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Cupidon et Pan

Le dieu rustique lutte en riant avec l’aimable enfant, qui a suspendu

LOGES DE LA VILLA PALATINA. 235 son earquois rempli de flèches à un arbre qui est auprès d’eux. Pour fond, un paysage montagneux avec quelques maisons. Ce sujet est le seul qui soit encore reconnaissable, entre les quatre tableaux du plafond, qui ont beaucoup souffert par la fumée et Fhurnidité.

Gravures : Piroli, au trait. Petit in-fol. — Landon, n° 174.

Loges de la villa Palatina.

Quoique Raphaël n'ait pas pris part aux peintures de cette villa, située sur l'emplacement du palais des Empereurs, nous sommes pourtant forcé de les citer, puisque les cinq grandes fresques qu’on va visiter dans cette villa sont empruntées à celles que nous venons de décrire dans la chambre de bain. Originairement, cette villa, qui était beaucoup plus petite, avait un vestibule, ou loge, porté par trois colonnes ioniques, lequel, par adjonction, se trouve actuellement former le fond d’une vaste salle. Au centre de la voûte peinte de la loge, on voit les armes des ducs Mattei, ce qui fait croire que cette famille était déjà propriétaire de la villa lorsque Jules Romain l’orna de peintures. Plus tard, elle changea de maître, et fut appelée successivement villa Spada, Magnani, de Brunati et Coloeci. Elle fut ensuite acquise par un Français, l'abbé Rancureuil, qui fit faire des fouilles dans le jardin avec l’espoir d’y découvrir des antiques, espoir qui fut couronné de quelques succès. L'abbé la revendit à un Anglais, M. Charles Mills.

Le fond blanc de la voûte est richement décoré de légers grotesques, de petits sujets et de figurines. La voûte est parfaitement conservée, tandis que les peintures murales ont été tellement repeintes que lon ne saurait plus juger de l'exécution primitive. Mais, dans les peintures du plafond, on reconnaît sans conteste la main de Jules Romain, et, en outre, il y a dans la collection Albertine, à Vienne, un fragment du carton pour la Vénus et l’Adonis, lequel est certainement de cet illustre élève de Raphaël ; c’est lui qui a vraisemblablement bâti et orné cette loge, peu de temps après la mort de son maître.

Le mur du fond a trois champs; celui de droite en a deux, avec des sujets à figures de grandeur naturelle. Ce sont les suivants :

a.) Vénus et l'Amour, assis sur des dauphins, voguent sur la mer. Composition de Raphaël.

b.) Vénus montre sa blessure à l'Amour debout près d'elle. Composition de Raphaël.

c.) Vénus se tire du pied une épine. Composition de Raphaël.

d., Vénus et Adonis. Composition de Jules Romain.

e.) Jupiter et Antiope, ou Pan et Syrinx. Composition de Jules Romain.

Au-dessus d’un sixième champ, à gauche, dans la place cintrée formée par la voûte, on voit le Temps enlevant la virilité à Uranus, sujet qui

appartient à la composition raphaélesque de la Naissance de Vénus.

Puis, au-dessus de la porte d'entrée, est un Amour tenant une flèche, peint dans la manière de Zucchero ; au-dessus de l’autre porte, un paysage avec trois nymphes endormies, vers lesquelles s’avance un faune.

Le plafond de la voûte contient, au milieu, un caisson rond avec les armes des ducs Mattei, puis, aux côtés, deux caissons étroits. Dans l’un, Hercule et trois figures de femmes devant Jupiter assis sur son trône ; c’est vraisemblablement le mariage d’Hercule avec Hébé, en présence de Junon. Dans l’autre champ, cinq figures de femmes, au milieu desquelles est Mnémosyne tenant une flèche sur le front de l'Amour debout auprès d'elle. Les quatre autres figures de femmes représentent autant de muses, filles de Mnémosyne. L'une, à gauche, joue de la viole, l’autre du tambourin ; à droite, la troisième, élevant le bras, tient un rouleau de parchemin, et la quatrième, un masque. De cette dernière peinture, il y a une eau-forte de G. Audran, et une plus petite de Pietro Santi Bartoli, en contre-partie, in-folio en largeur. — Landon, n° 212.

Ensuite, dans différents petits caissons de la voûte, sont des monstres marins fantastiques, combattant avec des Amours; dans douze champs ronds, les signes du zodiaque , et dans les sept caissons intermédiaires Apollon et sept Muses.

Villa Raphaël.

