‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 204 sur 407 · La Visitation · texte numérisé non relu

La Visitation

Tableau peint sur bois elt transporté sur toile. H. 6° 2”; 1. 4 5” 6°”.

Sainte Élisabeth vient du côté gauche à la rencontre de la Sainte Vierge en lui serrant la main. La Vierge pose, avec un embarras pudique, sa main gauche sur sa taille. Au fond du paysage, on voit le baptême du Christ, avec Dieu le Père bénissant dans un point lumineux du ciel. C'est, dit-on, une allusion au nom de baptême du donataire de ce tableau, Giovan-Battista Branconio d'Aquila, chambellan du pape. A la vérité, le tableau porte cette inscription : RAPHAEL. VRBINAS. F. MARINVS. BRANCONIVS. F.F., d’où l'on pourrait tirer d’autres inductions ; mais, dans la chapelle Branconio, dans l’église S. Silvestre, à Aquila, dans les Abruzzes, où ce tableau se trouvait autrefois, on peut encore lire, sur une plaque de marbre, l'inscription suivante :

J0. BAPTISTAE BRANCONIO SPECTATAE VIRTVTIS VIRO MAXX. PONTT. JVLIO II FAMILIARI AC LEONI xX.

INTIMO A CGVBICVLO. PROTHONOT. APOSTOLICO E PARTICIPAN. INSIGNIVM VTRISQ. DITIONIS ECCLESIAR. S. CLEMENTIS AD PISCARIAM. S. MARIAE AMBROSIANAE BORNINACEN. AC DE JVMERIS ABBATI COMMENDAT. VIGILANTISS,

SYVMMORVM REGEM AEXTIMATIONE ANNARVMO, OPVM MVNIFICENTIA LVCVLENTER AVCTO PORTYS QUA PLACENTIAM PADVS ALLVIT PRAEFECTO. PRAESTANTIS IN VRBE EXAEDIFICATIONE PALATII AC SACEELI HVIVS ORNATV RAPHAELIS VRBINATIS EXIMIA BEATAE VIRGINIS PICTVRA SPLENDORE AC PIETATE CONSPICVO PROLEGATO DEMVM AVENIONIS DESIGNATO SVPREMA HONORVM AC LVCIS CORONIDE « PRIVSQUAM MVNERE VITA FVNCTO AET, LII DOM. MDXXY. HIER, BRANC. J. C. ABBAS S. CLEMENTIS AD PISCARIAM PATRVO MAX. BENEMER. P.

AN. REPARATAE SALVTIS MDCXXV.

1£ de Z

Le marchese Nardis, mettant en ordre les archives d’Aquila, trouva un document qui indiquait que Raphaël avait reçu 300 scudi pour prix du tableau de Branconio. Quant à la haute estime dont ce tableau jouissait à Aquila, nous en avons un éclatant témoignage dans la décision du conseil du 2 avril 4320, en vertu de laquelleni les prieurs, ni les prêtres, ni les gardiens de l’église de S. Silvestre ne devaient permettre, sans aucune exception, que l’on fit une copie du tableau de la Visitation, de Raphaël. En 1610, Gio. Andrea Urbani d'Urbin obtint l'autorisation d’en faire-une copie pour le maître-autel de la Compagnia dell Umiltà. Une autre copie, par Pompeo Cesura d’Aquila, se trouve dans la maison du marchese Ferdinando de Torres, en cette même ville. L’original fut acquis, en 1655, par le roi Philippe IV d'Espagne, qui le fit placer au palais de l’Escurial !. Les Français l’'emportèrent à Paris, en 1813. C’est dans cette ville qu’il fut transporté de son vieux panneau sur toile. Il a été très-restauré, non-seulement à l’endroit des anciennes jointures du panneau, mais encore dans la partie supérieure et inférieure de la composition. En vertu du traité de paix de 4815, il reprit le chemin de l’Escurial, en 1822. Actuellement il se trouve au musée royal de Madrid.

Cette peinture a été, dans sa plus grande partie, exécutée par Raphaël lui-même, d’un ton puissant, mais tempéré, qui lui appartient. La tête de la sainte Élisabeth est surtout d’une extraordinaire beauté de coloris et d'expression.

Moins satisfaisante est la tête de la Vierge, qui, posée sur un cou mince et grêle, n’a pas dans l'expression cette finesse naïve que lon est accoutumé à trouver dans les madones de Raphaël. Néanmoins, cette tête est très-belle et a bien le coloris du maître : grisâtre dans les ombres, rougeâtre dans les demi-teintes et blanchâtre dans les clairs. La carnation de la sainte Élisabeth est beaucoup plus colorée et plus chaude. Le paysage est d’un faire large et magistral, et avec un ton bleu énergique dans les lointains.

1. De los Santos, Description del real monasterio del Escorial (Madrid, 1681, p. 60), dit qu’il était alors dans la sacristie de la maison royale.

Gravures : Par un ancien Italien anonyme. Chez Ant. Lafrerij, avec le texte :

Benedicta, etc., grand in-fol. — A.-B. Desnoyers, 1824, in-fol. — Au trait, par

Normand, in-fol. pour l'ouvrage de Bonnemaison (Paris, 1822), où se trouvent

aussi les deux têtes, de la grandeur de l’original. — Estaban Boip., in-fol.— Lith. au trait par Helmlehner (Pungileoni, p. 122).

Page 1