Sainte Famille, nommée la Perle
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La Vierge, assise auprès d’un berceau, tient de la main droite l'enfant Jésus sur ses genoux et regarde, la tête un peu tournée à gauche vers le petit saint Jean, qui, enveloppé d’une peau de mouton, présente des fruits au Fils de Dieu, vers lesquels ce dernier étend les bras. Sainte Élisabeth est agenouillée à droite de la Vierge, dont elle enlace les épaules avec son bras gauche, et la Vierge, le coude droit appuyé sur celle-ci, contemple les mouvements gracieux des deux enfants. Dans le fond, à gauche,
4. C’est le n° 236 du dernier Catalogue, sans date d'année. Très-mauvaise copie. Voyez W. Burger : Musées px La Horcanre , Amsterdam et La Huye. (Paris, 1858.) ( Note de l'éditeur.)
on voit saint Joseph dans une ruine, avec quelques autres petites figures dans le paysage à droite. Ce tableau, d’un ton très-sombre, a été peint, sans aucun doute, par Jules Romain; mais on ne saurait contester que Raphaël y a mis la dernière main dans certaines parties. Ce tableau offre aussi plusieurs repeints, qui sont surtout remarquables par la pose de la tête de la Vierge, par l’une de ses mains et par la cuisse de l'enfant. Du reste, il est peint avec beaucoup de soin, et le faire en est léché comme celui d’un jeune artiste qui caresse ses premiers ouvrages.
Le plus ancien renseignement qui existe sur ce tableau paraît se trouver dans la lettre suivante, publiée pour la première fois par Pungileoni, qui l'a tirée des archives secrètes de Mantoue. Nous donnons cette lettre en entier, parce qu’il y est encore question de plusieurs autres tableaux de maîtres :
« Ippolito Calandra al duca Federico Gonzaga a Casale Monferrato.
« Nella camera dell arma si mette quel quaädro che fece Ms. Julio, et il quadro di papa Leone, et il quadro di V. Exza che fece Ms. Tiziano et ancho quello che fece Rafaelo da Urbino a Roma a V. Exza e quello quadro che sa V. Exza che li donû uno Venetiano a V. Exza di quella Douna con quello puttino che ha molto lodato Ms. Julio et anco se li mette un bellissimo quadro di un $S. Hieronimo fatto in Fiandra a olio che già comprù V. Exza.... Nel camerino dove alloggiava la Ima Duchessa quello quadro che fece il Mantegna di quello Cristo in seurto et quello S. Hieronimo de Ms. Titiano, et quello che fece Ms. Julio di S. Catterina, quali tutti faranuno bello adornamento in detta camera, etc.
« 1531, 28 ottobre.
& IPP. CALANDRA. »
Lorsque Charles Ier, roi d'Angleterre, acheta la collection de tableaux du duc de Mantoue, cette Sainte Famille fit partie de ce marché et passa, comme les autres tableaux, à Londres. Mais, après la mort de Charles Ier, ses objets d'art ayant été mis en vente, en vertu d’un arrêt du conseil d'État de 1649, don Alonzo de Cardeñas, ambassadeur d’Espagne, acquit ce tableau au prix de 2,000 livres sterling, pour. le compte de son maître Philippe IV, et le fit transporter à Madrid, avec d’autres œuvres d’art. (D. Ant. Ponz, t. 1, p. 73.) Au premier coup d'œil que le roi d'Espagne jeta sur le tableau de la Sainte Famille, il s’écria, rempli d’admiration : « Voici ma perle! » Depuis lors, le tableau est connu sous la dénomination de : la Vierge à la Perle. Le roi Joseph l'avait emporté à Paris en 1813, mais, restitué à l'Espagne en 1815, il y revint rentoilé et restauré, en 1822, avec les quatre autres tableaux de Raphaël. On le replacça de nouveau à l’Escurial. Aujourd'hui, il est au Musée royal.
+ Esquisses pour ce tableau.
a.) Étude à la sanguine d’après nature pour la tête de sainte Élisabeth. Dans la collection d'Oxford.
b.) Autre esquisse pour la Vierge et l'Enfant. Dans la collection Wicar, à Lille.
c.) Esquisse semblable, pour la Vierge et les deux enfants. Dans la collection du duc de Devonshire, à Chatsworth.
d.) Étude pour la tête de la Sainte Vierge, aux deux tiers de nature, à la pierre noire, et très-retravaillée. Ce dessin, connu en Hollande sous le nom de Madonna del Marchesato, fut gravé par Picart, pour les Zmpostures innocentes. Il passa par les collections du conseiller Joh. van der Mark, bourgmestre à Leyde (vendu 195 florins en 1777); C. Ploos van Amstel, à Amsterdam (vendu 160 florins en 1800) ; Udenbrock, Smetten, M. C. Moyet, à Amsterdam, en 1840. Actuellement, il est en Angleterre.
e.) Étude pour le petit saint Jean, à la sanguine. Dans le Cabinet des estampes, à Berlin.
Gravures d'après la composition de cette Sainte Famille.
