‹ Raphael d'Urbin et son père, Giovanni Santi (volume 4)Chapitre 18 sur 76 · ARCHITECTES ET SCULPTEURS · texte numérisé non relu

ARCHITECTES ET SCULPTEURS

ticulièrement la cheminée de la grande salle. Quant à l'opinion de Baldinucci, qui prétend que ces reliefs, avec les encadrements de fenêtres , ont tous été exécutés par maître Baroccio le vieux, d'après des dessins de maître Francesco di Giorgio, il ne faut l'admettre qu'avec une extrême réserve; car nous verrons que Baroccio était un artiste très-distingué et qu'il travailla constam-, ment à la décoration ornementale du palais.

Francesco di Giorgio , outre ses bas-reliefs et ses machines de guerre, exécuta encore, comme le rapporte Vasari, deux portraits du duc Federico; l'un peint sur un panneau, l'autre dans un mé^ daillon; en outre, on peut lui attribuer un troisième portrait du même duc, bas-relief en pierre, qui, comme nous l'avons déjà dit , est encore dans le meilleur état de conservation , et qui se tx'ouve dans la colonnade de la cour du palais.

Il y a quelques renseignements utiles concernant ce maître dans les Lettere Sanesi, vol. III, p. 61-124 ; dans les Italienischen Forschungen de C. F, von Bumohr, vol. II, p. 182-200; dans VElogio storico di Giovanni Santi de Pungileoni, p. 79; dans le Giornale Arcadico, année 1823, n° XVIII, contenant quatre lettres du professeur G. del Rosso, relatives à notre architecte ; enfin, dans le Stuttgarter Kunstblatt du 27 octobre 1836 et du 26 janvier 1843, où se trouvent de nouvelles recherches parle D'^ Gaye et Alfred Reumont.

A juger le mérite du maître dans les différentes branches de l'art, on peut dire que ce fut un architecte excellent, surtout dans les travaux de fortifications , un bon sculpteur, mais un peintre de moindre importance.

En effet, les deux tableaux de ce maître, qui sont actuellement dans la collection de l'Institut des Beaux-Arts, à Sienne, ne sont pas faits pour donner une haute opinion de son talent de peintre.

L'un de ces tableaux, signé : FRANCISCO GEORGII PINXIT, représente une Nativité. La Vierge est pieusement agenouillée devant l'enfant Jésus couché à terre, et deux anges sont derrière elle ; à gauche, saint Bernard et saint Ambroise sont également en adoration à genoux. Selon Lanzi, ce tableau était autrefois en la

possession de l'abbé Ciaccheri. L'autre tableau, conservé à l'Institut de Sienne, provient di Monte Oliveto Mag-giore, près Chinsuri. D'après une note du maître, il aurait été exécuté en l'année 1474. Cette grande composition représente le Couronnement de la Vierge entourée d'anges et de saints. L'ensemble général des deux tableaux est peu agréable , le dessin dur et souvent trèsincorrect; les couleurs, jetées, pour ainsi dire, d'une manière criarde, l'une à côté de l'autre, sont à peine adoucies par le ton brun des ombres de la carnation. Le caractère des têtes manque de beauté, et leur expression de cbarme. Malgré les défauts de ces deux tableaux, on est forcé cependant d'y reconnaître un artiste de talent et de conviction.

IV. Ambrogio d'Antonio Baroccio da Milano , était l'habile sculpteur que le duc Federico fit venir de Milan pour la décoration de son palais. Giovanni Santi, dans sa Chronique rimée, en parle ainsi :

Ambrosio da Milan di cui è'n palese

Li mirabil fogliami, ond egli agguaglia

Gli anlichi in eiô : cum le lor menti accese

Hor de clii pinse sculpse : pinge et intaglia L'opère nel mondo ognhor se vede e mira El nome loro in quanto grado saglia.

Dans un acte judiciaire où il comparut comme témoin à la publication du testament du défunt Giovanni Santi, il est dit : En présence magistri Ambroxii lapicidœ et sculptons egregii. — Il se trouve encore nommé sculptor lapicida dans un acte notarial du 18 février 1502.

On pourrait conclure de là qu'il exécuta- principalement les chambranles des portes et des fenêtres , les chapiteaux des colonnes et d'autres sculptures d'ornement, qui sont véritablement d'une grande beauté et qui peuvent encore aujourd'hui servir de modèles dans la libre imitation de l'antique.

Maître -Ambrogio était le chef de la famille Baroccio à Urbin, de laquelle sortit le célèbre peintre Federico Baroccio; mais,

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comme P. Vernaccia est tombé dans plusieurs erreurs graves au sujet de cette famille, nous empruntons, à titre de correctif, le passage suivant à l'ouvrage de Pungileoni :

« A Urbin, il y eut alors plusieurs familles du nom de Baroccio, et aussi plus d'un Ambrogio da Milano ; mais ni les uns ni les autres n'étaient liés de parenté avec la famille de notre artiste. Celui-ci avait deux fils et trois filles. Valerio, qui paraît avoir survécu à son frère , était sans doute un enfant naturel. Marié avec ApoUina, il eut un fils du nom de Marc Antonio, lequel fut docteur en droit, et qui, en qualité de juge au service du duc, coopéra à la réformation des statuts de la ville d'Urbin. Valerio eut en héritage toute la belle fortune de son père. Sa sœur Girolama ne se maria point et vécut près de lui dans sa maison. Les deux autres sœurs épousèrent, en 1502, les deux frères Genga; l'une, Catterina, le peintre Girolamo, et l'autre Elisabetta, Niccolô Genga.

