La grande Sainte Famille
Peint sur bois et transporté sur toile, H. 6° 5°’; 1. 4’ 3”,
La Vierge, se penchant, prend sous les bras l'enfant Jésus, qui de son berceau s’élance vers elle. À gauche, sainte Élisabeth est agenouillée avec le petit saint Jean, auquel elle joint les mains comme pour l’inviter à l’adoration. A droite, derrière la Vierge, Joseph dans une attitude contemplative, et, de l’autre côté, deux anges dont l’un a les bras croisés sur sa poitrine et l’autre élève les siens en répandant des fleurs. Le fond est formé par le mur d’une chambre, avec un rideau vert; à gauche, un peu de ciel. Sur le bord de la robe de la Vierge on lit: RAPHAEL. VRBINAS. PINGE- BAT. MDXVII.
Vasari désigne ce tableau très-imparfaitement dans la Vie de Jules Romain : « Et il peignit à l'huile un très-beau tableau d’une Sainte Élisabeth de Raphaël, que celui-ci envoya au roi de France avec un autre d’une Sainte Marguerite, que Jules Romain avait exécuté presque seul, d’après un déssin de Raphaël. Le même envoya aussi au roi le portrait de la vicereine de Naples, auquel il avait seulement peint la tête d’après nature, mais tout le reste fut exécuté par Jules Romain. » De ce passage il résulte pourtant que Jules Romain a ébauché tout le tableau de la Sainte Fa-
1. Le Catalogue raisonné de l’œuvre d’fsraël Silvestre, par M. L.-E. Faucheux (Paris, 4857, in-8), nous fournira des renseignements plus explicites sur ce dessin : a Une étude de Raphaël, représentant la tête de saint Michel faite pour le tableau peint par ce maître en 1517, tableau représentant saint Michel terrassant le démon, et qui est au musée, a été estimée 4 livres par Coypel. Cette étude avait été rapportée d’Italie par Silvestre ; elle est peinte sur papier et collée sur bois; elle resta dans la famille, parce que, dit une note de l'inventaire, les tableaux ne trouvaient pas marchand au prix d’estimation. Lorsqu'en 1814 on fit la vente des tableaux et gravures de Jacques-Auguste de Silvestre, cette étude fut vendue 1,500 fr. et achetée par
M. Dufourny. Revenue dans la famille Silvestre, elle fut vendue une seconde fois en 1851, après le décès de M. Auguste-François de Silvestre, au prix de 820 fr. » (Note de l'éditeur.)
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mille et qu’il la même achevé en partie. On comprend donc maintenant pourquoi les chairs sont parfois d’un ton un peu rouge et les ombres, en général, un peu brunes ou noirâtres. C’est de là qu'on a vu surgir en France cette opinion, que Raphaël fut un mauvais coloriste, tandis que, non-seulement dans ses fresques, mais encore dans ses tableaux à l'huile et notamment dans la Madone de Fuligno , dans la Sainte Cécile et dans le tableau de Dresde, le maître a suffisamment prouvé qu’il occupait aussi une des premières places parmi les peintres coloristes. Au reste, dans le tableau de la grande Sainte Famille du Louvre, il y a des parties colorées en maître, comme la tête de saint Joseph et celle de la Vierge, tandis qu’au contraire les têtes des anges sont aussi dures de dessin que sèches de coloris.
P. Dan, dans son Trésor des merveilles de Fontainebleau (Paris, 1649, infolio), dit, en parlant de ce tableau, «que le roy François l’acheta au prix de vingt-quatre mille francs. Il s'en voit un grand nombre de copies. » Mais nous avons prouvé par la correspondance de Goro-Gheri, à l’article du grand Saint Michel, que Raphaël a exécuté cette Sainte Famille sur la commande de Laurent de Médicis. Ainsi tombent d’elles-mêmes toutes ces belles histoires faites à plaisir sur ces deux tableaux, sur Raphaël et sur le roi François Ier, anecdotes qui ne sont plus même dignes d’être citées.
Voici ce que rapporte Usteri, au sujet de ce tableau, dans une note sur les Lettres de Winkelmann à son ami en Suisse (1788, p. 83): «La grande Sainte Famille de Raphaël était autrefois placée à Versailles au-dessus d’une cheminée; on doit à M. Wille (le graveur de Kænigsberg, à Paris) qu'elle fût éloignée de la fumée et placée dans une antichambre sans cheminée. » Comme le panneau sur lequel était peint ce tableau avait beaucoup souffert, il fut transporté sur toile, et en général il est aujourd'hui dans un état satisfaisant, sauf ce ton brun que lui donna sans doute le noir de fumée dont Jules Romain s’est servi pour l’ébauche f.
Gravures de ce tableau.
