RÉPÉTITIONS DES TAPISSERIES DE RAPHAEL
I est tout naturel que, par suite de l’immense effet que produisit à Rome l'apparition des tapisseries exécutées d’après les cartons de Raphaël, beaucoup de princes aient désiré en posséder de semblables ; aussi trouvons-nous encore plusieurs de ces mêmes tapisseries dans différents pays. On à souvent dit que c’étaient des présents offerts par Léon X à des rois alliés, ce qui ne peut avoir eu lieu que dans un bien petit nombre de cas, puisque les premières tapisseries n’arrivèrent à Rome que vers la fin de l’année 1518, et que le pape, qui les avait fait fabriquer à Arras, mourut deux ans après. Dans ce court intervalle de temps il eût été impossible d'en exécuter autant d'exemplaires qu’il en existe de par le monde. Si pourtant l’on voulait admettre et s’il se trouvait des documents constatant que Léon X les eût commandées dans l'intention d’en faire des présents, il faudrait toutefois reconnaître qu’elles ne pouvaient guère parvenir à leur destination que sous le pontificat de Clément VIL. Dans cet état de choses, nous n’acceptons pas comme vraisemblable le renseignement que nous donne M. Gunn (Cartonensia, p. 40), en avançant que le pape Léon X envoya cinq semblables tapisseries à l’empereur Maximilien, lequel mourut en 1519. C’est pourquoi, sans nous arrêter plus longtemps à ces données tout à fait problématiques, nous croyons devoir nous en tenir à des renseignements qui présentent du moins quelque apparence de certitude.
A Mantoue, dans l'église S. Barbara, se trouvaient une suite de dix tapisseries qui, selon des écrivains de la localité, tels que Bettelini (Lettere Mantuane) et Cadioli ( Descrizione delle pitture, sculture ed architetture di Mantua), auraient été tissées dans Ja fabrique que le duc Federico fonda dans le faubourg S. Giorgio. Lors de la restauration de la susdite église en 1783, ces tapisseries passèrent dans le palais ducal et furent suspendues, dans la chambre des Arazzi, avec des tapisseries néerlandaises représentant des Chasses. Ce sont neuf sujets de l'Histoire des Apôtres; mais, pour remplacer le dixième sujet de cette histoire, au lieu de létroite tapisserie qui représente saint Paul en prison, nous voyons ici le Christ sortant du tombeau. Cette dernière tapisserie se termine dans le bas par une arabesque dans le genre d’un socle, avec les figures allégoriques de la Charité et de l'Espérance qui semblent avoir été exécutées d’après un dessin de Jules Romain. La Remise des clefs à saint Pierre, la Conversion de saint Paul et sa Prédication à Athènes sont accompagnées d'arabesques formant pilastres, toujours pareilles de chaque côté de Ja tapisserie ; deux de ces arabesques sont imitées de celles de Raphaël, avec
les Parques et les Vertus théologales. La troisième de ces tapisseries a pour pilastre une arabesque qui semble composée par un élève de Jules Romain et qui réunit les figures allégoriques de la Musique, de la Géométrie, de l’Astronomie et de l’Arithmétique. La Guérison du paralytique a pour accessoires, d’un côté les Quatre Ages, et de l’autre les Heures du jour ; saint Paul à Lystra est entouré de deux scènes des Travaux d’Hercule: celle qui représente Hercule soulageant Atlas de son fardeau appartient à un carton de Raphaël; Vautre paraît être de l’invention d'un élève de Jules Romain. Enfin, la tapisserie de la Mort d’Ananie a un entourage où s’encadrent différents Dieux. Ces tapisseries sont beaucoup mieux conservées que celles du Vatican, mais elles n'étaient point si riches que les premières, car dans le tissage des laines on n’a pas mêlé de fils d’or.
A Urbin aussi, comme l’assure Pungileoni (p. 173 de sa notice), se trouvait un bon ouvrier en tapisseries (arazzista), de Milan, que le duc Francesco Maria avait richement récompensé, du temps même de Raphaël. Ce fut de cette fabrique peut-être que sortirent les tapisseries qui se trouvaient autrefois à Loreto. Selon Gunn, il y en avait six qui offraient les mêmes compositions que les cartons de Hampton Court , à l'exception de la Mort d’Ananie. Pungileoni avait promis des détails plus circonstanciés sur ces tapisseries, mais la mort l’a empêché de tenir sa promesse.
En Angleterre, il y a plusieurs exemplaires des tapisseries de l'Histoire des Apôtres, qui, pour la plupart, ont été tissées dans le pays même, car, vers la fin du règne de Henri VII, l’art de fabriquer des tapisseries avait été importé en Angleterre par William Sheldon. Le roi Jacques I®* avait fondé, à Mortlake, dans le comté de Surrey, une fabrique sous la direction de Sir Francis Crane, et il confia l'inspection des travaux au peintre Cleen ou Cleyn de Rostock, qui avait étudié son art à Rome. De plus, nous avons démontré, par une citation empruntée au Catalogue de van der Doort, directeur des collections d’art du roi d'Angleterre, que , sous Charles Ier, les sept cartons, acquis par lui, furent tissés dans cette fabrique. Mais, bien avant cette époque, un exemplaire complet des tapisseries exécutées d’après les compositions de Raphaël vint en Angleterre, et Peachem ( Complete Gentleman. London, 1634, t. IV, p. 137) rapporte qu’elles furent suspendues dans le Banqueting Hall, à Whitehall. Selon quelques auteurs, ces tapisseries étaient un présent de Léon X à Henri VIII, mais, selon d’autres, ce roi les aurait acquises de la république de Venise. En tous cas, il est certain que ces tapisseries étaient venues en Angleterre sous le règne de Henri VII, et qu'après la mort de Charles Ie elles furent achetées par l'ambassadeur d’Espagne à Londres, don Alonzo de Cardeñas. Mengs (Opere, Roma, 1787, p. 191 et 318) nous apprend qu’un des ancêtres du duc d’Albe les avait acquises de la succession de Charles I°r, conjointement avec un tableau du Corrége représentant l'Éducation de
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