restaurer. Là, une installation perfectionnée va permettre de donner des bains aux enfants. Les petits sont déshabillés par les jeunes

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filles, lavés, puis rendus à leur mère avec une layette complète.

Après ce repos si salutaire, les huit établissements chargés de fournir les repas reçoivent de nouveau leur contingent et un bon dîner est servi.

Pendant ces heures si bien remplies, les infirmes, les malades, — il s'en rencontre chaque jour, — sont retenus et soignés à l'infirmerie qui se trouve dans la gare. Des lits sont préparés, un médecin donne les avis et les soins nécessaires, des jeunes femmes viennent aider. Puis elles se mettent à la disposition des évacués pour envoyer à leurs familles, s'ils en savent l'adresse, cartes ou dépêches annonçant leur arrivée prochaine en France : quelles émotions, à prévoir le retour! Quelles effusions de gratitude pour celles qui leur rendent plus proche cette joie ! Qu'on se figure la longueur des jours, des semaines, des mois vécus au milieu des troupes ennemies, des « casques à pointe » détestés, sans nouvelles de ceux qui se battent de l'autre côté des lignes! Et ceux-là sont souvent des proches, des frères, des fils, des pères, dont on ne sait, tout ce temps innombrable, s'ils sont vivants encore, ou morts pour la patrie...

Voici l'heure du départ, la nuit est tombée, le troid règne, mais dans le cœur de nos exilés est rentré un espoir. L'accueil suisse est un prélude : domain la France les attend !

Zurich, 7 heures -20 du matin. — On annonce l'arrivée d'un convoi. Encore cinq cents des nôtres. D'où nous viendront-ils, quel sera leur aspect? Les

membres du Comité de Zurich me racontent, chemin faisant, le long des quais, quelle est la composition ordinaire des convois, depuis quelques jours. Très différente de celle des premiers arrivants. Ceux-ci, encore plus lamentables, portaient sur eux l'ignominie de la détention en signes extérieurs,

« Kricgsgefangener » avoir fait de ce mot « prisonnier de guerre » une infamie montrée au doigt ; de ces civils innocents hommes et femmes, des apparences de forçats, voilà un raffinement de vraie culture allemande... L'inscription Kricgsgefangener est marquée à la céruse sur les vêtements des capturés, et cela en caractères si indélébiles qu'aucune essence n'en vient à bout. On conserve, dans certaines gares de Suisse, des vestes et des paletots qui portent cette marque. On m'en parle avec un frisson.

Dans certains camps, les commandants avaient mêmeimaginé de stigmatiser les capturés en coupant une raie de cheveux aux hommes sur le côté de la tôte ; c'est le bagne ou l'étable. Ceci dit tout. Et la comparaison pourrait être poussée beaucoup plus loin.

Voici le train. Ici le service d'ordre, toujours mené par des officiers et soldats, est organisé avec une méthode qui fait honneur à la militarisation suisse. Devant le médecin, qui, avec son aide et quelques infirmières, passe la revue des wagons, marche un porte-fanion tenant dressé l'insigne des ambulances: la croix-rouge. A mesure que, à l'intérieur des compartiments à couloir central, avance le docteur, le drapeau se place sur le quai, devant la voiture ainsi occupée. De la sorte, si le médecin est appelé d'urgence aileurs,onsait tout de suite où le trouver.

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Il s'attarde peu aujourd'hui, il n'y a pas^ de grands malades. Quelques vieillards, quelques nourrices sont seuls restés à leur place, trop fatigués pour descendre. A ceux-là on apporte dans les wagons le café au lait et le pain. Tous les autres vont prendre au restaurant de la gare leur petit déjeuner, et pendant que les wagons sont vides, les hommes de service procèdent à une désinfection rapide, à l'aide de liquides antiseptiques.

Le train est composé de dix wagons, chacun contenant cinquante personnes. Aussitôt quil s'arrête en gare, des commissaires placent des numéros, allant de un à di.x, sur les voitures et des équipes de volontaires du Comité, correspondant aux mêmes numéros, prennent en charge les occupants de chaque wagon.

