‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 216 sur 407 · Portrait du Violoniste · texte numérisé non relu

Portrait du Violoniste

C’est le portrait en buste d’un jeune homme âgé d’une vingtaine d’années. Sa tête vue de trois quarts est tournée du côté de l'épaule droite. Ses cheveux bruns, coupés droit, tombent jusque sur la nuque et sont couverts d’une barrette noire. De la main gauche, il tient un archet, quelques feuilles de laurier et des immortelles. Son ample vêtement vert est garni de velours noir avec un collet de fourrure. Le fond est gris ; sur un balustre, qui est sur le devant, est la date de MDXVHI.

La belle forme de la tête, son expression noble et simple, son regard profond et pensif, donnent à cette peinture un attrait et un charme qui redoublent encore la beauté de l’exécution. On voit que le maître a peint ce tableau avec amour et avec un soin extrême. L'effet général de ce portrait est d'une charmante simplicité et par conséquent bien différent de celui de Léon X; on a peine à comprendre comment Raphaël a pu peindre, lun après l’autre, et peut-être simultanément, deux portraits si dissemblables, si variés dans leur exécution et cependant d’une si rare perfection tous les deux. Le ton de cette peinture est très-transparent, sans que les ombres soient plus forcées que dans une lumière ordinaire. Les chairs, aux transitions tendres et colorées, accusent des ombres tombant un peu dans le grisâtre. Lorsque nous admirâmes ce précieux portrait, en 1835, au palais Sciarra Colonna, à Rome, il était, sauf quelques légers accidents, en parfait état de conservation. Malheureusement on l’a fait nettoyer et restaurer depuis, sans aucun motif plausible, et il en est résulté les mêmes détériorations que pour le beau portrait de femme qu’on admire aussi dans cette galerie sous le nom du Titien, et qui, en réalité, est de Palme le Vieux.

On a fait bien des recherches jusqu’à présent, pour découvrir quel est le jeune homme représenté dans ce tableau, sans toutefois arriver à un résultat satisfaisant. Quant à reconnaître en lui un poëte ou improvisateur, qui, selon l’usage du temps, déclamait ou chantait ses vers en s’accompagnant de la viole, c’est un point établi et bors de contestation. Mais ce n’est pas plus le portrait d’Antonio Tebaldeo que celui de Bernardo Accolti, nommé l’unico Aretino, comme on l’a supposé, puisque le premier étant né en 1463, le second én 1466, tous deux, par conséquent, avaient déjà passé la cinquantaine en 4518. Ce n’est pas davantage Giacomo Sansecondo, car il avait près de quarante ans alors que le comte de

Castiglione l'avait présenté à la cour d'Urbin en 1508. Ce serait encore moins l’aimable Giovanni Mazarello, qui a écrit sous le nom de Mutius Aurelius, car ce jeune homme, qui donnait les plus belles espérances, périt malheureusement en 1516, comme nous l’apprenons par une lettre de Pietro Bembo au cardinal da Bibiena, en date du 3 avril de cette annéelà (voy. Epistolæ Bembi, lib. II, p. 16). Au nombre des improvisateurs qui étaient en faveur auprès de Léon X, il faut encore ranger Brandolini et Camillus Querno, mais surtout Andrea Marone de Brescia, qui improvisait au son de la viole et qui, à la fête de saint Côme, que le pape faisait célébrer avec grande pompe en l'honneur de ses ancêtres, gagna le prix de Pimprovisation (voy. W. Roscoe, Vie de Léon X, t. II, p. 137). On pourrait rapporter à ce triomphe poétique les feuilles de laurier et les immortelles que le Violoniste tient avec son archet. On sait que Marone resta longtemps auprès du cardinal Hippolyte de Médicis, à la cour de Ferrare, mais il ne voulut point aller en Hongrie avec ce cardinal et il retourna à Rome (P. Jovius, log. LXXI).

Il résulte de ces faits que cet improvisateur était encore jeune à l’époque de Léon X, et l’on peut en conclure que ce portrait est bien celui de Andrea Marone.

Nous avons vu une ancienne copie de ce tableau dans la collection du comte Marc Antonio Oddi, à Pérouse; et une copie, qui est dé l’école de Raphaël, mais qui reproduit seulement la tête du Violoniste, dans la galerie Chigi, à Rome.

GRAvURES : J. Felsing. In-fol. — Pietro Salvatori del. et inc. Mauvaise planche. In-fol. — Grav. par Giov. Buonafedi. Petit in-fol. — Lith, par Grevedon, d’après un dessin de Bosse. In-folio. — De même, et d'une manière excellente, par P. Guglielmi. Romæ, 1831. In-fol. — V.-F. Polle. In-fol. — Alb. Heinze, 1856, in-fol. — Au trait, dans l'ouvrage de Longhena, p. 87.

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