Le Massacre des Innocents
Trois étroites tapisseries.
Primitivement, les sujets représentés dans ces trois tapisseries ne formaient qu'une seule composition; mais ils furent divisés en trois parties par les élèves de Raphaël, selon les besoins de la destination des tapisseries. Il ne saurait y avoir doute à cet égard, car comment Raphaël auraitil eu l’idée de représenter le même sujet trois fois et de trois manières, dans une suite de la Vie du Christ composée de douze tableaux !
Le musée Teyler, à Haarlem, possède trois dessins pour les trois parties de ce sujet. Ils sont largement traités, mais ils n’ont pas néanmoins un caractère assez magistral pour pouvoir être considérés comme des origipaux de Raphaël. Nous avons vu, chez le professeur Posselger, à Berlin, un dessin dans lequel ces trois compositions n’en forment plus qu’une seule, mais roide et sèche. En 1831, nous avons vu encore deux dessins semblables en Angleterre; l’un, au Musée Britannique, et l’autre, chez M. George Mordant. Nulle part, cependant, nous n’avons découvert le dessin original.
Gravures sur bois des trois compositions réunies, en clair-obscur, avec le monogramme NDB. 1544'.Bartsch, t. XII, p.33, n°7. —- Gravé par August Hirschvogel, 1545. Bartsch, t. IX, p.171, n° 2.
Il est remarquable que déjà, dans ces deux estampes, la division de la composition primitive est indiquée par trois planches distinctes jointes entre elles, d’où il résulte qu’on ne trouve souvent qu’une ou deux parties de l’ensemble. Les descriptions qui vont suivre sont prises de gauche à droite suivant l’ordonnance de la composition de Raphaël.
a.) À gauche, au premier plan, un soldat, qui se penche en avant, saisit par la jambe un enfant que la mère, tombée à terre, essaie encore de défendre. Derrière elle, un homme barbu enfonce son poignard dans la gorge d’un enfant, et, plus au loin , deux hommes arrêtent trois femmes qui s’enfuient avec leurs enfants. Ce massacre a lieu près d’un superbe édifice, décoré de colonnes et de niches. Dans le fond, on voit une rotonde semblable au Panthéon d’Agrippa. :
Gravures : M. A. Corneille. Bonne eau-forte sans nom, mais avec l'adresse : Si vendono in Roma vicino all’ oroggio della chiesa nuova, in-fol. — Séb. Vouillemont, 1641, grand in-fol. — Angelus Campanella, petit in-fol. — Pomp. Lapi, 1783, in-fol. — M. Sorello, à l’eau-forte. — Louis Sommerau, n° 2, 1779, à l’eau-forte, in-fol. — Landon, n° 127.— D’après un dessin dans l’ancien cabinet de Praun, à
1. Zani (Enciclopedia, etc., V, p. 378) suppose que cette gravure sur bois est de Nic. Poldrini, Heinecke (Nachrichlen, etc., Il, p. 390) se trompe en la croyant de Nicola Vicentini, la marque de celui-ci étant tout à fait différente.
Nuremberg, par J. Th. Prestel, 1776, à l’aquatinte. Petit in-fol. en contre-partie. — La tête de la mère vue de profil, à l’eau-forte, par Jacob Frey, in-12.
Un grand fragment du carton de cette tapisserie était dans la possession de feu Prince Hoare, secrétaire de l’Académie royale à Londres. Ce fragment contient toute la partie inférieure, mais il avait été, du temps de Richardson t, entièrement repeint à l'huile, ce qui fait qu'en 4831 nous avons eu beaucoup de peine à y reconnaître un carton de l’école de Raphaël. W. Grunn raconte, d’après Dodsley (London and its environs, t. Il, p. 460), que ce carton- avait été mis en gage en Angleterre; que le prêteur, qui voulait le garder, l'avait recouvert de couleurs à l’huile ; qu’un procès, en raison de ce fait, fut plaidé à Westminster, ete. Cette anecdote nous paraît peu vraisemblable et nous en laissons toute la responsabilité à son auteur. Actuellement, ce carton, qui appartient à la National Gallery ?, à Londres, à été verni et mis sous verre; il est à peine reconnaissable.
b.) Sur le devant est assise une femme qui a, sur les genoux, son fils mort et qui joint les mains en gémissant. Derrière elle, un homme saisit un enfant que sa mère emporte sous son bras, pendant que de la main droite elle cherche à le protéger. Dans le fond, trois femmes s’enfuient, poursuivies par un homme armé d’un poignard. On voit encore une jeune femme monter les marches d’un escalier sur lequel se trouvent beaucoup d'hommes et de femmes en proie à a plus violente douleur.
GRAVURES : Séb. Vouillemont, 1641, grand in-fol. — Étienne Baudet, à l'eauforte. — L. Sommerau, 1780. A l’eau-forte. — Angelus Campanella, petit in-fol. —
Pompeo Lapi, 1783, avec une dédicace au marchese de Silva. Voy. Zani, part. Il
VOLE D 3801. 19%57; 1 11*11%2.— TLandon, n°196:
Selon Fernow (Ræmische Studien, t. UL, p.103), les cartons pour le Massacre des Innocents auraient été coupés en différents morceaux afin de pouvoir être partagés entre les héritiers d’un ancien possesseur. Il est certain que Richardson en acquit plusieurs les uns après les autres, si bien qu'il en possédait cinquante. En parlant de ces morceaux, il dit qu’en général ils n'étaient point achevés, mais seulement esquissés à la pierre noire ; la couleur de quelques-uns étant en partie tombée, il put remarquer que le dessin n'avait pas toujours été scrupuleusement suivi par l’artiste qui les avait mis en couleur.