« Marc Antonio eut trois enfants. Safille Camilla épousa le chirurgien Bernardino di M° Agostino; son fils Gian Alberti n'est connu que de nom; son autre fils Ambrogio, appelé le jeune, est qualifié de ser dans les actes notariés, ce qui annonce un personnage de distinction. Il avait, dit-on, une grande habileté pour la confection des instruments de mathématiques. Ses fils se nommaient Simone et Federico; le dernier est l'illustre artiste qui s'est fait un si grand nom dans l'histoire de la peinture. Il est toutefois déplorable qu'au heu de ramener l'art de son temps à des principes plus simples, le Baroccio ait été lui-même un des plus maniérés entre tous les peintres ses contemporains. »

V. Maestro Giorgio Andreoli , da Gubbio, modeleur et peintre, fut reçu en 1498 au rang de bourgeois noble de Gubbio. Il était fort apprécié par les ducs d'Urbin, ainsi que le rapporte Giov. Batt. Passeri, dans sa Storia de fossili (p. 308). Quant aux ouvrages qu'il exécuta pour eux, il ne s'est pas conservé de renseignement sûr, qui nous les fasse connaître. Mais néanmoins on peut citer un tableau qui se trouve dans la sacristie de l'éghse du couvent S. Cliiara, à Urbin; c'est un panneau long, peint à la

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détrempe, avec de magiiiliques édilices, d'une Ijelle perspective. On le regarde comme un présent du duc Federico, et il est erronément attribué au Bramante. Le monogramme MG. FC, qu'on y remarque, indique suffisamment que c'est une œuvre de maître Giorgio. Ce tableau représente un édifice rond, avec des pilastres et une petite lanterne assez semblable à un baptistère. A droite et à gauche, on aperçoit en perspective deux rues, avec quelques superbes palais à arcades ouvertes , décorés de pilastres dans le goût antique.

Sur le fronton d'un de ces palais, on remarque une inscription grecque presque effacée et le monogramme rapporté ci-dessus.

En somme, cette peinture donne une idée avantageuse des connaissances et du goîit arcbitectoniques de maître Giorgio; aussi ne saurait-on nier que ses édifices ont quelque ressemblance avec ceux du Bramante, sans offrir toutefois la même beauté de proportion et la même pureté de style.

Nous citerons encore deux ouvrages plus importants du maître, exécutés en 1511 . Ce sont deux autels en terre cuite, avec de hauts reliefs colorés : l'un se trouve dans la chapelle de la maison Bentivogli, comme le rapporte Giov. Batt. Passeri ; l'autre était autrefois dans la chapelle de la Madonna del Rosario dans l'église des Dominicains, à Gubbio; il représente, dans un motif architectonique, la sainte Vierge debout, avec beaucoup de figures à genoux qui s'abritent sous son manteau. Dans la partie cintrée du haut se trouve Dieu le Père bénissant, entouré de têtes d'anges. Les détails de l'architecture sont richement ornés de fruits et de feuillages. Cet ouvrage présente tous les caractères de l'époque florissante de l'art à la fin du quinzième siècle , sans égaler pourtant le dessin correct et la finesse des peintures émaillées de Luca délia Robbia. Lors de l'envahissement de l'Italie par les Français, ce curieux ouvrage fut démonté pour être transporté plus facilement. Néanmoins, on ne l'emporta point, et les morceaux restèrent là jusqu'à ce qu'ils furent achetés, en 1836, pour l'Institut des Beaux-Arts de Staedel, à Francfort-sur-Mein.

On paraît aussi attribuer à maître Giorgio la belle terre cuite

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de la porte principale de l'église des Dominicains, à Urbin; cette attribution devrait toutefois être soumise à un examen plus attentif. %

On rencontre souvent, de ce maître, des peintures sur majolica; Passeri en énumère plusieurs, avec son monogramme M. G. et une date, depuis 1519 jusqu'à 1537. Nous avons vu un beau plat représentant un Apôtre d'après Raphaël et portant cette marque JM. G. 1525, dans la riche collection du chevalier Dom. Mazzi, à Pesaro.

YI. Maestro Francesco Papa, sculpteur. — Le notaire Simone Vanni nous a conservé, dans son procès-verbal du 25 mars 1462, un précieux renseignement, qui constate que chaque profession d'arts et métiers avait son chef dans le comté d'Urbin ; car on lit, dans ce procès-verbal :

Ser Dorainlcus de Anfaldls Capifaneus Doctoinim, Notariorum et Litteratorum.

Magister Franciscus Antonii Prioris Capitaneus Pictorum et Figulorum,

Magisler Franciscus Papa Capitaneus Magislrorum petrœ, etc.

Ce dernier, Franciscus Papa, chef de la corporation des maîtres sculpteurs en pierre, exécuta, avec maître Antonio di Simone, les corniches, les frises et les voûtes du petit vestibule de l'hôpital des vieillards infirmes, ainsi que sept colonnes à chapiteaux pour la cour de cet hôpital , ce qui est consigné dans le Livre rouge de la confrérie S. Maria délia Misericordia, p. 245.

VIT. Maestro Jacomo, de Florence, maître de tarsia ou d'ouvrages de marqueterie, travaillait, en 1473, à la décoration de la salle de la confrérie de S. Maria délia Misericordia, ainsi que le rapporte le livre des archives de cette confrérie , dans lequel on lit, fol. 173 : « 1473, 2 sett., fior. 7. contanti per noi a maestro

Jacomo fiorentino maestro di tarsia per parte del lavoro de

l'audientia. »

Comme il y a au palais d'Urbin, ainsi qu'au palais de Gubbio, des chambres décorées d'ouvrages de marqueterie, dont les premiers, comme nous l'avons déjà démontré , ont été exécutés en

l'année 1476, et les derniers en 1482, il nous paraît vraisemblable que ces ouvrages proviennent du même maître.

YlII. Maestro Clémente. — Selon Pungileoni , il était trèshabile fondeur, et ce fut lui qui coula en bronze sept médaillons, dont six représentaient des scènes de la vie du duc Federico, et le septième une Descente de croix, mais dont aucun ne se trouve aujourd'hui dans le palais d'Urbin.

QUI ONT TRAVAILLl^ A URBIN OU DANS SES ENVIRONS JUSQUE VERS LA FIN DU QUINZIÈME SIÈCLE.

I. GiuLTANO DA RiMiNi. — Oii coiiiiaît de lui un Christ en croix, peint sur panneau, grossier et vraiment barbare-, dans la manière de Margberitone ; lequel se trouve dans la chapelle de l'archiconfrérie de S. Giovanni decollato, à Urbania (autrefois Castel Durante); ce tableau, qu'on vénère beaucoup dans le pays, est dans un parfait état de conservation. Aux extrémités du haut de la croix, sur laquelle est attaché le Christ, la tête penchée et les genoux ployés, il y a des médaillons, dont le plus élevé représente le Père Eternel à mi-corps, et les deux autres la Vierge et saint Jean l'Evangéliste. Sur la croix, dans le bas, se lit l'inscription suivante : IVLIANVS. PICTOR. DA. ARIMINO. FECIT. HANNO. MCCCVn.