Nous avons déjà exposé, dans la Vie de Raphaël, les raisons qui nous font croire que le peintre d’Urbin n’a ni possédé ni habité cette villa, qui fut détruite pendant le siége de Rome, en 1848; on lui donnait cependant généralement le nom de Villa Raphaël, dans les derniers temps. Nous ne sommes pourtant pas parvenu à découvrir quels furent les plus anciens possesseurs de cette villa. En 1785, le cardinal Giuseppe Doria lacquit du marchese Olgiati, puis elle passa à l’avocat Nelli, et, en dernier lieu, elle faisait partie du parc du prince Borghèse. Le vestibule, aussi bien que les trois chambres du rez-de-chaussée, étaient tous peints à fresque ; le vestibule et deux des chambres ne furent cependant décorés ainsi que vers le milieu du seizième siècle. C’est seulement dans la troisième chambre, plus petite que les autres, que l’on admirait des fresques de la bonne époque de l'école romaine. Si elles ne furent pas peintes par Raphaël, il y avait, du moins, un tableau exécuté d’après une de ses plus gracieuses compositions, par un de ses meilleurs élèves, et un autre, d’après un dessin de Michel-Ange. En somme, toute la décoration de cette chambre avait cet aspect simple et gracieux à la fois, cette belle et noble ordonnance, qui malheureusement fut remplacée trop vite par une déplorable recherche du nouveau, sous l'influence de la dégradation des mœurs publiques en Italie. En 1844, le prince Borghèse fit enlever et encadrer

sous verre, dans son palais, à Rome, les trois tableaux principaux du plafond de la villa, par la raison que cet édifice menaçait ruine, sans toutefois prévoir que, quelques années plus tard, il serait complétement démoli par ordre des chefs de la révolution romaine.

Les murs de la chambre voûtée étaient divisés, par des hermès mâles, en différents compartiments, couverts de grotesques et de figurines. Dans les compartiments du milieu, on voyait un petit temple, avec la statue de Diane d’Éphèse; autour, au milieu d’une ornementation de fantaisie, des génies ailés jouant avec des Amours ; dans les tableaux des côtés, un cygne se promenant sur l’eau, et, parmi les grotesques de l'entourage, deux joyeux satyres jouant des timbales. Des guirlandes de feuillages entouraient les caissons de Ja voûte, où étaient représentés, entre de légers ornements, des génies et des enfants jouant ensemble. Sur les caissons plus étroits, au-dessus des fenêtres, étaient peintes les figures de Mercure et de Minerve. On pourrait conclure de la présence de ces deux dieux qui se trouvent rarement de compagnie, que c’est un négociant, ami des arts, qui avait fait décorer cette chambre. Les deux caissons principaux du plafond contenaient, toujours avec des entourages analogues, deux médaillons avec des portraits de jeunes femmes. L'une était nue ; l’autre avait la gorge à demi couverte; la troisième portait un vêtement blanc avec des broderies rouges ; la quatrième , vue de profil, était également vêtue. Il est probable que ces portraits sont faits d’après nature et représentent des parentes ou des amies du propriétaire de la villa ; c’est donc sans aucune raison qu’on les nomme les Maîtresses de Raphaël, et qu’elles sont gravées comme telles par Godefroy et Aubert dans le Recueil d’eslampes gravées d’après des peintures antiques italiennes, par A.-B. Desnoyers, dessinées en 1818 et 1819 (Paris, 1821). Il est vrai qu’on trouve, parmi les huit portraits de femmes qui composent ce recueil d’estampes, le portrait authentique de la Maîtresse de Raphaël, d’après la peinture du palais Barberini; mais celui-ci et trois autres sont tirés des fresques de la villa Lante, sur le Janicule, qui fut bâtie et décorée, comme on sait, par Jules Romain, pour Baldassare Turini, après la mort de Raphaël. Retournons aux peintures de la chambre de la villa Raphaël, pour constater, avant tout, que ces figures élancées, mais élégantes, exécutées à fresque avec beaucoup de délicatesse, trahissent la manière de Perino del Vaga, et que les deux plus grands tableaux, d’après des compositions de Michel-Ange et de Raphaël, ont pu également avoir été exécutés par ce même élève de Raphaël. Ce sont les Vices tirant à la cible, d’après Michel-Ange, et le Mariage d'Alexandre avec Roxane, d’après Raphaël. Quant au tableau du milieu, représentant le Mariage de Vertumne avec Pomone, il a vraisemblablement été composé par un élève de Raphaël, et il révèle un faire tout différent de celui de Perino del Vaga.

Lo

Cette dernière peinture est quelquefois désignée sous diverses dénominations, tantôt le Lever d'Alexandre et de Roxane, tantôt la Fête de Flore, tantôt Vénus et Adonis. La première dénomination se trouve sur une gravure exécutée par un orfévre florentin, avec cette marque : I. F. 1542. Bartsch, t. XV, p. 502. Ce graveur a, du reste, reproduit cette composition en lui prêtant le style de Michel-Ange, ce qui fait qu'on a pu attribuer l’invention de ce sujet à Baccio Bandinelli, quoique ce tableau ne porte pas la moindre trace de l’école de Michel-Ange.

Quant à la composition de Michel-Ange, nommée généralement les Vices tirant à la cible, nous indiquerons seulement ici que le précieux dessin original, à la sanguine (h. 8° 9°”, 1. 12° 6°”), se trouve dans la collection royale d'Angleterre.

Gravures : Nic. Beatrizetto, avec l'inscription : Mich. Ang. Bonaroti inv. — Diana Mantuana, indiqué dans le Catalogue de la collection du duc de Buckingham, — F. Bartolozzi, au pointillé. — Lith. d’après la peinture, par A. Maurin, avec cette légende : les Vices assiégeant la Vertu. Mich. Ang. inv. In-fol. en larg.

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