‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 103 sur 407 · Sainte Cécile · texte numérisé non relu

Sainte Cécile

Peint sur bois, et depuis transporté sur toile. H. 7° 3”; 1. 4 6”.

La sainte, au milieu du tableau, écoute, les yeux élevés vers le ciel, le chant céleste de six anges. Ses mains laissent presque échapper le petit orgue qu’elles tenaient, et l’on voit à ses pieds les instruments de la musique terrestre à moitié brisés. A droite de la sainte, l’apôtre saint Paul, appuyé sur son épée, et derrière lui saint Jean l’Évangéliste. Du côté opposé, sainte Marie-Madeleine, son vase de parfums dans la main gauche, et derrière elle saint Augustin ', Père de l’Église.

Ce tableau, un des plus magnifiques qu’ait produits le génie de Raphaël, est aussi, sous le rapport du coloris, un chef-d'œuvre inimitable, quoiqu’il ait perdu de son éclat par suite de restaurations successives. Ce coloris, remarquable surtout par son harmonie, due à l'emploi combiné des tfois couleurs principales aussi bien qu’à l’admirable palette du peintre, qui n’a jamais déployé plus de magnificence, plus de richesse et plus de magie, semble refléter merveilleusement les divines splendeurs du sujet. La sainte est vêtue d’une riche tunique rayonnant d'or et de lumière, avec laquelle la robe rouge de saint Paul et les nuances bleues et violettes du vêtement de la Madeleine forment des contrastes brillants et décidés; mais ces couleurs sont habilement rompues par les demi-teintes les plus délicates,

par les tons de transition les plus heureux. Ainsi, par exemple, le jaune .

du vêtement de sainte Cécile est tempéré par les ornements verts de ce vêtement; les étofles d’or de l’habit sacerdotal de saint Augustin, les cheveux blonds de saint Jean, les tons bruns et jaunes du terrain et des instruments forment une délicieuse gamme de couleurs. Les tons

1. On a cru voir dans cette figure S. Petronius, évêque et patron de la ville de Bologne. Mais, comme ce saint est toujours représenté portant une petite église dans la main, l’absence de cet attribut caractéristique empêche de le reconnaitre ici.

EXÉCUTÉES A ROME SOUS LEON x. 149 bleus argentins de l'orgue préparent l'œil, pour ainsi dire, aux masses bleues et violettes du vêtement de la Madeleine, et s’accordent avec les tons bleus du ciel et de l'épée de saint Paul. La chevelure noire de ce dernier trouve même un point de rappel dans le plumage noir de l'aigle de saint Jean. On pourrait ainsi, jusque dans les moindres détails, montrer la liaison intime qui existe entre les couleurs de ce superbe tableau. Quant aux carnations, elles correspondent toujours aux caractères des personnages, et, par conséquent, elles sont plutôt idéales que réelles ; car Raphaël, en général, ne peignait d’après nature que les portraits ; encore cherchait-il toujours à les idéaliser. 11 a peint largement sa sainte Cécile, quoique cette peinture ait été d’ailleurs exécutée avec le plus grand soin. On remarque le même soin d’exécution dans la manière dont sont rendus les instruments de musique, qui, comme l’atteste Vasari, furent peints par Giovanni da Udine. Il est certain que Giovanni ne vint chez Raphaël, à Rome, qu’après la mort du Giorgion, dont il était l'élève, c'est-à-dire en 4511. Ce seul fait donne un démenti formel aux assertions de ceux qui veulent que la Sainte Cécile ait été exécutée en 1510 1; bien plus, nous avons des raisons de croire que ce tableau ne fut terminé que quelques années après la-commande qui en avait été faite (1513) par Lorenzo Pucci, cardinal de S. S. Quattro. Ainsi se trouverait confirmé le témoignage de Vasari, qui rapporte que le Francia mourut peu de jours après avoir reçu le tableau de Raphaël et l'avoir fait placer (1517) dans la chapelle de Sainte-Gécile, fondée par la bienheureuse Cécile Duglioli dell Oglio, dans l’église S. Giovanni in Monte, près Bologne.