II. GuiDO Palmeruzzi paraît être de l'école du Giotto; dans tous les cas, il s'en rapproche par son style. Il peignit à fresque en 1345, dans la maison de ville, à Gubbio, une Vierge avec l'enfant Jésus, ayant à ses côtés saint Ubaldo et saint Jean-Baptiste. Il est à regretter que cette peinture ait tant souffert par l'incurie. (Voyez, à ce sujet, le Giornale Arcadico, t. XXXII, p. 359 de l'année 1826.)

III. GiULiANO. — Dans le livre des archives de S. Croce, à Urbin, des années 1363 à 1420, on lit :

u 1360 oct. Ebbe Giuliano dipintore fior. 25 per dipingere ne la Fraternilà.

« 1367. A Giuliano depentore per cagione clie deponse en lo nostro luoco fîor. 3. »

Peut-être ce Giuliano est-il le même peintre originaire de Fabriano , auquel Lanzi , d'après un document dans les archives de l'église collégiale S. Niccolô de Fabriano, attribue deux tableaux, dont l'un se trouvait chez les Dominicains et l'autre chez les Capucins de la même ville. Mais aucun de ces tableaux n'a été conservé; il en est de même du maître -autel de l'église S. Francesco, exécuté à Urbin en 1391, mais dont l'auteur n'est pas connu.

IV. Antonio Alberti da Ferrara vécut assez longtemps à Urbin, et fit des peintures, au commencement du quinzième siècle, pour l'église des Franciscains de cette ville; mais ces peintures n'existent plus. On a seulement conservé un fragment d'un autel, dans le style gothique, représentant la Vierge et des saints, lequel se trouve dans la sacristie de l'église S. Bernardina (autrefois S. Donato), près d'Urbin; ce panneau porte cette inscription : « 1439. Antonius de Ferraria. p,» Bernardino Baldi, dans un ouvrage manuscrit qui est à la bibliothèque Albani, parle de cette Vierge en ces termes : « Antonio da Ferrara, il quale ha dipinto l'ancona che è nel coro de' Frati di S. Bernardino, dipingeva nël 1430, il quale dipinse lé cappelle de' Signori a S. Francesco. » Toutefois , cette peinture ne donne point une idée avantageuse du talent d'Antonio. On sait qu'il mourut avant le 25 novembre 1449.

V. Ottaviano diMartino Nelli, de Gubbio, né vers 1370, mourut vers 1444. Les ouvrages qu'il exécuta, en 1400, àPérouse, lui valurent la faveur d'être inscrit dans la matricule des peintres de Portasole de cette ville. En 1403, il peignit, pour la famille Pinoli, un tableau à fresque dans l'église S. Maria Nuova, à Gubbio, où l'on garde précieusement ce tableau, mis sous verre, et d'ailleurs bien conservé. C'est une Vierge assise, portant un riche vêtement brodé d'or, et tenant sur ses genoux l'enfant Jésus, qui est dans l'attitude de la bénédiction. Quatre petits anges autour d'elle jouent de divers instruments , et deux autres étendent derrière elle un tapis rouge tissé d'or. A gauche, saint Pierre debout, et

à droite le saint abbé Antonius qui présente à la Vierge les donateurs (un liomme et une femme; figures de petite dimension). Dans la partie supérieure du tableau, le Christ, entouré de chérubins , élève une couronne au-dessus de la tête de sa divine Mère ' . La suave exécution de cette peinture répond au caractère gracieux des figures de la Vierge et des anges; elle semble justifier la tradition qui veut que maître Ottaviano ait été l'élève du célèbre peintre en miniature , Oderigi da Gubbio , avec qui le Dante se lia lors de son séjour dans cette ville % et qu'il a immortalisé dans ces vers du chant XI de son Purgatorio ;

0, diss' io lui, non se' tu Oderisi

L'onor d'Agobbio, e l'onor di quell' arte Ch' alluminar è chiamata in Parisi?

Frate, diss' egli, più ridon le carte Che pennelleggia Franco *Bolognese :

L'onore è tutto or suc, e mio in parle.

Ben non sarè' io stato si cortese Mentre ch' io vissi, per Io gran disio Dell' eccellenza, ove mio core intese.

Di'tqil superbia qui si paga il fio.

Maître Ottaviano Martini était déjà établi à Urbin en l'année 1420, ce qui résulte d'un acte du notaire Antonio di Gubbio en date du 23 avril 1420, où est cité le Magnificum Spect. Magistrum Octavianum Martini pictorem de Eugubio habitantem nunc in eiv, Urbini, etc. Plus tard, on retrouve son nom dans le livre de la confrérie S. Croce aux années 1424 à 1433, parce que ce peintre avait loué un logement dans une maison appartenant à cette confrérie.

Gualandi , dans son ouvrage déjà cité , a publié en outre une

1. posini, daas sa Slon'a délia pillura ilaliana, en clonue une gravure, pj. pcj. — Michel Angelo Giialdiui, clans sa Raccolla di letlere piUuriche {Bnlognai, 1844), a publié encore quelques notices sur les ouvrages de ce maître.

2. Près de TArco del Dante, à Gubbio, on lit encore cette inscription coinméiuorative :

HIC MANSIT DANTHES ALEGHIEHIVS POETA BT CAUJIINA SCRIPSIT. FeDERICVS PALCVTIAS VIKTYTI ET

posTEHiTATi posv.T.Ou racontc, en effet, que le Dante composa deux chants de la Divine Comédie dans la maison de campagne de Falcutio.

lettre inédite d'Ottaviani Nelli, du 30 juin 1434, adressée à la duchesse Catterina d'Urbin, dans laquelle le peintre s'excuse de ne pas avoir pu encore exécuter à Saint-Érasme, église à quatre milles de Gubbio, une fresque que la duchesse lui avait commandée et qu'il promit de faire le plus tôt possible. Cette église de Saint- Érasme ayant été badigeonnée entièrement, on n'y voit plus trace de peinture.