Gio. Bath. Franco. Grand in-folio. Voy. Heinecke, p. 419, n° 8 a. — Bapt. Torbido del Moro, avec le paysage changé. Grand in-fol. Bartsch, t. XVI, p. 183, n° 12. — Luc. Vorsterman sculp. Seulement le groupe, sur un fond vigoureux, traité un peu dans le goût néerlandais. En contre-partie. Exécuté en Angleterre. In-fol. — M. Corneille, à l’eau-forte, en contre-partlie, petit in-4d°, — De Poilly, Paysage différent, avec un pont. En contre-partie. — De Poilly exc., avec un paysage différent. En contre-partie. Petit in-fol. — Chez Vallet. Au lieu du paysage, une chambre; saint Joseph entrant par une porte. En contre-partie. Grand in-fol. — En clair-obscur sur fond blanc. Anonyme, in-fol. (Tauriscus, p. 158, n° ]4.) C'est peut-être la planche de E. Kirkall, d'après un dessin de G. Franc, Penni, qui était chez le D: Mead, à Londres ; manière noire, avec un fond moderne. Grand in-fol. — Fernando Selma, 1808, petit in-fol. — Jos. Mari, d’après une copie qui était autrefois dans la maison Canossa, à Vérone, et qui est actuellement chez le cav. Crivelli, à Milan. — Narcisse Lecomte sculp., 1845, gr. in-fol. C’est une très-belle estampe. — Au trait, dans l'ouvrage de Bonnemaison (Paris, 1832), ainsi que les têtes, de la grandeur de l'original, au crayon noir. — Landon, n° 143.
Une copie ancienne de ce tableau se trouve dans la collection Contarini, à l’Académie de Venise ; mais elle a heaucoup poussé au noir.
Imitations de cette composition.
a). Madonna della Galta. Vasari, dans la Vie de Jules Romain, dit qu'après l'achèvement du Couronnement de la Vierge, pour le couvent de Monte Luce, tableau que celui-ci avait peint en collaboration avec-Francesco Penni, d’après les esquisses de Raphaël, Jules Romain travailla seul et fit une Madone où se trouvait un chat rendu avec une telle vérité, que Ja toile semblait vivante, en sorte que le chat avait donné son nom au
tableau. Puis, Vasari dit textuellement, dans la Vie de Girolamo da Carpi (t. VI, p. 357), à propos de la décoration d’une chambre de Cesare Gonzaga, à Mantoue : « Vi ha messo oltre di questo alcuni quadri, che certo son rari, come quello della Madonna, dove è fa gatta, che già fece Raflaello da Urbino. » Vasari confond donc ici, à son insu, le tableau du Chat avec le tableau de la Perle, en ce que la composition de cet original est exactement la même que celle du tableau connu sous le nom de Ja Madonna della Gatta, avec cette seule différence que Jules Romain placa un chat sur le premier plan à droite, dans sa copie du tableau de Raphaël. Il paraît qu'il peignit cette Sainte Famille pour être placée derrière le maitre-autel de l’église d’Aracoeli sur le Capitole, où se trouve encore aujourd’hui une ancienne, mais faible copie de son tableau, avec quelques changements, tandis que la belle copie ou imitation de la peinture de Raphaël avait déjà passé à Naples, à la fin du dix-septième siècle, puisqu’elle est déjà décrite dans le catalogue des Cento quadri per alfabelo, che si conservano nella Galleria Farnese. (Parma, 1795.) C’est un tableau très-habilement peint, et, sans aucun doute, de la main de Jules Romain. Le renseignement que nous donne Gio. Batt. Roberti (Orazione di belle arti, 1758, t. VIII, p. 89), sur l'existence d’une troisième répétition de ce tableau, nous paraît douteux : «Un quadro di Giulio Romano rappresentante una Madonna mandato a Perugia , fu detto il quadro della Gatta. » Dans tous les cas, ce tableau ne se trouve plus à Pérouse.
a.) De la Madonna della Galta il existe une ancienne et mauvaise eau-forte italienne. En contre-partie. Grand in-fol.
Le musée du Louvre possède aussi de cette composition un dessin sur papier gris, lavé et rehaussé de blanc. Un autre dessin, vendu avec la collection Paignon Dijonval, passa en Angleterre. On montre aussi un carton de ce tableau, exécuté à la sépia, à l’Académie de Florence, comme étant un ouvrage de Raphaël lui-même. Mais le dessin et l'exécution en sont si faibles, qu’on ne pourrait pas seulement l’attribuer à un de ses élèves.
b.) Cherubin Alberti a gravé, en 1582, la composition de la Perle, avec des changements : les enfants jouent avec un oiseau attaché à un fil, et à droite on voit une riche architecture d'ordre-ionique, avec la statue de Moïse dans une niche. En contre-partie. Grand in-fol. Bartsceh, t. XVII, p. 63, n° 40. — Landon, n° 350,
Vraisemblablement cette gravure a été exécutée d’après une peinture qui est conservée depuis longtemps déjà à Oakover Hall, résidence de la famille de ce nom, dans le comté de Derby, en Angleterre; car nous avons appris que ce tableau offre exactement la même composition que la Perle, à cette différence
près que les enfants jouent avec un oiseau. Du reste, ce serait, dit-on, un tableau d’une belle et puissante couleur, puisque des connaisseurs l’attribuent à Jules Romain.
c.) Une troisième imitation de la Vierge à la Perle se révèle par la gravure d'un ancien anonyme italien. C’est le groupe de la Vierge avec l'enfant Jésus et le petit saint Jean qui lui présente des fruits. À Ja place de sainte Élisabeth, c’est saint
Joseph qui est assis à droite, et cette sainte est reléguée au fond de la maison. À gauche, dans le paysage, il y a un moulin auprès d’un étang. Haut. 7” 7”; larg. 10” 4”. Landon, n° 332. Tauriscus, p. 161, n° 20.