L’Archange saint Michel
Tableau peint sur bois et transporté sur toile. H. 6° 4° 8°”; 1. 3° 3”.
Saint Michel, descendu du ciel d’un vol rapide, vient à peine de toucher avec le pied Satan, que celui-ci écrasé ne cherche déjà plus à opposer sa fureur diabolique à la toute-puissance divine. L’archange ailé, dont tout le costume affecte un certain abandon de fantaisie, tient sa lance à deux mains et la lève pour en frapper le démon. Une tunique couvre son corps jusqu’aux genoux ; sa poitrine est couverte d’une cuirasse d’écailles d'or, et son épée est suspendue au ceinturon qui entoure sa taille. Ses jambes nues sont chaussées de gracieuses bottines qui cependant laissent voir l’extrémité des pieds nus. Des flammes rouges et bleuâtres sortent des crevasses du sol et le fond est un paysage rocailleux avec la mer au loin. Raphaël semble avoir voulu exprimer l'idéal de la force et de la jeunesse dans le saint Michel dont les formes unissent la grâce d’un adolescent à la vigueur de l’homme mür et dont la carnation rosée indique elle-même la nature angélique. Cette figure forme un superbe contraste avec celle de l’ange déchu qui n’est plus qu’un démon; voilà pourquoi, dans toutes ces parties, la carnation, magistralement entendue, est d’un ton sombre et brun.
Raphaël, fidèle à son juste sentiment de la convenance dans l’art, a obtenu, à l’aide du raccourci donné à la figure renversée à terre, ce résultat ingénieux, que l’œil n’est point désagréablement frappé par l’aspect repoussant de cette figure diabolique, car la puissance surnaturelle de l'archange domine seule dans cette composition , où la laideur de Satan ne fait que mieux ressortir la majestueuse beauté de saint Michel.
Le ton général du tableau, qui ne consiste, pour ainsi dire, qu’en trois couleurs distinctes, le bleu, le jaune et la couleur des chairs, porte le caractère d’une extrême sévérité; mais les différentes gammes de ces tons sont si variées, la lumière si habilement répandue, que, malgré cela, la couleur, si simple qu’elle soit, produit un effet magique. Primitivement, cette peinture était tout entière de la main de Raphaël; mais depuis elle a été très-retravaillée et la figure de Satan a beaucoup souffert. Néanmoins, le tableau est toujours d’un effet saisissant et indescriptible.
Sur le bord du vêtement bleu de l’archange on lit: RAPHAEL. VRBI- NAS. PINGEBAT, M.D.XVII.
Selon Vasari, Raphaël a peint ce tableau pour le roi Françols Ie de France. Mais Pierre Dan se trompe dans son ouvrage intitulé : Trésor et
1. Fece per Francia molti quadri, e particolarmente per il re un S. Michele che combatte col diavolo, etc.
merveilles de Fontainebleau , quand il dit que le pape Clément VIT avait fait peindre ce tableau pour le roi. Reveil et Duchesne aîné (Musée de peinture et de sculpture. Paris, 4828) se trompent aussi en disant que le cardinal de Boissi, légat du Saint-Siége à la cour de France, avait traité avec Raphaël au nom du roi, pour la commande du Saint Michel. La vérité est que ce tableau, aussi bien que celui de la grande Sainte Famille, avait été commandé personnellement par Laurent de Médicis qui voulait les offrir en présents au roi de France, afin de gagner sa bienveillance et d'obtenir son appui dans les injustes prétentions qu’il conservait sur le duché d’Urbin. C'était aussi pour ce même motif qu’il s'était rendu luimême en France. Nous trouvons des renseignements suffisants à ce sujet dans la correspondance (publiée par le docteur Gaye 1) de Goro Gheri, de Florence, avec Baldassare Turini, à Rome, et dans celle du même Goro Gheri avec Laurent de Médicis. Dans cette correspondance nous voyons que l’on pressait beaucoup Raphaël pour l'achèvement de ces deux tableaux, qu’il les termina au mois de mai 1518, et qu’ils furent envoyés à dos de mulets, sous la garde d’un de ses domestiques, par le chemin de Florence et de Lyon, à Laurent de Médicis, qui était alors, selon toute apparence, à Fontainebleau. Pour ce qui concerne le premier de ces deux tableaux, on peut admettre que le peintre a fait allusion à l’ordre de Saint-Michel, fondé en 1469 par le roi Louis XI; mais il n’y a aucune espèce de fondement à cette opinion avancée par quelques historiens modernes, que ce sujet devait indiquer ailégoriquement que le roi de France, en sa qualité