VI. LoRENzo et Jacopo di San Severino exécutèrent en collaboration des peintures à fresque dans l'oratoire de S. Giovanni Battista à Urbin , peintures qui en partie sont encore bien conservées. Le sujet principal, qui représente le Crucifiement, offre quelques beautés de détail, que déparent le mouvement exagéré des figures et l'inexpérience des raccourcis. Dans le Saint Jean prêchant et dans le Baptême du Christ, qui sont deux tableaux plus petits, on remarque beaucoup de têtes expressives; ce sont sans doute des portraits des bourgeois de la ville. Le dessin du nu est maladroit et la couleur dure. Cependant les différents sujets empruntés à la vie de saint Jean-Baptiste sont traités d'une manière très-inégale; ainsi, par exemple, la Naissance de saint Jean-Baptiste et le Baptême du Christ accusent le style du quatorzième siècle , et pourraient être attribués à Lorenzo , lequel avait réellement plus de talent que son jeune frère Jacopo, dont les tableaux, entre autres la Prédication de saint Jean, offrent pourtant les caractères d'un art moins gothique. Sur les peintures on lit : ANNO. DOMINI. MCCCCXVI. DE XVIII. IVLII. LAVRENTIVS. DE. SANTO. SEVERINO. ET. lACOBVS. FRATER. EIVS. HOC. OPVS. FE- CERVNT.

Il est incontestable que Lorenzo était le plus habile des deux frères, comme on peut en juger d'après un tableau d'autel, qui est dans la sacristie de l'église S. Lucia à Fabriano, et qui porte cette inscription : lavrentivs. ii. severinas. pîsit. C'est une Vierge sur fond d'or ayant sur ses genoux l'enfant Jésus , qui met un anneau au doigt de sainte Catherine de Sienne , agenouillée devant lui. Saint Dominique, en admiration, est debout derrière la sainte; adroite, saint Antoine, évêque de Florence, avec le

388 REiNSEIGNEMENTS SUR LES PEINTRES.

' bienheureux Constanzo, à genoux auprès de lui. Cette scène est dominée dans le haut par un chœur d'anges qui jouent de divers instruments. Des fleurs et des fruits sont déposés sur les marches du trône, comme symbole des joies terrestres. Les contours du dessin, qui sont très-vigoureux, manquent de correction; les formes ne sont pas toujours belles ou étudiées, mais les têtes sont pleines de vie et de charme.

Les peintures à fresque qu'on voit dans la chapelle collatérale, ou plutôt de l'ancienne église S. Niccolô de Tolentino, à Tolentino, et qui représentent l'histoire du patron de cette église, pourraient bien être aussi l'ouvrage des frères San Severino. Mais on doit déplorer que ces peintures aient beaucoup souffert et qu'elles soient en grande partie repeintes ; cependant les Évangélistes et les quatre Pères de l'Eglise qui ornent la voûtC;, sont encore dans un état passable.

Vil. Gentile da Fabriano peignit, depuis le commencement du quinzième siècle jusque vers 1450, tant à Venise, à Florence et à Rome, que dans le duché d'Urbiu, principalement à Gubbio et dans la Marche d'Ancône, comme le rapportent Vasari et d'autres écrivains. Ce maître fut très-célèbre de son temps, mais toutefois bien peu de ses ouvrages se sont conservés jusqu'à nos jours.

Pendant l'occupation française, son célèbre tableau représentant une Madone fut enlevé de dessus l'autel de la Romita in Val di Sasso, et transporté à Milan, tandis que trois autres tableaux, qui accompagnaient celui-ci et qui représentent Saint Jean-Baptiste et quelques saints Franciscains, passèrent dans la collection du comte Rosei, à Fabriano ; mais ces quatre tableaux ne sont pas de la même beauté que l'Adoration des mages , qui est exposée dans la galerie de l'Académie de Florence, et dont une gravure a été pubhée dans la description de cette galerie.

Selon une ancienne version, le tableau de l'autel de la Romita représentait le Couronnement de la Vierge entourée de saint Jérôme, de saint François, de saint Dominique et de sainte Marie- Madeleine. (Voy. Memorie storiche de/ le Arti e degli Artisti délia

RENSEIGNEMEiNTS SUR LES PEINTRES. 389

Marca di Ancona, del marchesc Amico Ricci. Macerata 18o-i. Tome I. pp. 145 et 152.)

Un tableau de ce maître, représentant un Christ en croix, fut vendu à Ancône, il y a peu d'années.

Un autre Couronnement de la Vierge, sur fond d'or, ainsi qu'un Saint François recevant les stigmates , peint sur le revers du panneau, était autrefois en grand honneur à Fabriano; on les portait, par la ville, dans les processions aux grandes fêtes. Nous les avons vus, en 1833, dans la maison Bufera, à Fabriano.

Ces indications peuvent suffire, puisque nous ne devons citer que les ouvrages du maître qui se trouvaient dans les environs d'Urbin, et qui furent probablement étudiés par Giovanni Santi et par Raphaël.

Nous sommes forcé d'omettre beaucoup de peintres dont les noms se trouvent mentionnés dans de vieux registres ou dans des actes publiés de 1421 à 1479, mais qui sont tout à fait inconnus, du reste, et dont les ouvrages ne se sont pas conservés. (Voyez P. L. Pungileoni, Elogio storico di Giovanni Santi, pp. 47-51.)

VIII. Maître JusTUS de Gand. — Il paraît que cet élève des frères van Eyck a visité plusieurs fois l'Italie, car nous trouvons, dans le couvent de S. Maria in Castello, à Gènes, un tableau à la détrempe peint par lui sur le mur d'un corridor et représentant l'Annonciation, figures de grandeur naturelle. Ce tableau, signé : Jvstus de Allemagna pinxit 1451 . E . R. D. Z . , est traité dans la manière des van Eyck. Plus tard;, en 1474, maître Justus de Gand reçut de la confrérie del Corpo di Cristo la somme de 300 ducats, pour le tableau que cette confrérie lui avait demandé ; les dons destinés à faire exécuter ce tableau d'autel avaient été déjà recueillis depuis 1463. Les documents suivants, qui se rapportent à ce tableau, sont inscrits dans le livre B de la confrérie :

Au feuillet 4 : « 1463. Marzo 31. Giovanni de Luca altram. Zaecagna deve dare fiorini 33 e bol 22 délia promessa che fece per la tavola. »

Feuillet 33 : « 1468. Trc partite pagate per l'elemosina pro-

messa per la tavola a conto di Battisto (di maestro Agostino Sàiitucci medico). »

Feuillet 75 : « 1474. Marzo 7. Fiorini 15 d'oro dati dal conte Federico per aiuto délia spesa délia tavola a Guido di Mengaccio per la fraternité. »

Feuillet 73 : « 1474. Ottobre 25. Fiorini 40 e bologn. 33 1/2 spesi in pezzi 4700 d'oro battuto per la tavola » (pour la dorure du cadre).

