‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 210 sur 407 · La Sainte Marquerite · texte numérisé non relu

La Sainte Marquerite

Sur bois. H. 5° 87:1. 3° 7”,

Sainte Marguerite, qui résista aux tentations de ce monde par la puissance de la foi, a toujours êté représentée domptant un dragon. Dans ce tableau , nous voyons aussi une figure virginale d’une extrême noblesse, marchant sur un affreux dragon, qui se roule à ses pieds. Elle tient une branche de palmier dans sa main droite, et de la gauche son manteau, qui lui couvre les épaules. Pour fond, une colline plantée d'arbres. Nous avons rapporté plus haut un passage de Vasari dans sa Vie de Jules Romain, d’après lequel celui-ci avait presque entièrement exécuté le tableau de cette Sainte Marguerite sur un dessin de Raphaël ; cette assertion est confirmée par le coloris rougeâtre des chairs et le ton puissant de tout ce tableau. Pierre Dan raconte, sans toutefois fournir la moindre preuve de ce qu’il avance, que ce fut un gentilhomme florentin qui fit don de ce tableau à l’église Saint-Martin des Champs, à Paris, et que ledit tableau fut plus tard acheté par le roi Henri IV. Vasari, qui écrivait en Italie un demi-siècle avant l’auteur du Trésor des merveilles de Fontainebleau, dit expressément que Raphaël envoya la Sainte Marguerite au roi de France, et nous trouvons ce tableau déjà mentionné parmi ceux qui furent nettoyés par le Primatice en 1530. Nous avons aussi déjà exprimé l'opinion que le choix du sujet de ce tableau avait pu être déterminé par le nom de la sœur du roi, Marguerite de Valois. — Ce tableau, transporté sur toile, fut tant nettoyé en plusieurs endroits, que le fond de la toile a été mis à découvert, et de plus il a été fortement repeint. La draperie bieue et le manteau rouge portent le cachet de l’école française du dix-septième siècle. C’est la gueule béante du dragon qui est la partie la mieux conservée du tableau. Cependant toutes ces restaurations plus ou moins maladroites n’ont pu détruire l’expression d’innocence et de naïveté de la tête de la sainte, et le génie de Raphaël brille encore à travers les vêtements‘. Actuellement ce tableau, après avoir disparu longtémps des salles du Louvre, a été rendu aux amis des arts ?.

1. Selon la première édition du Catalogue des Écoles d'Italie, de M. Villot (1849), ce tableau n’était estimé que 1,000 fr. (Note de l’édileur.) 2, Les comptes des Bâtiments royaux nous fournissent le renseignement suivant : « Donné la

PT

Gravures d'après ce tableau.

Phil. Thomassin, 1589, in-fol. — Egidius Rousselet. In-fol. — Ls. Surugue. En contre-partie, pour le Cabinet Crozal. In-fol. — B. Picartexc., en contre-partie. Gr. in-8. — Chez Ve Chereau, sans nom, mais vraisemblablement de B. Audran, avec la légende de la sainte. Petitin-fol. — Mariette exc., en contre-partie. Planche

dure. In-fol. — Marie Briot. In-fol. — Sandrart exc. Raide. In-fol. — C. Fiori, gravure vigoureuse dans la manière des Néerlandais. In-fol. — Gio. Maria Variana formis. Genova. A l’eau-forte. Petit in-fol. — A. B. Desnoyers, 1832. Gr. in-fol.

— Seulement jusqu'aux genoux, sans le dragon, par Metzmacher, Paris, chez A. Hauser, in-fol. — Landon, n° 111.

Copies d'après ce tableau.

a.) Une belle copie de ce tableau passa de la collection de Jabach , de Cologne, dans celle du peintre Hoffmann, de la même ville, après la mort duquel le tableau fut porté à Vienne par le D' Huybens, pour y être mis en vente. Nous n'avons pu obtenir aucun renseignement sur le sort de cette copie. On sait seulement qu’elle est absolument conforme avec le tableau original, et elle offre plusieurs parties repeintes, surtout le bras gauche de la sainte. La draperie supérieure rouge a pàli.

