‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 171 sur 407 · RÉPÉTITIONS · texte numérisé non relu

RÉPÉTITIONS

PAmour. En 1823, elles furent achetées dans la maison d’Albe par M. Tupper, qui les porta sur-le-champ à Londres et qui les exposa dans l'Egyptian Hall. Ce sont neuf tapisseries; sept d’après les cartons de Hampton Court et deux d’après les tapisseries du Vatican, la Conversion de saint Paul et la Lapidation de saint Étienne. On voulait les vendre moyennant un prix très-élevé au roi d'Angleterre; mais, comme le marché ne se réalisa point, elles revinrent sur le continent et allèrent à Berlin où nous : les retrouverons plus loin. On conserve, en outre, à Madrid, dans le palais du roi, deux exemplaires de ces mêmes tapisseries, qui sont en Espagne depuis longtemps et qu'on expose de temps à autre pour servir à l'étude des artistes. Nous n’avons pas été assez heureux pour voir ces tapisseries lors de notre séjour à Madrid ; mais nous avons su qu’un seul de ces deux exemplaires était tissé avec du fil d’or. Un troisième exemplaire, qui se trouve aussi en Espagne et appartient au duc de Villa Hermosa, aurait été, dit-on, fabriqué en Flandre, dans le cours du seizième siècle.

À Broughton Hall qui était autrefois la résidence des dues de Montague et qui est actuellement la propriété du duc de Buccleugh, il y a sept tapisseries d’après les cartons de Hampton Court. Cinq d’entre elles sont absolument de la même grandeur que les originaux, mais les deux autres sont plus étroites et ne donnent qu'une partie des compositions : ce sont la Remise des clefs, où il n’y a que trois figures, et la Mort d’Ananie, où le sujet est complétement changé, car c’est une femme, et non pas Ananie, qui tombe frappée de mort. Ces tapisseries ne sont pas d’une exécution excellente. Selon la tradition, ces tapisseries auraient été un présent du roi d'Angleterre au duc de Beaumont, à son retour de France.

A Abbey Ford, en Devonshire , résidence de M. Gwynn, on voyait encore cinq de ces tapisseries. C’étaient : la Pêche miraculeuse, la Remise des clefs, la Guérison du paralytique, Saint Paul et saint Barnabé à Lystra et la moitié du sujet de la Mort d’Ananie. Suivant les nouvelles que nous avons reçues en dernier lieu, trois de ces tapisseries passèrent, on ne sait comment, à Burleigh House, résidence du marquis d’Exeter. Ce sont la Remise des clefs, la Guérison du paralytique et Saint Paul à Lystrie 1.

A Dresde, on conserve six tapisseries de la même suite, qui furent retrouvées dans les circonstances suivantes : le cardinal Albani avait dit à Rome au peintre Casanova, que, selon un document authentique qui se trouve dans les archives du Vatican, il devait exister à Dresde sept tapisseries d’après les cartons de Raphaël, que le pape Léon X avait fait tisser à Arras pour l’électeur de Saxe. Dans une soirée littéraire qui eut lieu à Dresde, en 1814, Casanova communiqua ce renseignement, d’après lequel le baron de Raknitz, premier maréchal de la cour, fit faire des recherches,

4. Voy. W. Gunn, Carlonensia, p. 209, et le Berliner Museum für bildende Kunst du

© 21 janvier 1833.

et l’on découvrit effectivement six de ces tapisseries roulées dans les combles du palais. Elles furent alors suspendues , après avoir été nettoyées avec soin. Mais la septième tapisserie, représentant la Mort d’Ananie, ne se retrouva pas.

A Berlin, on voit actuellement, dans la rotonde du musée, neuf tapisseries, de l'Histoire des Apôtres, absolument semblables à celles de Rome et tissées également avec des fils d’or. Il ne manque, dans cette suite, que le sujet de Saint Paul en prison. Ce sont les mêmes tapisseries que nous avons mentionnées plus haut comme étant restées en Angleterre depuis Henri VIH jusqu’après la mort de Charles 1°, et acquises alors par le duc d'Albe, puis envoyées à Madrid, rapportées, en 1823, à Londres par M. Tupper. Après qu’on les eut offertes en vente, pendant vingt ans, sans trouver d’acquéreur, le roi de Prusse les acheta enfin ' et les fit placer dans son château de Monbijou ; elles ornent à présent le musée de Berlin. Quoiqu’elles aient perdu beaucoup de leurs couleurs et de leur lustre primitif, l'aspect général en est encore assez satisfaisant.

A Paris, ou en France, il y avait aussi une suite de ces mêmes tapisseries, puisque Félibien (Entretiens, ete., t. 1°", p. 325) mentionne dix morceaux de l'Histoire des Apôtres d’après des compositions de Raphaël. Peutêtre sont-ce celles qui furent léguées au roi par le cardinal Mazarin, mort le 19 décembre 1660, ainsi que le témoigne un passage de son testament publié dans : Ztinerario o sincero racconto del viaggio fatto da Alessandro Farnese duca di Parma (Venezia, 1666, p. 30). Voici ce passage : « Lascio al re un bellissimo fornimento di tapezzerie et tutti li quadri che sono nella libreria. — Alla principessa di Conte una bella tapezzeria disegno di Raffael. » Comme le cardinal avait acquis plusieurs tapisseries à la vente des objets d’art provenant du roi d'Angleterre Charles 1°", celles de l'Histoire des Apôtres pouvaient provenir de cette source. Au reste, Goethe vit à Strasbourg ces tapisseries exposées, en 1770, pour la réception solennelle de la reine Marie-Antoinette à son arrivée aux frontières de France, comme il le rapporte dans la seconde partie de ses Mémoires (Aus meinem Leben, p. 236).

Page 1