‹ Rapatriés, 1915-1918Chapitre 4 sur 30 · Typtius ou fiôvrc typlioïde. Roug(^i>lo · texte numérisé non relu

Typtius ou fiôvrc typlioïde. Roug(^i>lo

AVEC LES ÉVACUÉS. — 4-12 AVUll. IQlii 29

bution, puis de dix mille encore, pour des délits imaginaires. On avait de l'argent : on a payé. Mais les exactions sont fréquentes et abusives. Une danie des environs a dû, avant d'être évacuée, verser trois mille marks. Aussi, on cache son argent comme on peut... Je ne dévoilerai pas les moyens employés par quelques-uns !

Les soldats allemands sont maintenant mal nourris; ils se plaignent de la quantité insuffisante de pain, dont ils touchent une demi-livre par jour. On a amené dans le pays, pour faire les cultures, des prisonniers russes ; ceux-là surtout sont peu et mal nourris; ils paraissent épuisés. Et il est interdit aux Français de leur remettre quoi que ce soit, sous peine de punition sévère.

D'ailleurs, les soldats allemands ne sont pas méchants, disent-elles, s'ils ne boivent pas. C'est quand ils ont pillé une cave qu'il faut se sauver... Mais les gradés et les officiers sont terribles. Et voici la prière qu'une toute petite fille, qui ne sait encore que balbutier, répète devant moi, à la grande joie de sa mère : « Petit Jésus, je vous donne mon cœur, gardez maman, gardez papa, et cassez le nez aux Prussiens ! » Car nos gens de Meurthe-et-Moselle n'emploient, souvenir de 1870, que le mot de Prussien. On dirait que l'épithète Boche leur est inconnu ; n'aurail-elle pas traversé la ligne de feu ?

Dans ces villages proches de la frontière, s'était déjà établi le petit commerce allemand, et les jouets de camelote s'étalaient aux vitrines. « Seulement, comme les marchandes pensaient bien que nos enfants n'achèteraient pas leurs soldats, elles plaçaient un rang de soldats français par devant, pour les attirer ! ». Je constate, au passage, ce que cette

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menUlité allemande et commerciale a de singulier, bien opposé à ce que d'autres peuples considéreraient comme patriotique...

Ces récits me font, plus que tout autre signe, pénétrer dans l'esprit de notre population opprimée, .h; vois que, là encore, malgré tout, à travers tout, la confiance domine. Et j'admire par quel ressort secret s'est conservée une si belle tenue. Qu'on veuille bien remarquer que la plupart de ces paysannes ou de ces femmes d'employés sont sans nouvelles de toute une partie de leur famille depuis des mois, que plusieurs opt leur mari au feu et ne savent s'il est mort ou vivant. Et j'en rencontre bien peu chez qui le découragement ait pris le dessus. Une d'elles me dit cependant : « 11 était temps que je revienne : j'étais devenue neurasthénique, à force de rester avec les Boches. » Celle-là n'est pas, d'ailleurs, originaire du même département ; son langage l'indique.

Un peu plus loin, une scène poignante dont le souvenir me poursuit. Une petite fille joue avec sa poupée. Je cause avec la mère, qui vient d'un village du Pas-de-Calais. Gomme je lui demande si elle avait assisté, dans cette région, à des scènes de destruction, elle me répond, sans phrases . « Oh ! oui, mais c'est la petite qui a vu massacrer î Dis à la dame ce que tu as vu ? » Et l'enfant, sans cesser d'habiller sa poupée toute neuve, zézaye ceci : « Avec des fusils, devant la porte, ils en ont fait tomber trois, et puis ils étaient morts... » La mère m'explique qu'il s'agissait d'habitants du village, civils parfaitement innocents, que les Allemands ont tué ainsi, froidement, devant des enfants qui jouaient sur le seuil de leur maison. Et qu'ils les ont

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