Il existe une petite gravure d'après ce tableau, par Meno Haas, dans le Rheinischen Taschenbuch. In-12. — Gravé à Vienne par Carl Rahl. In-fol.

b.) M. Andrae, à Offenbach, possédait une copie toute semblable à la précédente, à moins toutefois que ce ne fût la même, ce qui n’est pas impossible.

231. La Sainte Marquerite de la galerie de Vienne. Sur bois. H. 5°; l. 3? 107”.

C’est une remarquable répétition du tableau précédent, avec d’importants changements. La sainte, sortant de la caverne, tient un petit crucilix de la main gauche, et, avec son bras droit qu’elle abaisse sur son corps, elle relève la draperie rouge qui tombe de son épaule gauche. Ici, son regard ne se dirige point vers le spectateur, mais il se fixe vers le dragon qui se roule affreusement à ses pieds.

Le plus ancien renseignement que nous ayons sur ce tableau est fourni par l’Anonyme de Morelli, p. 72: « In casa di M. Zuanantonio Venier in Venezia, 1528. La tela della S. Margarita poco minor del naturale fu de man de Raffaello de Urbino, che la fece a Don... Abate de S. Benedetto, : che la dond ad esso M. Zuanantonio : ed è una giovene ritta in piedi con panni apti ed eleganti, parte delli quali tiene con la man destra; con un

somme de unze livres à Francisque Primadice, de Boulogne, le peintre, pour avoir vaqué durant

le mois d'octobre 1530 à laver et nettoyer le vernis à quatre grands tableaux appartenant au Roy, de la main de Raphaël d’Urbin; à savoir: le Saiut Michel, la Sainte Marguerite, Sainte Anne et le portrait de la Royne de Naples.» La Sainte Marguerite se trouvait encore à Fontainebleau en 4589. Voy. Léon de Laborde, La Renaissance, ete,, t. I, p, 33. (Note de l'éditeur.)

aere bellissimo, con li occhi chinati in terra, con la carne bruna, come era peculiar all artefice, con un crocifisso piccolo in la man sinistra, con un dracone che gira attorno a lei in terra, ma si discosto perù da lei, che la si vede tutta insino alle piante, nè l’ombra pur del dracone la tocca, per essere el lume e lo veder alto, con una grotta da drieto che aiuta la figura a rilevarsi : ed è opera in somma irreprehensibile. »

Nous trouvons un second renseignement dans la Carta del navigar pitoresco (Venezia, 1660, £. IV, p. 45), où l’auteur, Marco Boschini, célèbre la collection de l'archiduc Léopold-Guillaume , d’après le témoignage du peintre Pietro Liberi, qui avait fait, pour la voir, un voyage à Vienne en 1638 et 4659. Marco Boschini dit expressément que la Sainte Marguerite de Raphaël était restée pendant cent ans dans la maison Priuli, à Venise, avant d'aller en Allemagne.

Stàa vôlta si, per termine cortese,

Portar la Magarita preciosa

Voi tra ste zogie per zogia famosa

Che gran tempo hebe albergo in sto paese.

Per esser stà nutrida in stà Cità

Cent’ani in Cà Priuli, in regia stanza,

L'ha privilegio de citadinanza

E d’ogni forestir l’ancianità.

Questa xè quela santa Margarita

Si segnalada, e de si gran valor;

Certo che Rafael s’ha fato honor :

L'è ’1 più bel quadro, che ’1 fesse in s6 vita.