A voir descendre et défiler ces femmes et ces hommes, tous fatigués et piètrement vêtus, la même émotion nous empoigne. Nous les accompagnons dans la grande salle du restaurant, où des tables numérotéesrépondentauchiffre dechaque escouade, et nous allons causer avec eux. Mais dans le cortège, quelles sont ces silhouettes qui détonnent! Franges de cheveux coupées au ras des sourcils, robes fripées qui furent brillantes, bijoux de camelote, souliers trop découverts sur des bas trop fins... Je ne me trompe pas et j'en compte cinquante. Elles sont mélangées aux familles qui défilent, et la défiance des regards est réciproque, « Y a des vilaines femmes avec nous », me dit une mère en ramenant à elle ses petits, brusquement.

Je m'inquiète de cette promiscuité, dautant plus que, sur quelques-uns de ces visages, certains signes .«ïont fnrheuY. Sans vouloir appliquer ici un puri-

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tanisme implacable, il est évident que le voisinage peut être dangereux, d'autant plus, me dit une dame du Comité, que ces rapatriements sont fréquents. A Zurich, discrètement, on fait le triage et nous nous en apercevrons au départ.

Et je questionne les femmes, qui me paraissent avoir faim et faire honneur au repas : « Combien de temps êtes-vous restées en route, aviez-vous de quoi manger chaque jour ? — « Nous sommes restées trois jours et trois nuits, et on nous a donné du « rata » pas trop mauvais, mais c'était bien mal servi 1 Tout dans des baquets et pas de fourchettes, ni d'assiettes, il fallait prendre à même ! Pour le café, quand on en avait, aux arrêts, c'était la même chose. » Et on spécifie : « Dans des baquets où qu'on s'iave, madame. 11 fallait boire à même, autour, comme des chiens ». Et les filles^ malades, contaminées, mélangées au convoi, ont bu dans ces mêmes baquels, pêle-mêle avec les enfants... Précautions scientifiques de l'hygiène moderne, prophylaxie allemande, où êtes-vous ?

Le repas s'achève. Par groupes, les convives se lèvent et sont conduits hors de la gare, au musée situé tout auprès où un local aménagé en vestiaire va les voir défiler. Des dames du Comité de Secours sont là aussi pour les attendre et répondre aux besoinsdetous,pardes dons judicieusement répartis. Tout est fait avec un ordre, une méthode remarquables, sans bruit, sans réclamations, sans double emploi. D'un côté, les hommes, vieillards ou jeunes garçons, car l'Allemagne ne nous rend pas les hommes de seize à soixante ans : de l'autre les femmes et les tout petits. Ceux-ci, comme à Schaffhouse, sont l'objet de soins tout spéciaux. Le charmant porte-

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bébé, de cretonne rose ou bleue, sur lequel est placé l'enfant, met un sourire ou une larme aux yeux de la mère.

Rien n'est oublié. Acùté du nécessaire, le superflu, hélas ! bien nouveau à nos internés de la guerre ! Tablettes de chocolat, surprises de tous genres pour les enfants, petits drapeaux tricolores, tabac pour les hommes, leur sont donnés par les jeunes gens et les jeunes filles du Comité. Aujourd'hui, mardi de Pâques, ont a été plus loin encore, et Ton me dit qu'il y aura des œufs de Pâques pour tout le monde au départ du train. De plus, le voyage devant se prolonger jusqu'à 6 heures du soir, des paquets contenant deux repas sont tous les jours remis à chacun.

Dans un coin du vestiaire, on entend un bruit de monnaie. Pourtant les dons sont gratuits? Il s'agit d'une charité de plus, et combien prévenante cellelà ! Un changeur se lient près d'une table et, tel Aladin qui échangeait les vieilles lampes contre des neuves, il reçoit les billets allemands et remet à la place du bel argent français. Il y perd, car le cours allemand est inférieur : n'importe. Les visages s'éclairent, le peu que possèdent quelques-uns leur a été changé en route, au sens inverse, par l'auto- .rité allemande. Une vieille femme pleure : « Ils m'ont pris ce que j'avais, et ils m'ont donné de leur papier allemand! » Et la voici consolée. D'ailleurs, ceux qui ont gardé quelque chose sont l'exception. On n'a évacué que les indigents ou supposés tels. Les autres, tant qu'ils possèdent quelques ressources, ne sont, même pas sur leur demande, autorisés à regagner la France. Dans ce convoi, se trouve un ménage aisé venant de Douai : leur pro-

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priété brûlée, ils n'ont été cependant qu'à grand' peine laissés libres de se joindre aux évacués. Le voyage leur a été cruel, dans ces conditions pénibles, mais la perspective de Tarrivéc leur fait tout supporter.

