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le millionnaire et les pauvres gens. Les femmes et les enfants dans une baraque spéciale, sont placés sous une direction féminine, choisie parmi les internés. On trouve là des femmes avec leurs enfants, de vieilles femmes, etc., un tableau cruel de la guerre. Ces gens n'avaient plus de maison, ils erraient dans les ruines de leurs village et ne pouvaient regagner leur pays, ils ont donc [sic) été emmenés en Allemagne. »
Ce qui était vrai en 1915, ce qui pouvait, en des circonstances imprévues, avoir existé comme un malheur temporaire, cela a subsisté jusqu'en 1918.
Le camp de Holzminden, « exclusivement destiné aux internés civils », a conservé sa population lamentable. Les hommes au-dessus de soixante ans ont pu être rapatriés, sauf le cas où ils étaient marqués de la qualité d'otages, cas hélas î trop fréquent.
Quelques lettres reçues par l'OEuvre du « Vêlement du Prisonnier de Guerre » et dûment contrôlées quant à leur véracité, donneront une idée plus nette des misères subies.
« Monsieur, je prends la liberté de vous signaler le cas et la situation des prisonniers civils que je connais particulièrement et auxquels je ne puis venir en aide, ayant été obhgé de quitter mon domicile pour ne pas être pris par les Allemands. J'ai été très longtemps instituteur à Chiry-Ourscamp (Oise), et j'en connais tous les habitants. Presque tous ont été faits prisonniers le 2 octobre (1914) ; il y a des jeunes gens, mes anciens élèves et des vieillards de soixante-dix ans passés. Malheureusement on n'a pas de nouvelles de tous. Ils ont peut-être écrit à leurs familles, mais comme celles-ci sont dans
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la région encore occupée par les ennemis, ces malheureux ne peuvent avoir ni nouvelles des leurs» ni argent, ni vêtements. Ils sont partis avec les vêtements qu'ils portaient à cette époque, on ne leur a pas donné la permisson d'emporter le moindre paquet . C'est pourquoi je m'adresse à votre œuvre, espérant un adoucissement au pénible sort de ces prisonniers. Voici les adresses que j'ai pu avoir :
1. G. L. (suivent les détails de l'adresse à Chemnitz), cultivateur, 31 ans, marié, père de deux enfants. Réformé pour faiblesse de constitution.
« 2. M. B. (Sennelager) brossier, 21 ans, réformé pour maladie mentale. C'est un de mes anciens élèves: il est simple d'esprit, n'a jamais, malgré sa bonne volonté, pu apprendre à lire ni à écrire. Tremble et bégaie quand on le brusque. Son père a dû aussi être fait prisonnier : on n'en a pas de nouvelles.
« o. G. L. (Sennelager) cantonnier au chemin de fer, marié et père de famille.
Etc.. « Signé : M. B...;, ancien instituteur à Ghiry. »
« Chère Madame,
« Je viens vous demander de vouloir, s'il vous plez, chère Dame, d'envoyer des effets ou vêtements chauds à ma chère femme qui est prisonnier de guerre à Amberg (Bavière). Elle n'a pu emmener avec elle aucun effet, on ne leur en a pas donné le temps ; je ne puis la secourir ni les siennent non plus, ses parents sont aussi prisonniers à Amberg — j'ai été blessé grièvement par une balle et un éclat d'aubus.
« Nos pays sont envahis par l'ennemi depuis le commencement du mois d'octobre, il no reste rien,
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paraît-il, je vous en serais bien reconnaissant, chère Dame, de votre l)onté parce que ma femme est enceinte et je crois qu'elle ne va pas tarder avant que d'accoucher,
« C'est ce qui m'ennuie beaucoup de sentir, ma chère femme et toute ma famille dans ce pays aussi loing et sans ressource.
« Je désirerais de tout cœur de les voir rentrer en France en bonne saaté. Voilà bientôt sept mois, que je ne les ai pas vus, je trouve le temps très long sans savoir comment ils sont traités.
« Avec l'espoir que vous donnerer satisfaction à ma demande de votre envoie de vêtements chauds à mafemme,jevousen remercie beaucoup à l'avance de votre bonté.
« Recevez, chère Dame, mes sincères salutations.
« Ci-joint l'adresse de ma femme :
« Madame B..., prisonnier de guerre à Amberg, dépôt de Gefangen (Bavière). »
« Madame, je viens vous demander si vous ne pourriez pas envoyer à mon mari, prisonnier civil, quelques vêtements chauds car je suis dans l'impossibilité, étant de Douai, qui comme vous le savez a été bombardé par les Allemands. J'ai dû partir le 1" octobre presque sans argent avec peu de vêtements et seule car mon mari, âgé de 46 ans, a été pris comme otage par les Allemands, n'ayant pour tous vêtements que ceux d'été qu'il portait sur lui et peu d'argent ; aussi. Madame, vous devez bien comprendre qu'avec des vêtements légers et une maigre nourriture, passer l'hiver en Allemagne est bien triste.