« A di d". Fiorini 300... A maestro Giusto da Guanto depintore per fiorini 250 d'oro à lui promessi per sua fatica per depingere la tavola délia fraternité. »

Feuillet 74, au verso : « A di d". Fiorini 250 d'oro, li d. sonô per tanti che Guido di Mengaccio ha dato contanti a maestro Gitisto da Guanto depintore per la promessa gli fu fattà per dipingere la tavola. Avemone el queto per ma,no di ser Francesco di Pietro da Spelle, et anche è accesa la scripta tra noi e maestro Giusto, et è in mano di Giohanni di Luca perché non fece el dovere, e da noi fu intieramente pagato a conto di Guido in questo a carte 73. Lire 600. »

Ce tableau d'autel fut placé, après la sécularisation de la chapelle de la confrérie, dans l'église de Sainte-Agathe, à Urbin, où il est encore; il représente la Cène. Le Christ, debout devant la table, dans une vive attitude, distribue la sainte hostie aux apôtres agenouillés autour de lui. Saint Jean apporte le vin; deux anges l'aident à faire le service. Dans la salle, qui ressemble à une église, figure aussi le duc Federico avec deux personnes de sa suite ; un homme, la tête couverte d'un turban, se tient auprès de lui. Selon Baldi, ce serait l'ambassadeur* que le schah de Perse, Ussun Cassan, envoya aux princes de l'Europe pour les coahser contre Mahomet II, et qui vint à cette époque (1474) à la

1. Il s'appelait Caiherino Zeno; il était natif de Venise, et il fut envoyé, en 1472, par la République, en mission diplomatique à la cour de Perse. Lorsque Zeno revint de cette mission vers 1474, Ussun Cassan l'accrédita comme ambassadeur de Perse près les cours chrétiennes. (Voy. Sismondi, Histoire des Républiques italiennes, t. t, p. 375.)

cour d'I'rbin, circonstance dont le duc Federico voulut perpétuer le souvenir dans ce tableau.

L'ordonnance de cette composition est d'une beauté remarquable; elle offre de grandes masses; elle est riche en motifs pittoresques ; les caractères des têtes sont pleins de dignité ; oïl ne peut critiquer que le mouvement trop forcé de la figure du Christ.

Le dessiti en général et surtout celui des mains est très-distingué; le coloris, vigoureux et limpide, est assez analogue à celui de Hugo van der Goes, dans ses tableaux de Florence.

Ce superbe tableau, d'environ dix pieds carrés, est généralement bien conservé; il semble seulement avoir un peu souffert de la sécheresse. Autrefois il était accompagné d'un gradin représentant les Miracles du Saint-Sacrement.

Ce renseignement se trouve dans un manuscrit des archives dé la confrérie del Corpo di Cristo. Ce manuscrit , intitulé : « Descrizione délia antica Chiesa fait a d'o7^dine del Sig. D. Lattanziô Valentini Priore, e di tutta la sua suppellettile, n nous fournit le détail suivant : « Il cjuadro dell' altar maggiore è dei primi che si dipingessero a olio in tavola rappresentante la Cena degli Apostoli è di mano di Giusto Tedesco pittore habitante in Urbino del tempo del duca Federico Monfeltrio, la cui effigie in esso è dipinta, ed anche dell' istesso pittore, e d'altri. L'ornamento è di legno indorato antico con la base in cui si vedono alcuni miracoli del SS. Sacramento. »

Justus de Gand peignit aussi une bannière pour la même confrérie, et, d'après la mention qui en est faite dans le livre B de la confrérie, on peut croire que ce fut par reconnaissance, vu qu'il est question de sa peinture, mais nullement de payement. Voici le passage en question :

Feuillet 82. a 1475. Giugno 5... E più tela a maestro Giusto depentore che diceva voler fare un insegna bella per la fraternità. » Mais cette bannière s'est perdue, aussi bien que le gradin dont nous avons parlé plus haut.

Quoique l'on ne puisse pas prouver que le séjour de Justus de

Gand à Urbiii ait eu une influence directe sur les peintres de cette ville, il s'est pourtant conservé quelques tableaux qui, quoique peints par des Italiens, présentent quelques points de ressemblance avec la manière de l'ancienne école des Pays-Bas. Entre tous ces tableaux, il faut en citer six, de forme allongée, représentant des figures isolées d'apôtres debout dans des niches, que Michel Dolci attribue sans raison à Pietro délia Francesca, mais qu'un écrivain allemand restitue à un élève de van Eyck. (Voy. Muséum du 2 déc. 1833.) En outre, il y a, dans la sacristie de l'oratoire S. Giovanni Battista, à Urbin, un tableau à la détrempe, composition faible d'ailleurs, où se fait sentir incontestablement l'influence néerlandaise.

IX. Paolo Uccello de Florence peignit aussi pour la confrérie du Corpus Uomini, à Urbin, comme on le voit dans le livre B, feuillet 34 de cette confrérie : « 1468. Agosto 10. Batista di maestro Agostino Santucci (medico) duc. due d'oro a Paulo Uccelli. » Paolo Uccello est encore cité ainsi plusieurs fois, par exemple feuillet 44 : « 1468. Ottob. 31. Fiorini tre a Paulo Uccelli e fiorini doi quando tornô da Fiorenza, etc. » Malheureusement il n'existe plus rien de ses ouvrages à Urbin.