Une brave femme me montre cinq enfants: quatre d'entre eux ne sont pas les siens, le plus jeune a six ans, l'aîné douze, la mère est morte pendant l'occupation, le père est aux armées. Vit-il encore? On le saura, sans doute, dans quelques jours... Vite, j'écris à une adresse que cette bonne Française me donne, pour hâter les renseignements.

L'heure s'avance. Bientôt le train va partir. D'un pas moins lourd, les voyageurs regagnent le quai, les enfants courent, s'appellent, les yeux des mères les suivent avec moins d'angoisse. Même les vieux semblent moins cassés, d'avoir ainsi senti une sollicitude auprès de leur souffrance. Leur vue est poignante... Pour la plupart, ces hommes, dont beaucoup dépassent quatre-vingts ans, n'avaient jamais quitté le village avec son horizon de cultures et de bois. L'église, la mairie, leur représentaient le but extrême d'une sortie. Et les voici déracinés, transplantés brutalement hors du terroir natal, pour aller, on n'en peut douter à les voir, mourir loin de leur ciel du Nord ! Et je songe que pour ceux-là, plus encore peut-être que pour les jeunes, on n'en fera jamais assez pour les consoler, d'abord, pour les venger ensuite !

W heures 30. — En attendant le départ, les femmes ont fait un peu de toilette. Des brocs d'eau chaude, de grandes cuvettes, leur ont permis de débarbouiller les enfants, puis elles-mêmes. Maintenant tout le

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monde a repris sa place, mais il s'est produit une modification : les cinquante « indésirables » se trouvent, comme par miracle, dans un seul wagon. Presque pimpantes, les pauvres filles, elles ont des bouquets dans les mains... C'est que, chaque jour, une donatrice anonyme envoie à la gare une charretée de fleurs pour les évacués. Alors, sur cette misère morale, les dames suisses ont ce matin jeté un voile parfumé.

Et voici des jeunes filles, des petits garçons, portant les insignes du Comité, qui se hâtent avec des paniers. Les œufs de Pâques, peints de nos trois couleurs, portent un « Vive la France ! » Les paniers circulent, se vident dans les wagons ; une émotion invincible nous gagne : « Vive la Suisse ! Vive Zurich 1 »

Le train va partir. Nous sommes sur le quai et nous n'essayons pas de cacher nos larmes. Aux portières, aux fenêtres les têtes se pressent, les mains des enfants se tendent, tenant leurs jouets ou leurs drapeaux, les mouchoirs s'agitent, des cris s'élèvent : « Vive la Suisse î » Je vois défiler les wagons, lentement ils passent. Et voici la voiture garnie de fleurs, fleurs des champs, coucous jaunes. . . leur petit bouquet à la main, les demoiselles « indésirables » crient plus fort que les autres leur enthousiasme et leurs remerciements.

Ce matin, M. l'ambassadeur de France, qui m'avait fait l'honneur de m'accompagner jusqu'à Berne, a annoncé son intention d'adresser officiellement des remerciements au représentant du Conseil Fédéral. Dans la salle d'attente des premières, nous nous réunissons. En paroles émues et sinrèros, M. r>oau assure la Suisse of la Ville de Zurich

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de la reconnaissance française. Certes, jamais gratitude n'eut meilleure raison de s'exprimer!

De bonne heure, sous une bourrasque de grêle, un express m'emporte vers Fribourg. Pâques est passé, mais la campagne est blanche, et, lorsqu'une éclaircie me fait voir les sommets, jamais bien éloignés en Suisse, ils sont aussi chargés de neige qu'en hiver. Dans mon wagon, je passe en revue tant d'impressions diverses, et je constate qu'elles se fondent en une seule, lumineuse et haute comme ces montagnes proches. La guerre allemande a produit cet effet, de dévoiler au monde « leur nature ». La guerre française a produit celui-ci : de remettre à sa vraie place la nôtre, et le résultat le plus net, je viens de le voir: la sympathie des honnêtes gens est avec nous. Un officier suisse, à qui j'exprimais hier mon admiration pour la générosité magnifique de ses compatriotes, m'a répondu ceci : « La France ? Nous lui devons bien cela î Elle se bat aussi pour nous... » Pour le droit, pour la liberté, pour la Justice éternelle, qui ne sera pas impunément méconnue.

