‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 105 sur 407 · La Naissance du Christ · texte numérisé non relu

La Naissance du Christ

Vasari décrit de la sorte ce tableau qui a disparu : « Raphaël envoya aux comtes de Canossa, à Vérone, un grand tableau de la même beauté (que la Vision d’Ézéchiel), représentant une belle Nativité ; on fait surtout l'éloge de l'effet du lever du soleil (aurora), ainsi que de la figure de sainte Anne. En somme, on ne saurait mieux louer tout l’ouvrage qu’en disant qu'il est de la main de Raphaël d'Urbin. Aussi les comtes de Canossa ont-ils ce tableau en singulière estime, et ils ne veulent point s’en dessaisir, malgré les prix énormes qu’on leur a offerts de la part de plusieurs princes. » Le même écrivain rapporte encore ce qui suit, dans la Vie de Taddeo Zucchero : « Lorsque le duc d’Urbin , qui était, à cette époque, général des Vénitiens, alla inspecter les fortifications de Vérone, il amena avec lui Taddeo, qui lui fit une copie de la peinture de

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taphaël conservée dans la maison des comtes de Canossa. » Puis, C. Ridollfi a consigné le même fait dans son ouvrage intitulé : Le Vite de gl illustrè pittori veneti (t. 1, p. 286, Vie de Paul Véronèse) : « Ritorno da Mantova a Verona trattenendovisi per breve tempo in far copia del quadro di Rafaelle de’ conti Canossa, che nelle case medesime si conserva.

Mais ces copies sont aujourd’hui perdues, ainsi que l'original, et il n’y à pas même une gravure qui nous ait conservé le souvenir de ce tableau. Longhena dit, il est vrai (p. 158, de sa traduction du livre de M. Quatremère de Quincy), que, du temps de Lanzi, la copie de Taddeo se trouvait dans la famille Leopardi, à Osimo ; mais Lanzi, dans la Vie de Taddeo Zucchero, parle d’une Nativité de ce maître, que possédait autrefois le duc d’Urbin, sans même supposer que ce tableau pût être une copie d’après Raphaël.

Ce tableau disparu a été l’objet de bien des recherches, toujours infructueuses. Ainsi, Giacomo delli Ascani publia la description d’une Adoration des Bergers, en langue française, avec dédicace au roi Louis XV, et cette description, traduite en italien par S. M. Rangoni, fut publiée, à Bologne, en 1720. L'auteur de ce Mémoire soutient que le tableau qu’il décrit n’est autre que celui de Raphaël, qui appartenait aux comtes de Canossa.

Corn. Blomert exécuta également, en 1720, une assez bonne gravure, in-folio en largeur, d’après ce prétendu’ tableau de Raphaël ; une autre gravure par Pietro del Pù parut ensuite. Mais Mariette, qui était un fin connaisseur, déclara que le tableau devait être attribué à André Schiavone, et, Si nous en jugeons par la gravure, l’avis de Mariette est juste en tout point. En 1828, ce tableau était en possession de l'ingénieur Serantonj, à Gênes !.

Dans la description de Quelques Tableaux italiens et espagnols de la collection de M. le comte François de Thurn et Valsassi, etc. (Vienne, 1824), il est question d’une Naissance du Christ qui est également représentée comme étant de Raphaël et provenant de la maison Canossa. Ce tableau est actuellement la propriété du comte Harras, à Vienne; mais il ne rappelle nullement les œuvres de Raphaël et il paraît être d’un peintre néerlandais du seizième siècle, qui peignait dans la manière italienne. Dans cette composition, la Vierge et saint Joseph sont pieusement agenouillés devant l’enfant Jésus couché à terre. A gauche, est debout saint

4. Celui-ci avait, à cette même époque, deux autres tableaux qu’il attribuait aussi à Raphaël, l’un représentant la Vierge qui donne le sein à l'enfant Jésus, avec un aloès dans le paysage (h. 1° 77; 1. 4° 7°”); l’autre, le Martyre de saint André, peint dans la manière de Jules Romain (h. 1’ 5”; 1, 3° 2”). Ces attributions ne méritent aucune confiance, quoiqu’elles aient été défendues daus un opuscule intitulé : Memoria di tre quadri originali di Raffaele che fanno collezione alle sue tre maniere.

Jean-Baptiste ayant l’âge d'homme, et à droite l’apôtre saint Paul. Il y a dans le fond trois bergers auxquels un ange annonce la naissance du Seigneur. On voit poindre l'aurore à l’horizon.

112. Portrait du comte Baldassare Castiglione '. Sur toile ; h., 20”; 1., 24’, demi-figure.

Le comte Castiglione est vu presque de face, un peu tourné vers la gauche. Sous ses épais sourcils, ses yeux bleus bien ouverts regardent avec un air de bienveillance le spectateur; on reconnaît dans son beau front le siége d’un esprit développé par l'étude; le caractère mâle et sérieux que donne à sa physionomie une barbe touffue est tempéré par l’expression de douceur et de finesse qui distingue sa bouche aux lèvres fortes et rubicondes. Ses deux mains sont posées l’une sur l’autre. Une barrette noire , avec un rebord très-large, couvre sa tête, et une chemise blanche lui monte jusqu’au cou. Il porte par-dessous son vêtement, qui est noir, une sorte de pourpoint serré, d’étoffe brune, avec de larges manches, d’un tissu rude et filandreux.

Ce portrait de l’auteur du Courtisan (Cortegiano), qui était non-seulement un homme de guerre, un diplomate et un savant distingué, mais encore un ami fidèle et dévoué, est plein de vie et de vérité ; son exécution est tout à fait magistrale.

Une lettre de Pietro Bembo'au cardinal Dovizio da Bibiena, du 19 avril 1516, est le document le plus ancien qui fasse mention de ce portrait : nous avons déjà cité cette lettre dans notre Histoire de Raphaël. Mais Castiglione, vers la même époque, a célébré ce tableau dans une élégie latine où il fait parler sa jeune femme, Hippolyta Torelli, qu’il venait d’épouser et qu’il était obligé de laisser à Mantoue en allant à Rome pour affaires diplomatiques.

Cette pièce de vers a été imprimée pour la première fois dans les OEuvres de Fulvia Morata (Venetia, 1534), sous le titre de : Bath. Castilionis Elegia, qué fingit Hippolytam suam ad se scribentem. La voici :

Sola tuos vultus referens Raphaelis imago Picta manu, curas allevat usque meas.

Huic ego delicias facio arrideoque jocorque, Alloquor et tanquam reddere verba queat,

Assensu nutuque mihi sæpe illa videtur Dicere velle aliquid, et tua verba loqui.

Agnoscit, balboque patrem puer ore salutat, Hoc solor, longos decipioque dies.

Nous avons dit ailleurs que le comte Castiglione ayant été ambassadeur en Espagne, depuis l’année 1595 jusqu’au 2 février 1529, jour de sa mort,

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