La petite Sainte Famille au Louvre
Sur bois: He 34090 NOESX
L'enfant Jésus, debout dans son berceau, avançant ses bras par-dessus les genoux de sa mère, caresse des deux mains les joues du petit saint Jean. Celui-ci est agenouillé en adoration, et sainte Élisabeth, également à genoux, le tient de la main droite. Le fond est formé par des ruines couvertes d’arbustes et de plantes. Des deux côtés, un riche paysage. Ce petit tableau, d’une grâce extrême , puissant et transparent de couleur, est très-délicatement, mais magistralement et spirituellement exécuté Pourtant on ne saurait nier que la tête de la Vierge ne soit un peu grande
et que ses pieds ne soient un peu petits, d’après les proportions de la figure. Le coloris puissant et chaud de ce tableau et le faire du paysage, dont la finesse de détails rappelle celui du tableau de la Perle, du musée de Madrid, ne sont point conformes au goût particulier de Raphaël, et font supposer que cette peinture à été exécutée par Jules Romain, d’après un dessin du maître.
Félibien, dans ses Entretiens, t. IL, p. 335, donne, sur l'histoire de ce tableau, le renseignement suivant : «Ce tableau a été longtemps dans la maison de Boissi, où il avait été laissé par Adrien Gouffier, cardinal de Boissi, à qui Léon X donna le chapeau, lan 1515, et qu’il envoya légat en France en 1519. On dit que ce fut un présent que lui fit Raphaël, en reconnaissace des bons offices qu’il lui avait rendus auprès du roi François [°". Quoi qu'il en soit, ce cardinal le gardait précieusement, et Raphaël lui-même avait pris soin qu’il fût bien conservé; car il est couvert d’un petit volet de bois peint et orné d’une manière aussi agréable que savante. » Ce tableau fut possédé ensuite par le duc de Rouanez, et Louis XIV l’acquit de l’abbé Lomenie de Brienne. F. le Comte, dans son Cabinet des Singularités (Paris, 1699, t. II, p. 54), le cite comme étant alors à Versailles. Actuellement, il est au musée du Louvre; mais il n’est plus garni du volet que mentionne Félibien. Nous supposons toutefois qu’un petit tableau, qui est au même musée‘, de 14” de haut sur 11” de large, n’est autre que le couvercle en question. Il consiste en deux panneaux réunis, et représente, magistralement exécutée en grisaille, une figure de l’Abondance. Elle est debout, dans une niche, semblable à une statue, et s'appuie, du bras gauche, sur un vase d’un jaune d’or, tenant une corne remplie d’épis de la même couleur.’Sa main gauche est posée sur sa hanche. Sous la pierre qui lui sert de piédestal est un masque avec une bouche ouverte, ce qui fait que l’on à cru voir dans cette peinture le modèle d’une fontaine. De chaque côté, il y a une imitation d’ornements sur marbre coloré, avec deux tablettes portant les noms du maître : RAPHAEL VRBINAS?. 1l ressort évidemment de ce qui précède que Raphaël a lui-même fait l’esquisse de cette figure; mais l’exécution, au contraire, n’est pas tout à fait la sienne ; elle a beaucoup d’analogie avec
1. Actuellement sous le n° 387. Ce tableau fut estimé 1,000 fr, sous l’Empire et 5,000 fr. sous la Restauration, par les experts officiels du musée, Catalogue des Écoles d'Italie, par M. Villot, 1" édition de 1849. (Note de l'éditeur.) -
9. M. Villot, dans son Catalogue des Écoles d’Italie (édit. de 1853), dit que « cette signature semble postérieure à l’époque où le tableau a été peint. Ce tableau, ajoute-t-il, est attribué dans l’Inventaire de Bailly (1709-1710) à Jules Romain. On l’a également attribué à Giovanni Nanni da Udine, qui peignit souvent dans les tableaux de Raphaël des arabesques et des ornements; puis à Francesco Penni, dit à Faltore. L’Inventaire et les Notices qui précèdent le donnaient comme ouvrage original. » (Note de l'éditeur.)
les dessins de Francesco Penni, auquel nous pensons devoir attribuer ce petit tableau.
GRAvuURESs : Jacopo Caraglio. Seulement une muraille pour fond. Bartsch, t. XV, p. 69, no 5. — Copie de cette estampe: Rapx. VRB. INVENT. En contre-partie. — Corneille Matsys (?). Dans une niche de rochers. En contre-partie. H. 11” 10’”; 1. 9° 10°”. — Fr. Poilly, in-folio. Premières épreuves, sans le nom du graveur. Deuxièmes épreuves, avec son nom. Troisièmes épreuves, retouchées par C. Simonneau pour le Cabinet Crozat, Quatrièmes épreuves, très-retravaillées, Jo. Jac. de Rubeis formis, Romæ.— Jo. Jacobus Frey incisor Lucernen. Pet. in-fol. — P. Drevet exc. Petit in-fol. -— De Poilly exc. En contre-partie. Petite planche. — W. D. Gutwein. Copie. — Chez de Poilly. Dans un rond. Fond de rideaux avec une fenêtre. Suscription : Deliciæ meæ, etc. Grand in-4°. — Anonyme. Dans un ovale. Mauvaise petite planche. — J.-B.-L. Massard, in-fol. — A.-B. Desnoyers, avec cette légende : La Vierge au Berceau, in-fol. — Morace, pour le Musée Napoléon, in-fol. — A l’eau-forte, par Devilliers; terminé par Nicquet, pour la Galerie Filhol, in-8°., — Leroy. À la roulette. En contre-partie. In-fol. — Lith. par J. Carot, 1840. Petit in-fol. — Au trait, pour le Manuel du Musée Napoléon, AIN n2921/="Landon, n° 107.
Copies d'après ce petit tableau.
Félibien, dans ses Entretiens, p. 335, cite une répétition de la petite Sainte Famille : « Quant à celui qui est aujourd’hui dans le cabinet de M. le duc de Mazarin, dit-il, le chevalier de Pozzo le fit acheter par M. le marquis de Fontenai pendant qu'il était ambassadeur auprès du pape Urbain VIII, prétendant que c'était l'original que Raphaël avait commencé et sur lequel celui dont J'ii parlé avait été copié par Jules Romain. Raphaël a dessiné ces deux tableaux et les a fait peindre par deux de ses élèves; mais, ayant eu plus, d’inelination à finir celui qui est dans le cabinet du roi, il l’acheva entièrement et laissa l'autre imparfait. » On voit clairement dans ce passage, Que Félibien ne voulait point blesser le duc de Mazarin, héritier de la galerie du cardinal, mais qu’il considérait son tableau comme une copie. Ce que cette copie devint, on ne saurait plus le dire au juste. Mais nous aVOns vu une belle copie ancienne, que l’on prétendait être celle-là, chez M. George Morant à Londres. Il en existe encore une autre dans la même ville chez un marchand, et une quatrième à Cologne.
Un dessin au bistre et rehaussé de blanc se trouvait dans la collection du duc de Tellard. Voyez le Catalogue de Remy et Glomy (Paris, 1756).