Je regarde la carte postale que les dames de Zurich distribuaient à nos évacués, « en souvenir », disaient-elles. Le drapeau suisse, croix blanche sur fond rouge, en fait le premier plan dans toute sa largeur. Le fond chargé de lueurs d'incendie, figure un village qui brûle et, tout en avant, passant sous l'étendard suisse pour pénétrer en France, un train ramène nos compatriotes chassés. Symbole éloquent, « dédié aux internes ». Tls ne s'y

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sont pas mépris, ils y ont vu tout le cœur de la Suisse, offert aux nôtres. Une des jeunes femmes du convoi dont le petit garçon s'était emparé de la carte postale, la lui a doucement reprise des mains, et, l'enveloppant précieusement, lui a dit : «"Ne joue piis a\ef ra, c'osl un souvenir... »

Annemasse. — Nous arrivons trop tôt dans l'aprèsmidi. La ville est déserte. Ce n'est qu'un grand village. Pluie, chaussées détrempées. Nous errons, avant de nous reconnaître, au milieu d'une boue épaisse.

A la mairie, devant laquelle s'arrête le tramway qui vient de Genève, nous trouvons les bureaux fermés ; on les ouvre à l'arrivée des convois qui doivent s'arrêter à Annemasse, à 5 heures 30. Cependant, nous découvrons l'entrée d'une grande salle, où sont reçus et inscrits les évacués. Deux convois passent chaque jour, l'un (celui de Schaffhouse) à 7 heures du matin : l'autre (venant de Zurich), à 5 heures 30 du soir. Chaque convoi reste environ trois heures à Annemasse, où, après reconstitution de l'état civil individuel, des repas sont donnés aux évacués dans les hôtelleries de l'endroit. Puis un train spécial les conduira en une heure à Évian ou k Thonon.

•5 heures ->j. — Voici le premier tiers du convoi amené par le tramway. Deux autres rames le suivent, à quelques minutes d'intervalle. Des familles descendent ; beaucoup d'enfants de tous âges. Différence avec l'anivrc d'un convoi semblable à

Zurich. Ceux-ci n'ont pas l'air dépouillé : les dons de la Suisse leur chargent les bras.

D'ailleurs, quelques femmes, cette fois, ont des chapeaux ; elles paraissent plus aisées. Ce sont, pour la plupart des villageoises de Meurlhe-et-Moselle Caractère vif, moins de lourdeur que les gens du Nord. Je leur parle : « C'est en Suisse qu'on vous a donné ces choses ? Les dames suisses sont très bonnes pour les Français ? — Si elles sont bonnes! A l'excès, madame, à l'excès... » Je n'y contredis pas, mes souvenirs restent vivants. Et une femme ajoute, gentiment : « C'a été des innovations partout {sic). »

Arec elles, j'entre dans la salle aménagée pour les inscriptions. Derrière de longues tables, de nombreux secrétaires sont assis. Des chasseurs alpins, du dépôt d'Annemasse, sans doute, font le service d'ordre. Ils surveillent la répartition de chacun devant les secrétaires attentifs. Ce n'est pas sans effort. Doucement, patiemment, ceux-ci interrogent les malheureux déracinés. Les réponses sont lentes, entremêlées d'explications, de questions. Les paysans, quelques-uns d'un grand âge, s'expriment mal, souvent dans une sorte de patois. Certains ne savent dire que le nom de leur hameau, qui n'étant pas une commune, ne peut servir d'indication pour l'état civil. On me dit qu'un convoi a ramené, la semaine dernière, trois cents vieillards de soixantedix à quatre-vingt-dix-huit ans, évacués d'un asile du Nord. Qu'on se représente la difficulté de leur identification, lorsqu'on arrive à peine à se faire comprendre d'eux. Aujourd'hui, j'avise dans un coin de la grande salle, une femme très âgée de mise convenable, qui, sans bouger de son banc, paraît