X. Pietro della Francesca, de Borgo di San Sepolcro, demeurait, en l'année 1469, chez Giovanni Santi, suivant le livre B, ci-dessus cité, f" 51. « 1469 aprile 8. Bolognini 10 dati a Giovanni di Santé da Colbordolo per fare le spese a maestro Piero del Borgo ch'era venuto a vedere la tavola per farla a conto della Fraternità. »

Au nombre des tableaux que Pietro della Francesca exécuta alors à Urbin , il faut rappeler, les portraits déjà cités du duc Federico et de son épouse Battista Sforza , qui sont maintenant dans la galerie de Florence. Ils appartiennent à un diptyque, dont les volets offrent à l'intérieur les deux portraits vus de profil, avec des fonds de paysage. Sur le revers du panneau avec le portrait du duc, on voit représenté ce prince couronné par la Victoire et assis sur un char triomphal que traînent des chevaux guidés par l'Amour, avec ces vers latins :

(-lanis iiisigni velulur Irioinpho, Queui parem summis ducibus ijerliennis Faïua vii'[ulum célébrât decenler Sceptra tenentem.

Sur le revers de l'autre panneau, la duchesse, également assise sur un char, a devant elle les trois Vertus théologales, et deux autres figures de femmes derrière elle. Le char est traîné par deux licornes et conduit par l'Amour. Ces vers latins sont inscrits sur le panneau :

Que modum rébus tenuit secundis Coniugis magni decorata rerum, Laude gestarum volitat per ora Cuncta virorum.

Maître Pietro peignit encore^ à Urbin , un petit tableau allégorique, qui;, selon la tradition, aurait été donné par le duc Federico à la sacristie de la cathédrale. Ce tableau représente la Flagellation du Christ devant Pilate; au premier plan, on remarque trois jeunes seigneurs, dont l'un, à droite, est vêtu d'une riche étoffe de brocard d'or, traitée dans la manière néerlandaise. Auprès de ces jeunes gens, on lit ces mots : Convenerunf inunum. Ce serait, dit la tradition, une satire contre trois princes ennemis du duc. Ge petit tableau, très-délicatement exécuté, porte encore cette inscription : OPVS PETRI DE BVRGO SGI SEPVLGRI.

On trouve encore des tableaux plus importants de ce maître à Arezzo et dans sa ville natale ; comme Vasari ne les cite que très-superficiellement, nous en donnerons une description plus complète.

Il faut d'abord citer, parmi les ouvrages de sa jeunesse, les peintures de l'autel , dans la sacristie du Dôme , à Gittà di Borgo di San Sepolcro. Le sujet principal est le Baptême du Ghrist; les tableaux qui forment pendants de chaque côté représentent les apôtres saint Pierre et saint Paul. D'autres petites figures de saints ornent, en outre, l'architecture de l'autel, et le gradin est décoré d'un Crucifiement, avec quatre sujets empruntés à la vie de saint Jean-Baptiste. C'est un faible ouvrage du maître. Selon

la traduction allemande du livre de Vasari, le tableau principal du milieu serait seul de Pietro; les autres, exécutés par une main inconnue, auraient été en partie repeints.

Le tableau d'autel, qu'on voit dans le chœur de l'église de Sainte-Marie des P.P. Serviti, est déjà meilleur que les précédents, quoiqu'il appartienne encore à la première manière dii peintre. C'est une Assomption de la Vierge. Elle est assise, vêtue de blanc, sur un trône, entourée de deux chœurs d'anges; c'est uue belle figure, et la tête est remplie de grâce. Les apôtres jettent des regards étonnés dans le tombeau d'où elle vient de sortir. Dans le haut, on voit le Christ avec les patriarches et les prophètes.

On trouve, dans la sacristie de la même église, d'autres tableaux qui faisaient sans doute autrefois partie de l'autel ; ce sont deux volets représentant saint Jean-Baptiste et saint Antoine, saint Paul et sainte Lucie; dans deux médaillons du haut, on voit les deux personnages de l'Annonciation, en demi-figures.

Le meilleur ouvrage de Pietro est, sans contredit^ la grande peinture à fresque qui couvre la muraille dans le magasin actuel du mont-de-piété de la ville. Le Christ, sortant de son tombeau avec la bannière triomphale, est une figure véritablement grandiose et digne. Les quatre soldats endormis ^ au premier plan, témoignent d'une grande intelligence de dessin et de modelé dans leurs raccourcis. Les têtes sont d'une vérité étonnante , et l'exécution générale de la fresque est magisti^ale.

A l'oratoire de l'hôpital de Borgo di San Sepolcro ^ il y a aussi un excellent tableau d'autel, du même peintre. Le sujet principal est une Madouna délia Misericordia ou del Popolûi Aux deiix extrémités du manteau flottant de la Vierge sont agenouillés quatre hommes à gauche et quatre femmes à droite. Toutes ces figures sont des portraits ^ Dans les autres compartiments du tableau se tiennent saint Sébastien, saint Jean-Baptiste, saint Antoine et saint Bernardin. Les panneaux, qui accompagnent

(. Voy. Rosini, Sloria, etc. Planche ixxix,

des deux côtés le tableau du milieu, sont divisés en cinq petits compartiments, avec une Annonciation dans la partie supérieure et des saints debout dans les autres. Au-dessous du tableau principal, il y a encore un Clirist en croix, avec la Vierge et saint Jean, et quatre petits tableaux sur le gradin, qui représentent : le Cbrist sur le mont des Oliviers, la Flagellation, les trois Saintes Femmes au tombeau, et l'Apparition du Christ à la Madeleine.

Un autre beau tableau de Pietro délia Francesca existe encore à l'Académie de Pérouse, mais il a malheureusement beaucoup souffert. La Vierge, avec l'enfant Jésus, est assise sur un trône : à droite, saint François et sainte Elisabeth ; à gauche, saint Jean- Baptiste et saint Antoine. Le fond d'or de ce tableau est ornementé comme une tapisserie. L'Annonciation est représentée dans le haut.