Dans la manière de Caraglio; dans le haut, à gauche, on lit : Ave, Maria. amen. Dans le bas, à droite, il y a quelquefois les deux lettres : R. V. H. 15” 9”; 1. 10” 3°”. Voy. Heinecke, n° 1. — E. Rousselet, Le Blond exc. En contre-partie. Grand in-fol. — C. Duflos, en contre-partie, petit in-4°. — Chez N. Bazin, en contre-partie, petit in-fol. — Gerard Edelinck sculp. En contre-partie. C’est une estampe admirable, in-fol. Premières épreuves, sans les armes de Colbert. Deuxièmes épreuves, avec les armes.Troisièmes, les armes enlevées.— Jac. Frey, pour le Cabinet Croxat, En contre-partie, in-fol. — P. Drevet exc. Le haut cintré. Petit in-fol. — P. Drevet exc. Bonne petite planche, par un anonyme. — Jacques Chereau jun. Le haut cintré. Petit in-fol. — B. Picart (sous la direction de). H. 5° 6°”. — De Poilly, en contre-partie, grand in-fol. — Chez de Poilly. Le
4. Estimé 110,000 fr. sous l’Empire et 100,000 fr. sous la Restauration, dans les estimations officielles des tableaux du Louvre. Catalogue des Écoles d'Italie, par M. Villot, 1° édit, de 1849, (Note de l'éditeur.)
haut un peu cintré, faible. Petit in-fol. — Chez Vallet, en contre-partie, grand in-fol. — Edelinck jun. sculp., chez J. Bonnart. Mauvaise planche grand in-fol. — G. Monthard exc., avec une bordure. Petit in-folio. — Giampicoli inc., grand in-8°. — Leodii Michael Natalis, Calcographus S. S. Cel. E. Col., petit in-fol, — F. Borsi, Mauvaise planche in- fol. — Joh. Emili. Romæ, 1798. En contre-partie. In-fol, — P. Schenck, à Amsterdam, à la manière noire. En contre- -partie. Petit in-fol. — La même, plus petite, sans le nom. — E. Kirkall, à la manière noire. Gr. in-fol. — Gravé à la roulette, chez Colnaghi et compagnie. Londres, 1795, in-fol. — L. Schiavonetti, the Holy Family, in- fol. C’est une copie d’après Edelinck. — Giuseppe Asioli da Coreggio, 1814, in-fol. — Thouvenin, in-fol. — Ch. Louis Schuler de Strasbourg, 1824. Gr. in-fol. — Jos.-Theo. Richomme , pour le Musée Napoléon, in-fol. — Le Pouquet pour la Galerie Filhol. In-8. — Aug. Spiess, sur acier. Gr. in-fol. — Lith. par J. Gauff, chez Stern, à Francfort-sur- Mein. En contre-partie, d'après Edelinck. In-fol. — Gravé par N. Desmadryl, grand in-folio. — Lithograph. par Léon Noël. Grand in-folio. — Gravé par Dien et Th. Richomme, pour Artaria à Mannheim. — Landon, n° 105.
Dans le catalogue de Tauriscus, sont encore indiqués, p. 149 : Virgile Solis, et au trait, par Testelin, in-fol. — Etudes d’après les têtes gravées, par Bouqué. 6 pl. (p. 285, n° 10).
Buste de la Vierge dans un ovale, Mater Amabilis, tournée à droite. Houlanger fec. Gr. in-fol.
Etudes pour ce tableau.
a.) Esquisse pour la Vierge, à la sanguine. Collect. qu Louvre. Fac- -
simile par Butavand. — Landon, n° 217.
b.) Étude pour la draperie de t Vierge. Collect. de Florence. c.) Esquisse pour l'enfant Jésus, d’après nature, à la sanguine. Collect. de Florence. A la vente de La Haye, en 1850, il s’en est trouvé une copie qui fut vendue 195 florins.
Copies.
a.) Nous en avons vu une, sur toile, de la grandeur de loriginal, en 1831, chez les frères Woodburn, à Londres.
b.) Une autre, de Mignard, d’un format plus petit, se trouvait en 1831 chez M. Cousin, à Paris. Il la mit en vente à Londres, l’année suivante, pensant posséder un original du maître. Elle fut achetée par le chirurgien M. Nossoc. |
c.) Exécutée à fresque par Rafaele delle Colle, dans l’église del Corpus Domini , à Urbania.
d.) On se servit de cette même composition pour un carton, d’après lequel on voulait vraisemblablement faire tisser une tapisserie, en y ajoutant encore quelques figures aux deux côtés. Ainsi, derrière sainte Elisabeth, on voit le vieux Zacharié et deux figures de femme auprès de saint Joseph, qui contemplent cette scène avec admiration; tout à fait dans le coin, il y à encore la tête d’un homme. Dans le haut, un ange qui vole horizontalement, répandant des fleurs, remplace les anges qui se trouvent dans le tableau original, Ce carton, dessiné à la pierre noire, a été
autrefois colorié, mais les couleurs out presque entièrement disparu. À juger la manière dont il est traité, il paraît avoir été exécuté du temps du Primatice. Il est maintenant à Broughton Hall, ancienne résidence des ducs de Montague, possession actuelle du duc de Buccleuch. Selon une tradition, ce carton aurait été offert en présent au roi d'Angleterre, avec d’autres objets d’art, par le duc de Beaumont, lorsque celui-ci sortit de France. Voy. notre Kunstreise durch England und Belgien, p. 188.