‹ Rapatriés, 1915-1918Chapitre 9 sur 30 · Ridlrtin d,- l'Officr (l'Iii/urmatiun,^ <\6con\hre IWlti · texte numérisé non relu

Ridlrtin d,- l'Officr (l'Iii/urmatiun,^ <\6con\hre IWlti

1918 : « Holzminden, le 17 janvier 1918.

« Madame la Présidente du Vêtement du Prisonnier de guerre.

« Nous avons l'honneur de vous signaler l'arrivée au camp de quatre cents dames otages Françaises venant des pays occupés; nous vous serions reconnaissants de vouloir bien nous envoyer d'urgence un supplément de vivres pour faire face à nos nouveaux besoins.

(( Nous vous donnerons aussitôt que possible les résidences à communiquer aux Comités départementaux. Vous recevrez les noms snr les cartes individuelles.

« Agréez l'assurance de nos sentiments dévoués.

« Comité Français de Secours

Holzminden Franzôsisches Ililfscomités. »

En réponse à cet appel, l'OEuvre à laquelle il était adressé, expédiait d'urgence à Holzminden un envoi spécial de nourriture ainsi composé : riz au lait, corned-beef, bœuf aux légumes, chocolat, figues, etc..

La liste attendue donnait 394 noms de dames françaises et annonçait que 596 hommes avaient également été déportés et répartis entre divers camps d'Allemagne et de Russie...

Nous savons d'ailleurs, de bonne source, que les prisonnières sont toujours soumises dans ce camp de souffrance, au régime ordinaire, intolérable pour les femmes, recevant juste de quoi ne pas mourir de faim, et exposées, à une promiscuité plus que

pénible. De plus, la vermine y pullule, grâce à la mauvaise tenue des baraques : on y est dévoré d'insectes.

On trouve, dans les procès-verbaux d'enquête de la Commission instituée en vue de constater les actes commis par l'ennemi en violation du droit des gens (volume II), des détails probants sur les conditions dans lesquelles se sont constamment trouvés les prisonniers civils dans les camps d'Allemagne. Nous citerons quelques-uns de ces rapports à titre de confirmation des faits avancés plus haut.

« Lebel (Paul) âgé de 63 ans, cultivateur à Varredes :

« Je jure de dire la vérité.

« J'ai été arrêté par les Allemands, le 8 septembre, pendant que je portais de l'avoine à mes chevaux que j'avais cachés auparavant dans un bois. Après avoir passé la nuit au bord de la route, j'ai été conduit à Lizy et, en arrivant près de Coulombs, j'ai rejoint une colonne de prisonniers dans laquelle se trouvaient un certain nombre d'habitants de Varreddes, les sieurs Jourdaine, Liévin, Milliardet, Denis, Leriche, Combe, Favre et son petit-fîls, Croix, Vapaille, Terré, Ménil, Lacour et Roy. On nous a fait marcher à grands pas, en nous portant des coups de crosse, et ceux qui ne pouvaient pas suivre ont été massacrés. C'est ainsi que Jourdaine, Milliardet, Vapaille, Liévin, Terré ont été fusillés, d'après ce que j'ai appris, et que Ménil a été tué, en ma présence, à coups de crosse. Tous ces malheureux ont été sacrifiés parce qu'élant à bout de

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forcés, ils se trouvaient dans l'impossibilité de nous suivre.

«J'avais vu Jourdaine, MilliardetetLiévin tomber sur la route. Croix a disparu dans les environs de Chouy. Nous avons supposé qu'il avait été également exécuté.

« En quatre jours, nous n'avons pris que deux repas : l'un à Soissons, qui nous a été apporté par des dames delà Croix-Rouge française, l'autre à Chauny qui nous a été donné au petit séminaire par les habitants. C'est dans cette dernière commune que nous avons été embarqués pour TAllemagne, dans des wagons à bestiaux, à raison d'une quarantaine par voiture. Nous avons dû nous y tenir debout ou accroupis, faute de bancs. A un certain moment, avant le départ du train, un soldat allemand est monté dans notre wagon et nous a frappés violemment, sans motif, à coups de poing, à coups de pied et à coups de matraque. Le voyage a duré quatre jours pendant lesquels on ne nous a donné qu'une seule fois de la nourriture. C'était le troisième jour. J'ai été interné à Erfurl, d'abord pendant un mois dansla prison civile, puis au camp, dans un baraquement. A la prison, j'ai couché sur un matelas avec deux couvertures et j'ai reçu des vêtements de prisonniers, avec un changement de chemise et de chaussettes chaque semaine, au camp nous étions sur la paille avec une seule couverture.

« Le régime de la prison était à peu près le même que celui du camp ; il se composait, le matin, d'une imitation de café dans laquelle il y avait un peu de lait; à midi, de pommes de terre, de lentilles ou de choux et le soir, d'une demi-ration de bouillie de

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farine d'orge ou d'avoine ressemblant à delà colle: enfin, chaque jour, nous recevions une boule de pain noir pour trois prisonniers, ce qui faisait i\ peu près :ioO grammes pour chacun.

« Au camp il n'y avait plus de lail (hms !•' café.

« Le ::iO novembre, on m'a fait quitter Erfurt pour me transférer au camp de Langelsalza. Là, nous étions logés sous la tente et nous couchions sur une paille infecte. La nourriture était très mauvaise. Nous n'avions plus jamais de pommes de terre. Le matin, nous recevions une infusion imitant le café • à midi, des carottes, des betteraves, des choux ou des navets; le soir, de la colle. A Langelsalza comme à Erfurt, nous n'avons mangé d'autre viande que des filaments très rares de conserves hachées et mélangées avec nos légumes.

«Dans les deux camps, nous étions confondus avec les soldats prisonniers, et ceux-ci étaient soumis au même régime que nous.

« Nous étions dévorés par la vermine et il y avait parmi nous beaucoup de malades dont la plupart souffraient des voies respiratoires. Notre concitoyen Denis est mort, le 24 octobre à Erfurt...

« En revenant, j'ai passé une semaine au milieu delà vermine, dans les casemates de Rastadt. Là, on nous donnait un peu de viande à midi... * »

« M"»" Leloup (Alicia), veuve Nicolas, âgée de quarante deux ans, de Pareid (Meuse) et Orbion (Juliette), femme Ambroise, âgée de vingt-trois ans, de Saint-Hilaire (Meuse) ont été internées, du 20 octobre au 30 janvier, au camp d'Amberg. Elles ont

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