La Vision d'Ezéchuel
Sur bois. H. 18” 7°”; 1. 13° 6°”.
Dieu est assis dans une gloire, entouré des quatre signes des Évangélistes; deux petits anges soutiennent ses bras étendus. La gloire, sur laquelle la figure de Dieu se détache, est remplie d’une multitude de têtes de chérubins à peine visibles dans le rayonnement de la lumière divine. Cette gloire est elle-même entourée de nuages gris, qui semblent s’écarter pour laisser voir la vision céleste. Un paysage dans le bas, avec quelques petites figures qui sont frappées de l'apparition.
Ce petit tableau n’est qu'une esquisse avec certaines négligences de dessin : comme, par exemple, l’avant-bras de Dieu, qui est hors de proportion , l’attache de la main gauche, ete. Mais néanmoins c’est une œuvre admirable , et, si restreintes que soient ses dimensions, l’aspect général ‘toutefois est d’un grandiose immense. Les animaux symboliques qui représentent les quatre Évangélistes, sont comme transfigurés et portent un cachet de grandeur qui annonce la puissance de Dieu. Le caractère de la figure de Jéhovah diffère du type traditionnel et offre plutôt une sorte de parenté avec le caractère d’un Jupiter. Il est nu dans la partie supérieure de son corps, et seulement couvert d'une draperie pourpre sur l'épaule gauche, les hanches et les jambes.
Raphaël peignit ce petit tableau pour le comte Vincenzo Ercolani, de Bologne, et Malvasia rapporte (Felsina pittrice, t. 1, p. 44) qu'il fit payer à Raphaël, en 4510, par la banque des Lianori, la somme de huit ducats d'or. Ce serait une erreur que de vouloir conclure de ce payement que Raphaël avait déjà peint la Vision d’Ézéchiel à cette époque , la conception de l’œuvre et le caractère du dessin plaçant ce tableau à une époque postérieure, pendant laquelle, surexcité par l'exemple de Michel-Ange, il cherchait le grandiose dans la composition, l'énergie dans les mouvements et l’ampleur dans les formes. C’est pourquoi Vasari remarque trèsjudicieusement que la Vision d’Ézéchiel a été peinte après la Sainte Cécile. Si Raphaël a réellement reçu huit ducats d’or, en 1510, de Vincenzo Ercolani, qui lui avait commangé ce petit tableau, ce ne peut être là qu’un faible à-compte, au moyen duquel Ercolani voulait se garantir la possession d’une œuvre de Raphaël ; c’étaient seulement des arrhes, que l'on nomme encore, en Italie, une caparra.
Ce tableau, encore bien conservé, est revenu au palais Pitti, après avoir fait partie du musée Napoléon, sous le règne de Napoléon Ier. Il était déjà inscrit dans l’Inventaire de la Tribune, dressé en 1589.
GRAVURES : Cosimo Mogalli, in-fol., pour la Raccolta, etc. — Jos. Longhi, pour le Musée Napoléon, gr. in-fol. — Anderloni se., Longhi dir. etterm., gr. in-fol. — Pigeot, pour la Galerie Filhol, pet, in-fol. — P. Caronni, 1825, gr. imp. in-fol. — Vicentinus Cavini, in-fol. — Au trait, avec la simple indication des ombres, par Giuseppe Tomba, in-fol.— E. Eichens, 1841, gr. in-fol.— A. Morghen sculp., Flor., in-fol. — Pierre Pelée sculp., 1852, pet. in-fol. — Louis Calamatta, 1855, in-fol.
Anciennes copies de ce tableau.
Pietro Lamo, dans son manuscrit intitulé : Craticola di Bologna, déclare positivement (p. 8) que le tableau de la Vision d’Ézéchiel se trouvait, de son temps encore, dans la maison du comte Agostino Ercolano; mais Ie marquis Antaldo Antaldi, à Pesaro, d’après l’indication fournie par Malvasia, fit de vaines recherches dans la maison Ercolani pour découvrir ce tableau. Le manuscrit de Pietro Lamo, qui mentionne le payement fait
à Raphaël, dit que si le marquis Filippo Ercolani , à Bologne, a possédé, en eflet, deux tableaux représentant la Vision d’Ézéchiel, c’est lui-même qui actuellement possède un de ces tableaux. Mais quoique le tableau en question soit pourvu des sceaux de l’Académie de Bologne qui l’a déclaré original, il dément malheureusement son certificat d'origine. Voy. Pungileoni, p. 104 et 102.
Une autre copie, qui fut achetée à Bologne, par Nicolas Poussin, pour M. de Chantelou, avait autrefois, à meilleur titre, la réputation d’être l’œuvre de Raphaël. De la collection de Launay, elle passa dans la galerie d'Orléans, et, à la vente de cette galerie, elle fut acquise par lord Berwick pour 800 livres sterl. Nous avons vu ce tableau chez Six Thomas Baring, qui en est le possesseur actuel, dans sa précieuse galerie à Stratton.
Gravé par Nic. Larmessin, pour le Cabinet Crozal. In-fol. — F. Poilly, sans figures dans le paysage. Grand in-fol. Premières épreuves, avec A. Herant exc.; épreuves postérieures, avec P. Mariette exc.
Une ancienne copie se trouve aussi dans la collection de l’Académie de Vienne.
Une très-belle copie de ce tableau se trouvait dans la possession de feu le major Biela, à Venise. D’après ce qu’on nous en a dit ; elle doit être d’une exécution tellement magistrale, que des connaisseurs en ont fait honneur à Raphaël.
Louis XIV fit faire un carton, d’après ce tableau, avec des figures de grandeur naturelle, afin de faire exécuter une tapisserie à la manufacture des Gobelins. C’est probablement celui qui se trouve à Broughton, en Augleterre, dans la propriété des Montague, appartenant aujourd’hui au duc de Buccleugh. 11 est dessiné à la pierre noire et coloré. La composition principale a été entourée d’un chœur d’anges, qui, si disparates qu’ils soient avec la manière de Raphaël, ne contrastent pourtant pas trop avec le mauvais dessin de tout le reste.