Dans tous ces ouvrages , on reconnaît que Pietro délia Francesca étudia le Masaccio : non-seulement il éclaire comme lui ses compositions, mais encore il imite le ton brun lumineux da,nè les ombres des chairs et les retlets blanchâtres qu'affectionnait ce maître. Les têtes de Pietro ont toutes quelque chose de remarquable j quoique ce ne soit pas précisément de la beauté. Il traitait singulièrement les cheveux , surtout dans ses peintures à là détrempe, où ils ne forment pas de masses et entourent le visage comme de longs flocons de laine en désordre. Les proportions de ses figures sont généralement courtes et fortes dans les attaches, principalement aux chevilles des pieds qui quelquefois semblent enflées. Le jet de ses draperies, qui est grandiose, a pourtant quelque chose de bouffant, quoique les plis soient brisés et anguleux. Sa couleur est puissante, mais, en somme, plus modérée que celle de la plupart de ses contemporains. Pietro délia Francesca avait des connaissances distinguées en perspective ; il en fit un traité, ainsi que de la géométrie, traité qui était en la possession des ducs d'Urbin , comme le rapporte son élève Luca Pacciolo dans la Siimma de aritmetica, geometrica, proportionalità, etc., imprimée en 1523. La dédicace de cet ouvrage, adressée au duc Guidubaldo d'Urbin, sous la date de 1494, con-

596 RENSEIGNEMEINTS SUK LES PEINTRES.

tient ce passage : « La perspectiva, seben si guarda, senzadubbio nulia sarebbe, se questa (la geometria ) non si accomodasse. Corne al pieno dimostra il monarca alli tempi nostri de la pictura Pietro di Franceschi nostro terraneo , l'assiduo de la excellenza V. D. casa familiare, per un suo compendioso trattato de l'Arme picforia, e de la lineare forza in perspectiva compose. È al présente in Yostra degnissima biblioteca, appresso l'altra innumerabile moltitudine de volumi in ogni facoltà electi, non immeritamente si ritrova. » — Vasari avait vu encore la plupart des ouvrages de Pietro délia Francesca dans la bibliothèque du duc d'Urbin. D'après Misson, Voyage d'Italie, t. III, p. 187, une partie de ces manuscrits aurait passé dans la bibliothèque du Vatican ; une autre dans celle de la Sapienza, à Rome, et le reste aurait été anéanti par Cesare Borgia. On avait assuré que quelques-uns des traités de Pietro étaient entre les mains de M. Giuseppe Marin! Franceschi, à Borgo di San Sepolcro; il résulte des informations que nous avons prises sur les lieux, qu'il n'y a rien de vrai dans cette assertion. Après les détails dans lesquels nous sommes entré au sujet des œuvres de Pietro délia Francesca, nous croyons pouvoir nous dispenser de réfuter l'opinion de M. von Rumohr, qui prétend, dans ses Italienischen Forschungen, vol. III, p. 39, que ce peintre est un maître très-médiocre. Rappelons seulement ici les fresques qu'il a peintes dans l'église de S. Francesco àArezzo; celle qui représente le Songe de Constantin le Grand est composée d'une manière si magistrale, qu'une esquisse pour ce tableau, laquelle se trouvait dans la collection de Sir Thomas Lawrence, fut publiée par Ottley, dans son recueil de fac-similé d'après les maîtres itahens , comme étant une composition du Giorgione. Rappelons enfin que de l'école de Pietro délia Francesca sont sortis deux des peintres les plus distingués de leur temps : Luca Signorelli et Melozzo da Forb. Pietro délia Francesca vivait encore en 1494, quoiqu'on ait voulu rapporter sa mort à l'année 1484; c'est là un fait prouvé par le passage que nous avons extrait du livre de fra Luca Pacciolo , qui parlait de lui, en 1494, comme d'un peintre vivant.

XI. Bartolomeo Corradini, Dominicain, nommé aussi fra Carrievale, natif de S. Cassiano di Gavallino. Il vécut longtemps à UrJ)in, et peignit, en 1472, le tableau du maître-autel pour l'église 8. Bernardino de cette ville. Cette Vierge avec l'enfant Jésus n'était pas, comme le P. Tomasso le supposait sans raisons valables j le portrait de la duchesse Battista d'Urbin, avec son fils Guidubaldo. Cependant c'est bien l'époux de cette duchesse, Federico da Montefeltro, que nous voyons agenouillé devant la Vierge'. Sous la domination française, ce tableau fut envoyé à Milan pour la galerie de la Brera.

Pungileoni cite encore (p. 54) un tableau de Bernardino Corradini, qui était autrefois à S. Maria délia Bella, mais il ne le décrit pas. Il nous apprend ensuite que Bartolomeo travaillait déjà à Urbin en 1456; qu'il est encore nommé dans le livre G de la confrérie en 1484, mais qu'il ne vivait plus certainement en 1488, puisque cette année-là un certain Baldassare lui avait déjà succédé dans ses fonctions d'archiprêtre.

Nous devons encore rappeler ici que Lomazzo, dans son Trattato delln pittura (p. 407), compte Carnevale parmi les artistes qui ont supérieurement dessiné l'architecture, comme en fait foi d'ailleurs le tableau qui est encore dans la galerie de la Brera.

XII. Melozzo da FoRLi. — Nous n'avons rien de plus à dire de lui que ce qu'en ont déjà dit Vasari, Scanelli et Morelli. Seulement nous insisterons sur ce point, que, dans le Microcosmo délia pittura de Scanelli, Melozzo da Forli est nommé conjointement avec le Mantegna, et que fra Luca Pacciolo, dans sa Divina Proportione, dit positivement que le Mantegna avait été le maître de Melozzo.

XIII. Marcus Melozzo da Forlï. — L'inscription d'un tableau d'autel dans l'église des Franciscains à Matelica, près Fabriano, nous constate l'existence d'un peintre de ce nom. Ce tableau représente la Vierge assise sur un trône et tenant sur les genoux l'enfant Jésus dans l'attitude de la bénédiction; à droite, saint

I . La gravure de ce tableau a été pul'l'ée par Rnsiui dans la Storiii dcUn pilllirii ilal.una, 1)1. xciii.

François, et sainte Catherine d'Alexandrie à gauche, avec un paysage au fond. Dans la partie cintrée qui surmonte ce tableau, on voit la Vierge tenant le Christ mort sur ses genoux; auprès d'elle, deux femmes , l'apôtre saint Jean et saint Louis , évêque. La Gène est représentée dans le gradin, avec quelques sujets tirés de la vie des deux saints qui figurent dans le principal tableau. Voici l'inscription : a Marchus de Melotius foroliviensis faciebat. Al temp. de frate Zorgo Guardiano del mcgccci. » En général, on ne saurait méconnaître, dans ce bon ouvrage, l'influence de Giovanni Bellini tant pour le jet des draperies qan pour le coloris, qui n'a pourtant ni l'éclat ni la vivacité du coloris de ce grand maître vénitien. Le caractère de cette peinture est sérieux et original, mais il manque de grandeur.