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regarder anxieusement- Je m'approche, et je constate qu'elle y voit à peine : les yeux sont voilés. Je lui parle : elle est dure d'oreille et fait effort pour m'entendre. Elle me dit qu'elle est bien fatiguée, « quelle n'en peut plus ». A côté d'elle se trouve une jeune fille, l'air hébété. Je l'interroge. Un demihurlement me répond, et elle me désigne d'un hochement brusque de la tête, la' pauvre grand'mère. Celle-ci devine le geste et me dit : « Elle ne peut pas parler, elle est idiote ». Puis elle éclate en sanglots... Quelle situation ! Cette vieille femme et cette innocente, seules ici, dans cette foule. Que faire? Je m'en inquiète, auprès d'un des braves alpins qui mènent le service avec tant de douceur de gestes.

Au môme moment, un mouvement se produit à la porte. On a fait entrer une femme, en noir, elle aussi, qui regarde anxieusement à droite et à gauche. Tout à coup, la voici qui se précipite : « C'est elles, les voilà ! Maman ! » C'est la fille de la vieille, et la mère de l'idiote. Arrivée par un précédent convoi, après avoir été brutalement séparée au départ du village, elle a supplié qu'on lui permit d'attendre à Annemasse le rapatriement de ces pauvres femmes et elle les a guettées depuis plusieurs jours. La voici au bout de cette angoisse, presque consolée de l'exode cruel pour avoir rejoint ces pauvres êtres, qui sont à elle.

Mais que de séparés ne se rejoindront pas ! Que de pauvres vieillards mourront loin du pays î Que d'enfants ne reverront jamais leur mère, emmenée en Allemagne sans eux, morte là-bas de douleur et de privations.

Le travail d'inscription se poursuit. Les fiches

sont constituées en double exemplaire, dont l'un reste aux mains du secrétaire : l'autre est remis â chaque évacué, qui doit le présenter à la sortie de la salle, pour contrôle de police. Plusieurs fois déjà on m'a prise pour une réfugiée : « Madame, vous n'êtes pas inscrite ». Le commissaire spécial. M. P..., rassure sur mon compte le secrétaire inquiet. Il y a, dans cette foule piteuse, des personnes bien mises. Quelques familles de Douai ou de Valenciennes ont demandé à rentrer, et l'ont obtenu, d'ailleurs à grand peine, à la condition de faire partie d'un convoi d'indigents. C'est dur. Pêlemêle, anonymeet tumultueux, celarappellecertaines gares, à la fin d'août. Des femmes s'appellent, cherchent leurs enfants, s'affolent, désemparées. Elles crient, ces paysannes, comme dans les champs dont elles sont si loin.

Une petite fille s'échappe, pleure : « Je veux aller chez nous. » Mot poignant, qui fait, d'un coup, réaliser l'horreur de toutes ces dépossessions. Si pauvre qu'ait été le foyer, c'était « chez nous », et c'était meilleur que la plus hospitalière maison.

Le convoi d'aujourd'hui compte deux cent soixante-six enfants au-dessous de douze ans, c'est plus de la moitié du contingent. Il y a des familles de huit, dix, douze enfants. On en a vu passer qui en amenaient quinze, gens du Nord, braves et dignes dans le malheur, et dont tous les parents sont au feu. Les garçons paraissent déjà résolus, leyr drapeau tricolore roulé dans la main, On leur en a donné beaucoup, aux gares de Suisse, hommage discret au patriotisme souffrant.

Parmi les réfugiés qui s'égrènent en sortant de la salle, je vois circuler un jeune prêtre^ le visage

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émacié, l'expression triste : c'est le curé des Éparges, qui attend encore de ses paroissiens au passage. Il n'en recevra plus, je pense ; le communiqué d'aujourd'hui annonce que les Éparges sont nôtres de nouveau, après une lutte coûteuse et prolongée.

