‹ Raphael d'Urbin et son père Giovanni SantiChapitre 218 sur 407 · La Vierge de Saint-Sixte (Madonna di San Sisto · texte numérisé non relu

La Vierge de Saint-Sixte (Madonna di San Sisto

Sur'toile: H.:92187;1.272:

Entre deux rideaux verts tirés de chaque côté du tableau, le spectateur voit la Vierge, semblable à une apparition, debout sur des nuages lumineux, et tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Une gloire immense, formée de têtes d’anges sans nombre, l'entoure de son rayonnement doré et bleuâtre. Le pape saint Sixte, vêtu d’une tunique blanche et couvert d’un pallium d’étoffe d’or doublé de pourpre, est agenouillé à gauche, sa tiare placée dans le bas à côté de lui. Il implore la mère de Dieu, et semble montrer de la main droite son troupeau qu’on ne voit pas. En face, à droite, est agenouillée sainte Barbe, les mains croisées sur sa poitrine et contemplant avec amour les fidèles qui sont censés en adoration dans le bas du tableau. On voit encore deux anges s'appuyant sur un balustre qui termine la partie inférieure de cette peinture ; l’un d’eux lève ses regards vers le haut, et l’autre dirige les siens vers le spectateur avec une grâce ravissante. Nous nous sommes déjà étendu, dans la Vie de Raphaël, sur les hautes qualités de ce chef-d'œuvre incomparable, c’est pourquoi nous nous bornerons à consigner ici les remarques suivantes, quoiqu'il nous serait facile de découvrir des beautés nouvelles à chaque nouveau coup d'œil jeté sur cette merveille de l’art. Ce qui distingue surtout cette peinture entre toutes celles qui appartiennent aux dernières années de Raphaël,

c'est qu’elle a été, selon toute apparence, entièrement peinte de sa propre main; car chaque coup de pinceau y est si magistral, si vivant, si spirituel, la couleur est d’un ton si lumineux, si transparent et si harmonique, l’expression des têtes est si suave, si angélique, qu’il n’y à que Raphaël qui ait jamais pu atteindre à cette sublimité de l’art. Il nous semble même que Raphaël, dans un de ces moments d'inspiration où son génie, comme touché du doigt de Dieu, se remplissait d’un enthousiasme éthéré, aura jeté sur sa toile, d’une main brûlante, l’esquisse de cette composition d’après les modèles divins qu’il voyait dans le ciel. Puis, après cette espèce d’extase, animé encore du même feu, il aura cherché autour de lui sur la terre des modèles humains pour achever les têtes de son tableau, comme pour celle de la Vierge, laquelle, si divine et si éclatante de majesté qu’elle soit, a été pourtant, comme nous Pavons fait remarquer en décrivant le portrait précédent, faite d’après sa maitresse, sinon inspirée par elle. Mais, sans aucun modèle et sans étude préparatoire quelconque, doit avoir été peinte la tête de sainte Barbe; aussi estelle moins remarquable que les autres. Les deux têtes des petits anges, si belles qu’elles soient, n’accusent pas non plus la même étude que la petite tête de l’enfant Jésus, au regard pénétrant, si admirable sous tous les rapports; ces petits anges semblent même avoir été ajoutés après coup, lorsque le bas du tableau était déjà achevé. Raphaël aura trouvé trop vide cette partie du tableau, et il y aura mis deux anges pour le remplir ; ce qui confirmée notre supposition, c’est que ces têtes, très-légères de pâte, couvrent à peine les nuages du dessous.

De ce que ce tableaw est peint sur toile, de même que pour le Saint Jean-Baptiste, peint à la même époque, M. de Rumobhr a cru pouvoir exprimer cette Opinion (/tal. Forschungen, t. II, p. 131), que cette Madone avait été originairement destinée à faire une bannière. Cette supposition toute gratuite eSt très-invraisemblable, car Raphaël, qui était alors à l’apogée de sa réputation, n’eût pas accepté une commande de cette espèce, et personne n'aurait osé faire si peu de cas d’un ouvrage de sa main, que de livrer un trésor si précieux aux chances de destruction qui menaçaient une bannière d'église. D'ailleurs, Vasari avait vu, vers le milieu du seizième siècle, le tableau déjà placé sur l'autel de l’église du monastère de Saint-Sixte, à Piacenza, sans soupconner, le moins du monde, que cette Madone eût jamais eu une autre destination. Bien mieux, il commet une erreur dans la description de ce tableau, puisqu'il le dit peint sur bois. On pourrait tout simplement admettre que, pour épargner des frais de transport trop élevés, les moines de Saint-Sixte avaient préféré que la peinture fût exécutée sur-toile.