Marcus Melozzo est apparemment le même que Cesare Cittadella, dans son Catalogue des peintres et des sculpteurs de Ferrare, nomme Marco Ambrogio detto Melozzo, et qu'il confond avec le premier Melozzo.

XIV. LucA SiGNORELLi de Cortona. — Le Gm-nale Arcadico de 1823, n° xvui, a publié un payement fait à ce maître, en 1484, pour un parère donné à Gubbio, relativement au plan d'une église, qui devait être érigée à Cortona et dont Francesco di Giorgio avait fourni les dessins. Dix ans plus tard, nous le rencontrons à Urbin, occupé à peindre deux petits tableaux de bannière pour l'église S. Spirito : ces tableaux, qui représentent le Crucifiement et la Descente du Saint-Esprit, existent encore. Le document qui s'y rapporte se trouve parmi les actes du notaire Simone Vanni, à la date de juin 1494 (f° 62), et il a été publié par Pungileoni dans son Elogio storico di Giovanni Santi (p. 77). Les sujets à peindre lui avaient été exactement indiqués. La toile devait être fournie par la confrérie, et le prix du travail de l'artiste était fixé à 20 florins de 40 bolognini ; enfin un délai de trois mois fut accordé au peintre pour l'achèvement de son ouvrage.

EXTRAITS DE LA CHRONIQUE niMÉE DE GIOVANNI SANTI.

Le manuscrit qui se trouve à la bibliothèque du Vatican, parmi les Codici Ottoboniani, sous le n° 1305, est d'une bonne écriture 4e la seconde moitié du quinzième siècle; il se compose de 224 feuillets in-folio d'un beau papier. Quelques corrections, d'une écriture lourde, différente de celle du corps du manuscrit, existent sur les premiers feuillets, et semblent de la main même de Giovanni. Le début du poëme est une dédicace au duc Guidubaldo d'Urbin ; puis l'auteur raconte en neuf chapitres une espèce de vision, en guise d'introduction à son ouvrage; ensuite, il commence l'histoire du duc Federico d'Urbin en 23 livres , qui sont divisés en trois parties et en quatre-vingt-dix-neuf chapitres. Nous avons cru intéressant de donner ici quelques extraits de ce poëme curieux, en conservant scrupuleusement le style original.

Voici d'abord la dédicace.

Episiola de Giohanni de Santé, allô IH'"" S. Duca Guido Duca de Vrhino.

Se a me fosse possibile, Ulustrissiino et excellentissimo Signore mio, cusi facilmente exprimere el concepto del' animo mio nela presentia de tua lUustrissimn Signoria, et che quelle fusse per sempre noto a qualunque aprira questo mio volume, como io ho depinto innettamente, certo cum manche parole quinci el dimostrarei; ma perche oltra dele altre io fra due exlremitade me vegio, l'una délie quale cum molto ardire, Taltra repugnia, forsi ch' è più che non convien se in questo principio a te sarè prolixe. Adunque sappi sapientissimo Signore mio, che nissunacosaame più gioconda, ne più salutevole pare nel servo, che la dimostratione delà

400 EXTRAITS DE LA CHROiNlQUE RIMÉE

intera et iiimaculata fede verso el suo Signore, la quale non solamente se devo mostrare cum le forze del corpo, ma etiam Dio cum le parole et cum la voluntà. Et perché io so che l'è assai divulgala senlentia, che ben che bella cosa sia operare per la Republica et per el suo Signore, etiam Dlo el ben dire non e turpe. ne vile : Cumciosiache in pace et in guerra rhuomo puote diventare famoso. Dunque io mentre che quello eterno splendore e gloria délia nostra etade excellentissimo et famosissimo tuo pâtre visse, vedendo e sentendo el tuono inextimabile délia sua chiara i'ama, la quale non solamente fu et è conosciuta dalle italiche regione, ma se licito è el dire, che délia (di là) dal monte Caucaso la sia discorsa, io del dire Tardisco et oitra di questo vedendo che quella era abundantissima materia ali famosissimi scriptori : Istorici et Poeti : et che a nissuno parea potere assumere più alto subjecto nel suo comporre : a cio chel divorabil tempo non rodesse l'altissimo splendore délie sue innumerabile virtîi : et ch' ad essi Compositori ûo o Reciptatori fusse per si ampla et excellente materia, oItra delà loro doctrina, eterna laude : si como quella dello Antiste Campano : Francesco Philelpho Porcelio et molti altri : et nuovamente li dottissimi et famosissimi homini Christofaro Landino et Sigismondo deli Conti da Fulignio, li quali tucti cum loro clarissimo stilo affatigati apresso degl' uomini docti lassano eterna laude délie sue innumerabile virtù. Délie quale cose io si como devotissimo, pigliandone mirabile conforto : da quello in uno momento mi nacque alcun dolore nel core : dicendo : Et perche apresso delli indocti et vulgari non debba anco de si sublime altéra fama ritrovarsi? or volgendo per l'ansia mente el nuovo pensiero, al tueto délibérai cum questo non molto consueto stile di terza rima in Istoria volendo li gloriosi gesti del tuo prenominato pâtre cantare : Et in questo potente desio cum ardentissimo fervore aceso : si etiam Dio per lassare testimonio d'una sincera e fedele servitîi possa ch' alquanto questo nuovo appettito comincio a dare luoco ala ragione, gli ochi a me stesso rivolti quando ch' di me me vergognai, pensando cum si frivolecto vasculo volere attengere l'acqua nel clarissimo e surgente fonte : como sono le excelse Iode de tanti triumphi e paternal tue glorie. Dove tagliando io el capo a questo troppo alto desio, più teste a quello rinascevano, che nel Lernea Palude alla venenosa Idra, contra la quale non havendo la maza de Hercule, vinto detti principio a quello, che non che a me, ma a qualunque excellentissimo e divino ingegno sarebbe di troppo peso. Pur cum l'ajuto del Summo Idio, al quale tucte le gralie se debbano referire, l'ho conducfa a uno certo fine.

Quatunque per tanli tempi a me sia slata di gravissimo pondo , pero che l'animo mio si como humano , essenilo sempre sugetto a varie passione, cumciosia che l'adversa fortuna, ahi, quanle per volte ' è al bene

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