Ce tableau fut enlevé par les Français, en 1798, et envoyé à Paris, au musée Napoléon. En 1803, Hacquin le transporta sur toile. Le traité de paix de 1815 le fit retourner à Bologne, où il fut placé dans la pinacothèque de cette ville. On le nettoya de nouveau et on enleva les retouches maladroites qu’il avait subies en France.

GRAvURESs de la Sainte Cécile : Giulio Bonasone, 1531. Bartsch, t. XV, p. 130, n° 74. — Romæ, Phls. Thomassinus se., 1617, p° maii. Côté opposé, in-folio. Secondes épreuves avec l'adresse: Gio. Jac. de Rossi. — Math. Geuter, Nic. van Aelst. form., avec le nom des saints, petit in-folio. — Carlantonio Pisarri incis. Mauvaise. Peiit in-folio.— Joh. Bapt. Roncava inc., in-folio. Ancienne eau-forte. — Anonyme, épreuves postérieures avec: Arnold van Westerhout formis. Petit in-folio. Mauvaise. — Gio. Batt. Galli, 1761, in-folio. A l’eau-forte. Côté opposé. — Francesco Rosaspina. Petite feuille. — Robert Strange del. 1763, aere incid. 1771, Lond. in-folio. Côté opposé. Le caractère de la peinture y est défiguré. — Jos. Ch. de Meulemeester, 1802, in-4°. — David, in-folio. — R. U. Massard, gr. in-folio. — F.-E. Beisson, pour le Musée Napoléon, in-folio. — Bovinet, pour la

1. Cette opinion erronée repose sur une inscription latine, qui se lit dans la chapelle de Sainte- Cécile, à S. Giovanni in Monte près Bologne, inscription qui donne la date de 1510 comme celle de la fondation de cette chapelle. Mais l'inscription est seulement de 1695, et ne mentionne pas le tableau eu parlant de la chapelle.

15 PEINTURES DE RAPHAEL Galerie Fühol, grand in-8e, = Mauro Gandolfi, 1835, grand in-folio. — Pierre Pelée, 1852, petit in-folio. — Lefebvre, 1857, in-fol. — Landon, n° 115.

Gravures d'après l'esquisse : Marc-Antoine. Bartsch, t. XIV, n° 116, où sont indiquées aussi trois copies de cette planche, du côté opposé.— Nic. de Bruyn fec. Londerseel exc. Petit in-folio, avec les noms des saints. Reproduction un peu trop néerlandaise, — D’après un dessin non authentique sur papier gris lavé au bistre, qui a passé successivement dans les collections G. B. Bellucci à Bologne, De Piles 1706, Paignon-Dijonval, Morel de Vindé, Th. Dimsdale, Lawrence, Roi de Hollande, et Sam. Woodburn à Londres.

GRAVÉ par Élise Cheron, 1706, sans les anges dans la gloire, et du côté opposé. Petit in-folio.

Les deux figures de la sainte Cécile et de Marie-Madeleine, sur une seule feuille, semblables aux figures de ces deux saintes dans le tableau, par un graveur du dix-septième siècle. Petit in-folio.

Anciennes copies de ce tableau.

a.) Le sculpteur Gio. Zucchi fit faire une copie de la Sainte Cécile, en 4547, par Jacomo da Pontormo. Voy. Lettere pittoriche, t. I, p. 65. C'est peut-être celle qui est actuellement dans la galerie de Dresde, et qu'on attribue à Jules Romain.

b.) Une belle copie de Guido Reni est dans l’église Saint-Louis-des- Français, à Rome.

c.) Chez l'orfévre Bozzotti, à Milan, il y a une copie attribuée au Dominiquin. Elle est, en tout cas, d’un des bons élèves des Carraches.

d.) Une petite copie était dans le cabinet Praun, à Nuremberg. Ce doit être la même que nous avons vue dans la collection de tableaux de M. Coesvelt, à Londres, et qui était présentée comme une esquisse du maître, parce qu’il y a quelques différences entre elle et le tableau Ori ginal, mais évidemment ces différences ont été faites dans un but de tromperie.

Une esquisse de la composition entière, telle que Marc-Antoine l'a gravée, se trouvait dans la collection Lawrence, mais tellement retouchée au bistre, qu’on n’y reconnaissait plus rien du dessin original.

Esquisse à la sanguine, pour le saint Paul, dans le musée Teyler, à Haarlem.

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