Nous sortons, avec le commissaire spécial, qui veut bien nous accompagner au bureau où sont classées méthodiquement les fiches individuelles. Plusieurs jeunes femmes opèrent ce travail, et, de plus, se chargent de répondre aux demandes écrites qui sont adressées au sujet des rapatriés. Aujourd'hui, je fais appel à leur complaisance pour savoir où ont été envoyés quatre orphelins remarqués à Zurich cette semaine. Après quelques minutes, les voici repérés. On m'indique la ville où se trouvent logées, par les soins du préfet, les familles du convoi dont ils faisaient partie. Ce renseignement porte à quarante le nombre des indications fournies dans la journée par le bureau. Quarante « retrouvés ». Chaque jour donne des résultats analogues. Au surplus les listes complètes et détaillées des évacués composant les convois sont envoyées, au fur et à mesure, à la Direction de la Sûreté Générale, qui prend soin de leur publication.

Nous nous rendons maintenant à la gare, où stationne le train que va reprendre le convoi. Sur le quai, plusieurs centaines de petits sacs, portant des noms sont amassés. C'est ce que possèdent maintenant les voyageurs arrivés si pauvres à la frontière suisse. Tous ces colis vont être placés dans un fourgon qui sera plombé, pour être rendus à leurs propriétaires, à leur arrivée à destination définitive. C'est k Annemasse, en effet qu'est signifir>o rotto (loslinntinn. Ce soir, lo convoi se rond à

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Tlîonon, comme celui d'hier et celui de demain ; mais après vingt-quatre heures de repos, ce sera à Perpignan, à Garcassonne ou à Dijon, selon le classement départemental opéré par le Ministère de l'Intérieur. La composition des convois reste à peu près la même qu'à l'arrivée en Suisse : on ne garde, par exception, à Annemasse, pour y être hospitalisés, que les malades qui ne seraient pas en état d'aller plus loin. Une liste numérotée des êtres de chaque convoi est remise au convoyeur, qui fait la navette entre Annemasse et Thonon, et qui doit remettre cette liste pour contrôle au commissaire spécial de Thonon. C'est qu'on doit prendre de réelles précautions quant à certaines personnes qui pourraient se glisser parmi les rapatriés, avec des intentions peu patriotiques... Et la police des gares n'est pas une sinécure en temps de guerre.

J'ai demandé àM. P...quellesmesures sont prises à l'égard des « indésirables », particulièrement lorsqu'elles sont malades. On les hospitalise dans des établissements spéciaux, réquisitionnés à cet effet, et une surveillance sévère est établie. La chose est sérieuse : un seul convoi a amené, certain jour, trois cents de ces malheureuses!

T/i.ono?h, 5 heures du soir. — A travers le lac, gris, sous le ciel plombé, secoué par le vent d'orage, le bateau me mène à Thonon. A l'arrivée, le petit funiculaire-joujou monte la côte abrupte, et me voici en compagnie de M. le D-- Lesage, délégué de la Ligue contre la Mortalité Infantile. M. Surugue, préfet de Haute-Savoie, nous reçoit devant la ca-

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serne, aménagée en asile temporaire. Ayant de regagner Annecy, M. le Préfet veut bien nous mettre au courant de tout ce qui a été fait pour les éva" eues, depuis le 16 mars, par les soins de son administration.

C'est chaque soir à 10 heures que le convoi d'Annemasse parvient en gare de Thonon. Les femmes et les enfants sont tout de suite hospitalisés à la caserne qui contient trois cents lits. Les hommes valides sont répartis chez des hôteliers, qui leur donnent lits et repas pendant les vingt-quatre heures que dure le séjour. Puis, au bout de ce temps, le convoi, parfois diminué de quelques malades ou vieillards, recueillis dans l'hospice de Thonon, est dirigé sur sa destination finale.

Nous allons, d'ailleurs, suivre pendant toute la durée de leur halte les arrivants de ce soir. Et, en attendant, nous visitons les locaux de' la caserne où se trouvent encore les évacués d'hier, dont le départ aura lieu à 9 h. 20. Il ne se passe ainsi qu'une heure à peine entre un convoi et le suivant.

La caserne présente, aussitôt qu'on en a franchi le seuil, un aspect de fête. Sur les murs, des drapeaux, des banderoles, des inscriptions en couleur, des guirlandes de feuillage. Les couloirs blancs en sont tout égayés : « La France accueille ses enfants. » — « Les habitants de Thonon souhaitent la bienvenue à leurs compatriotes. »

Au rez-de-chaussée, salle de consultation et de pansements. Deux médecins militaires sont chargés de l'examen individuel des évacués — particulièrement des enfants. Un vestiaire, que nous verrons fonctionner demain matin, est alimenté tant par des dons venant de la charité privée,

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notamment d'un comité français fondé à Lausanne, que par des envois du Comité du Secours national.