Cependant, le même Boschini dit dans un autre ouvrage : Le Miniere di pittura (Venezia, 1664, in-12, p. 525), que l'original de cette Sainte Marguerite avait passé en Angleterre, mais qu’il s’en trouvait une copie dans la chapelle de la famille Priuli, à l’église S. Michel des Camaldules, sur l’île Murano. Cette copie resta, en eflet, dans cette église jusqu’à l’année 4797, comme l'indique le Trattaio della pittura veneziana (Venise, 1797, t. Il, p. 138). L’assertion de Boschini coïncide avec celle que Pierre Mariette a consignée dans le texte du Cabinet Crozat, t. 1, p. 7, en disant que le tableau de la Sainte Marguerite, qui était alors dans la possession de l’archiduc, provenait de la collection du roi d'Angleterre. Il est vrai que ce tableau ne se trouve point décrit dans le Catalogue des ouvrages d’art appartenant au roi d'Angleterre, par van der Doort; mais, comme d’autres ouvrages excellents qui faisaient partie des collections de Charles Ier n’ont pas été davantage indiqués dans-ce catalogue, il est permis d'admettre que ce tableau a pu être acheté par l’archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas espagnols, lequel avait acquis beaucoup de tableaux en Angleterre, à cette époque. Il est certain que

néant in Se. Le D à US LS

l’archiduc Léopold-Guillaume quitta Bruxelles en 1657, pour aller s’établir à Vienne, avec tous ses objets d’art, et qu’en vertu de son testament, daté de Kaiser-Ebersdorf, du 9 octobre 1661, il légua ses collections à l'empereur Léopold Ier. Dans Particle 5 de cet acte, il dit : « Afin que, cinquièmement, sa très-gracieuse Majesté impériale et royale ait de mes biens terrestres un souvenir de parent, je lui laisse et lègue toutes les peintures, statues et monnaies païennes, comme la partie la plus précieuse de ma succession, et que j'aime le plus, ete. » Voyez dans la Revue autrichienne pour l'histoire et les chroniques d'État, du 41 juillet 1835, p. 219, un article sur les ouvrages de Raphaël qui se trouvent dans la collection impériale et royale, par Albrecht Krafft. Il n’y a qu’une contradiction à signaler dans les documents relatifs à ce tableau, c’est que PAnonyme de Morelli parle d’une tela, d’une toile, à propos de la Sainte Marguerite, tandis que le tableau qui est au Belvédère, à Vienne, est peint sur bois. Néanmoins, nous tenons d’autant plus à son témoignage, que sa remarque sur le ton brunâtre du tableau qu'il cite s'accorde parfaitement avec le caractère du tableau que nous retrouvons à Vienne. Ce ton vigoureux dans les ombres trahit la manière de faire de Jules Romain, de même qu'on peut lui attribuer les changements qu'il à faits dans la composition de Raphaël; ainsi, la pose si mouvementée de la sainte n’est pas conforme au goût du vrai beau que professait Raphaël, tandis qu’elle répond parfaitement au génie fougueux de son plus grand élève.

Gravures : Joh. Troyen, 1660. Petit in-fol. pour l'ouvrage intitulé : Davidis Teniers jun. Theatrum artis pictoriæ, etc. (Bruxellæ, 1669). In-fol. — Luc. Vorsterman jun. En contre-partie. In-fol — Jacob. Männul. En contre-partie, à la manière noire. Gr. in-fol. — Joh. Anton von Prenner, 1733, à l’eau-forte. En contre-partie, pour son Theatrum artis picloriæ, etc. (Vindobona, 1729-1733). — Joh. Eissner, pour la Galerie 1. et R. du Belvédère (Vienne, chez Carl Haas, 1821- 1828). — Au trait par À. Reveil. In-8.

Il existe aussi quelques gravures dans lesquelles la sainte Marguerite tient une branche de palmier et un crucifix, ce qui ne doit être considéré que comme une imitation arbitraire de la composition de Raphaël. Gravé par N. Bazin, 1690, in-4, avec la croix dans la main droite. — Se vend chez Bazin, Mariette exc., avec la palme dans la main droite et la croix dans la main gauche. In-12.

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