« Donc, Madame, je vous serais reconnaissante si
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VOUS agréez favorablement ma demande. Agréez, Madame, mes sincères salutations.
« Voici l'adresse de mon mari : M. S..., prisonnier civil à Sennelager. »
« Monsieur le Directeur, je soussigné, P..., ai l'honneur de vous exposer ce qui suit : Hier j'ai eu la peine d'apprendre que mon père âgé de 80 ans était prisonnier de guerre actuellement et depuis le début des hostilités nous sommes sur la ligne de feu ; j'ai à ma charge depuis le 44 août, ma mère, un frère et une sœur, nous sommes absolument sans ressources et il nous est impossible de nous procurer quoi que ce soit. C'est pourquoi je viens vous prier de bien vouloir faire parvenir quelques vêtements chauds à mon père, ma famille et moi vous en serions très reconnaissants. Je vous prie de bien vouloir me faire savoir si Fœuvre peut accueillir favorablement ma demande.
(( Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, mes respectueuses salutations.
« M. P..., prisonnier de guerre à Zwickau »,
ft Madame, j'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance de vouloir bien ajouter à la liste des bénéficiaires de votre œuvre l'adresse de mon père : Monsieur R..., Kriegsgefangenen-dépôt à Amberg.
« Mon père est âgé de 67 ans et fut déjà prisonnier en 1870. Les Allemands l'ont emmené en captivité le 49 octobre dernier. Ma mère, dont je suis sans nouvelles depuis le début de la campagne.
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est restée seule au pays. Mon village esl toujours sous la dominalion allemande et de ce fait ma situation pécunière ne me permet pas d'aider mon père dans la mesure môme de l'indispensable. Dans l'espoir que vous accueillerez favorablement ma demande, je vous prie d'accepter. Madame, avec mes sincères remercîmenls, l'hommage de mon profond respect.
« Ingolstadt « Je soussigné, G.... âgé de 50 ans, je suis prisonnier cl me trouve sans ressources, n'ayant i)as de nouvelles de ma famille, J'ai été arrêté le 22 août me rendant à l'usine pour travailler. Je n'ai sur moi que les effets que je portais au moment où j'ai été arrêté. Je vous serais reconnaissant si vous pouviez m'adresser si c'est possible, un colis d'effets d'habillement comprenant un pantalon, une paire de chausettes une paire de souliers, pointure 42. Agréez, Madame, mes meilleurs souhaits.
G..., à Ingolstadt. »
« Monsieur, c'est un malheureux évacué du département des Ardennes qui ose s'adresser à votre bon cœur dans l'intention d'apporter un peu de soûlament à notre malheureux enfant, prisonnier civil en Allemagne.
« Contraints d'abandonner le peu que nous possédions, nous sommes partis tous les trois, moi, ma femme et notre fds Gabriel, mais en route celui-ci nous quitta pour prêter la main à un cultivateur de la môme commune qui s'enfuyait devant l'invasion en emmenant ses bestiaux. C'est ce qui est cause qu'il n'est pas avec nous en ce moment.
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« Nous sommes partis de chez nous avec très peu d'argent qui fut vite épuisé, notre fils n'avait pas un seul sou envers lui, devant nous accompagner, nous fûmes cinq longs mois sans savoir ce qu'il était devenu! Ce n'est que dernièrement qu'une de nos cousines reçut d'Allemagne une lettre de lui adressée chez eux, leur révélant sa détresse. Il est ùgé de ^3 ans ayant été réformé l'année dernière au régiment à la suite d'une pleurésie purulente dont il souffre toujours.
« Notre position actuelle ne nous permet pas de venir en aide à notre enfant comme nous le désirerions. C'est un père et une mère éplorés qui vous supplient de grâce de venir en aide à leur enfant. Monsieur le Directeur comprendra noire angoisse et voudra bien agréer à l'avance nos remercîments les plus sincères. »
Voici quelques détails sur la vie au camp de Holzminden, à travers les années de guerre... traitement et régime ne changent pas, qu'on en juge -.
1913 : « Les prisonniers qui sont internés dans ce camp, sans ressources, sont fatalement condamnés à l'épuisement, aux maladies incurables par suite de privations. Les menus d'une semaine qui se sont renouvelés régulièrement sont plus éloquents que tout ce qu'on pourrait dire au sujet de la nourriture qui est, non seulement insuffisante, mais de mauvaise qualité, préparée de façon malpropre. Pour la faire avaler, le cuisinier la poivrait à faire' venir les larmes aux yeux et il fallait mourir de faim
pour se décider à manger sa gamelle (assis sur sa paillasse ou à terre).
« Tous les jours, lever à 6 heures et distribution à chaque prisonnier de 200 grammes de pain K pour toute la journée.