Au premier étage, les salles de la caserne, parfois aussi de larges galeries dont on a clos les extrémités, ont été transformées en dortoirs.

Des draps blancs montrent les lits tout préparés pour les prochains occupants. Chaque jour, il faut refaire à nouveau ce travail. On voit là des lits de toutes formes, dons ou prêts de provenances variées, — témoignage de la générosité locale. En ce moment, les évacués se préparent au voyage. Après un dîner substantiel, ils se dirigeront vers la gare, où nous allons les attendre.

0 heures du soir. — Sous la pluie froide, nous pénétrons sur le quai. Le train est là, à destination de Perpignan. Voitures capitonnées avec couloirs intérieurs. Les familles commencent d'arriver, elles s'appellent, dans la demi-obscurité : on se cherche, on garde des places. D'ailleurs, il y en a pour tout le monde, et les compartiments ne seront pas complets, afin de permettre à quelques femmes de s'étendre un peu, car on va voyager plus d'une nuit.

Ceux qui sont là étaient venus pour la plupart deRaismes, au Nord de la France. Ils ont séjourné presque tous en Belgique, quelque temps, comme ceux du Pas-de-Calais que j'ai vus à Schaiïhouse. Mais nous n'avons pas le loisir de causer, le train s'ébranle. Et, à ce moment, comme sortant spontanément du fond même des cœurs, un cri s'élève, court le long de la voie, s'enfle au passage et se perd dans la nuit : « Vive la France 1 »

« Vive la France ! » C'est encore le premier mot

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que je recueille, à nioilié étranglé par l'émotion, des arrivants du convoi suivant. Sur le quai sombre, le train de 10 heures s'est arrêté ; une foule met pied à terre ; lentement, d'un pas lourd, des vieillards, des femmes pénètrent dans la salle qui sert de passage pour sortir de la gare. Bien en vue, éclairée en plein pour frapper leurs regards, une inscription se lit : « Vous êtes en France, soyez les bienvenus, » L'un après l'autre, ces gens lèvent les yeux vers la lumière qui attire, et semblent épeler avec des lèvres hésitantes, une voix qui tremble : « Vous êtes... en France ! » Puis les yeux se voilent de larmes, et un cri s'étrangle, on le sent qui s'étoufïe dans la gorge : « Vive la France ! » Joie indicible à quoi on ne peut croire, et que m'exprimait ainsi hier une femme rapatriée : » Oh ! Madame, la première fois qu'on a revu un soldat français ! » Rien ne peut rendre ce que disaient ces mots si simples.

Déjà, causanftout à l'heure avec quelques membres du Comité de Secours de Thonon, j'avais appris qu'au bout de quelques jours, après les premiers arrivages, on avait été amené à placer à la gare cette inscription, car les questions posées par tous étaient les mêmes : « Est-on en France ? « Est-ce bien vrai? » Il fallait répondre d'avance à ce doute angoissant.

Voici que nous sortons de la gare sous la pluie qui recommence à tomber, accompagnant nos réfugiés. Il faut les guider, porter les bébés, les petits paquets, soutenir de pauvres vieux qui chancellent. Mais tous sont pleins de confiance. Ils vont se reposer, ils auront tout à l'heure un bon lit, des soins, une chaude atmosphère qui réconforte.

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Et nous entrons à la caserne. Dans le couloir d'accès, un triage sommaire. Les hommes valides ne resteront pas, les hôtels les attendent. Quelques femmes seules seront retenues aussi à la porte. Les familles nombreuses, les jeunes mères, les femmes âgées montent lentement le grand escalier qui mène au dortoir. Puis la répartition se fait dans les salles, sans bruit, sans cris. Les enfants, las, s'endorment avant qu'on les déshabille. Des femmes s'étendent sans prendre le temps d'ôter leurs vêtements, tant leur fatigue est extrême. La feuille du convoyeur signale quarante et un bébés au-dessous de deux ans, cent trois enfants de deux à sept ans. Quatre cent quarante-sept personnes en tout, dont un grand nombre de vieillards des deux sexes. Presque tous viennent de Meurthe-et-Moselle. Nous causerons demain. Il est 11 heures passées. Nous rejoignons le petit hôtel où nous avons préparé notre gîte. Demain, à 8 heures et demie, heure du premier déjeuner des hospitalisés, nous avons rendez-vous à la caserne.