En 1754, ce tableau fut acheté par l'électeur de Saxe, Auguste II, au prix de 11,000 sequins, ou, comme Winckelmann Pécrivit à Rerendis,

sous la date du 17 septembre 1754, pour 60,000 florins, sans compter les frais de transport ni les présents. En outre, l’église de Saint-Sixte recut de l’acquéreur une ancienne copie peinte par Paris Nogari, laquelle occupe encore la place de loriginal. Le peintre Giacomo Giovannini accompagna le tableau jusqu’à Dresde, où, comme nous l'avons déjà rapporté, il fut recu avec pompe. Il y a quelques années, on reconnut la nécessité de le nettoyer et de lui redonner un vernis nouveau. On fit venir, à cet effet, le célèbre restaurateur de tableaux, Palmaroli, de Rome. II s’acquitta de ce travail avec le soin le plus scrupuleux, et il laissa même subsister quelques retouches anciennes, que déjà Giovannini avait signalées avant l'achat du tableau. Mais, comme les couleurs de ce tableau étaient devenues trèssèches, la peinture semblait couverte de taches, et l’on croyait que Palmaroli l'avait nettoyée trop fortement. De nos jours seulement, on a reconnu la vraie cause de ces taches désagréables à l'œil, et une commission nommée exprès pour y remédier eut l'idée de faire baigner le revers du tableau avec une huile volatile. Le lendemain même, toutes les couleurs ayant repris leur lustre primitif, ce chef-d'œuvre reparut dans un état parfait, et, pour ainsi dire, ressuscité.

Gravures : G.C. Schultze. Gr. in-fol, pour l'ouvrage de la Galerie de Dresde. — Friedr. Müller sc. Dresde. Avec une dédicace au roi Frédéric-Auguste de Saxe. Infol. — Copie de cette planche par Fil, Tosetti, 1821. — De même, par Ignazio Pavon Romano, gr. in-fol. — Dessart, in-fol. — Thouvenin, in-fol. — F. W. Meyer. Petite

planche. — Nordheim. Sur acier. Grand in-fol. — M. Steinla del. et ine. Grand in-fol. — A. Boucher Desnoyers del. et inc., 1841. Grand in-fol.— À l'aquatinte, par William Say, 1826. Grand in-fol. — Lithographies : G. Bodmer, grand in-fol. — Hanfstengel, grand in-fol. — Noël, grand in-fol, — A. Maurin, grand in-fol. — Th Driendi, grand in-fol. — L, Maurin, 1842, pour le Musée chrétien. — Louis Zoellner, 1853, très-grand in-folio. — Les figures isolées, grandeur de l'original,

d’après les dessins de Schlesinger, lithog. par Suessnapp. Parties isolées du tableau.

La Vierge seule avec l'Enfant : J. J. Agar, 1799, d’après un dessin de Saydelmann ; au pointillé, impr. en couleur dans un rond de 7° 3” de diamètre, — La Vierge en demi-figure avec l'Enfant, par A. Ochs. In-fol. — A la manière noire, par un anonyme (Tauriscus, p. 198). — Seulement la tête de la Vierge, par David Weiss, dans un ovale. Haut. 1” 9°”. — La Vierge, demi-figure à l’eau-forte, par Weller. Petit in-4°., — Les deux Anges, grav. par G. Luiz, avec ce texte : Wer weise isl, der hürt.

Copies de la Vierge de Saint-Sixte.

a.) Une copie passa de l’abbaye Saint-Amand, à Rouen, dans le musée de cette ville. Dans la Revue encyclopédique de 1896, il est dit que Raphaël avait peint cette répétition pour le cardinal d'Amboise. Mais le premier cardinal de ce nom mourut à Lyon, le 25 mai 1510, ainsi donc longtemps avant que Raphaël ait été capable d'exécuter un pareil tableau. Le second cardinal d’Amboise, qui vivait plus tard, contribua de ses deniers, en

PEINTURES DE RAPHAEL. 281 1544, à la réédification de la tour de l'église Saint-Amand. Ces dates suffisent pour prouver que Raphaël n’a pas peint cette Madone pour le cardinal d'Amboise. Mais le tableau de Rouen s'élève lui-même contre cette tradition ; car son exécution trahit le style du dix-septième siècle. Ainsi la mitre et la crosse, que le copiste a placées auprès du pape, au lieu de la tiare, et les fortes tresses garnies de glands du rideau, ce sont là des variantes qui dénoncent, comme nous l'avons dit, le goût du dixseptième siècle. D'ailleurs, le dessin est bien éloigné de celui du tableau original, et les anges lumineux qui composent la gloire de la Vierge sont surtout très-lourds. La pâte est épaisse partout, ce qui fait que cette copie à tant poussé au bois. La belle lithographie d’Aubry Le Comte en donne donc une idée trop avantageuse, et il est probable qu’il se sera servi en l’exécutant de la gravure de Fr. Müller.

b.) Une très-faible copie se trouve dans l’église S. Severino, à Naples.

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