8 hernies 30. — Nous entrons au vestiaire. Des jeunes filles sont là, classant des vêtements, préparant des listes, méthodiques et précises, sans un mot superflu. On sent qu'elles ont coutume de se hâter utilement. D'autres les rejoignent, apportant d'autres listes. Je constate l'ordre parfait de ce service. Chaque dortoir est aux mains d'une dame responsable, qui, tous les matins, note soigneusement les besoins de ses habitants. Pour celle-ci une chemise, une jupe, un corsage ; pour les enfants, des chaussures, un costume de garçon, un tablier, etc. On devine combien nombreuses les demandes et

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quelle abondance de ressources il faudrait au Comité pour y répondre complètement. Du moins, le nécessaire, l'indispensable est fait ici, et rien n'est donné au hasard, puisque les essayages sont surveillés par les dames responsables.

& heures. — Après le déjeuner, visite médicale passée dans les dortoirs par le médecin major. Nous suivons. Les enfants sont examinés individuellement, en vue du diagnostic de maladies contagieuses possibles. On en constate peu, à l'ordinaire. Mais ces enfants sont, pour la plupart, des anémiques, des déprimés, des prédisposés à toute maladie épidémique éventuelle, et en danger d'y succomber. Au reste, les statistiques médicales des premiers mois de 1915 sont là pour le prouver. Les enfants de réfugiés ne sont pas en état de santé normale, et, s'ils contractent une maladie aigûe, ils y résistent en faible proportion. La mortalité s'élève, dans nos hôpitaux, jusqu'ici, à trente pour cent sur les cas observés. J'ajoute que ces observations portent aussi bien sur les enfants de familles relativement aisées.

Pendant que se poursuit la visite, je lie conversation avec plusieurs jeunes femmes, çà et là. Presque toutes ont été amenées de Meurthe-et-Moselle où elles habitaient des bourgs ou des villages situés non loin de la frontière. Plusieurs vivaient auprès deConflans-Jarny, embranchement de chemin de fer sur la ligne de Metz. Il y a là une gare importante, point déconcentration de troupes allemandes, lieu de passage pour les blessés, les malades dont une partie est hospitalisée tout auprès, dans les anciennes casernes des chasseurs à pied. Les Aile-

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mands y avaient tout d'abord logé leurs chevaux, puis ils les ont fait nettoyer par les femmes pour y mettre des malades. Ces femmes me disent avoir vu souvent passer des wagons, fermés, contenant des malades, et sur ces wagons une lettre : T ou R \ Lorsque ce sont des blessés on garde ceux qui sont le plus gravement atteints dans le pays, et les autres sont évacués vers l'intérieur de l'Allemagne. L'autorité sanitaire a fait vacciner d'office les habitants des villages, mais sans leur expliquer de quelle maladie on allait les garantir. On leur a parlé du choléra ?, de la fièvre typhoïde, et on les a fait partir sans avoir terminé la série annoncée de piqûres...

Quand on a donné l'ordre d'évacuer, le canon français s'était rapproché depuis quelques jours. On a précipité le départ. La veille, des boulets étaient tombés à deux kilomètres. A la nouvelle de l'évacuation, l'émotion avait été grande : « Si on avait cru que c'était vraiment pour venir en France ! Maison pensait qu'ils nousenverraienten Allemagne, comme les premiers qui sont partis, et on savait que c'était affreux là-bas, dans les camps... Aussi on a eu bien peur, et on est parti en pleurant. Mais, en passant à la gare de Metz, les soldats ont été gentils : ils ont donné des petits pains aux enfants. Alors on s'est dit que peut-être on allait tout de même rentrer en France. »

Logique inattendue, et qui se trouve justifiée par le fait ; obscure intuition, peut-être.

La commune de C... a été frappée, me disent aussi ces femmes, de trente mille marks de contri-

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