La Bataille de Constantin
H. 22 palmes; 1. 50.
Le lieu de la scène est sur la rive gauche du Tibre, aux portes de Rome ; le pont Milvius (ponte Molle) forme le fond à droite, et l'horizon est fermé par la chaîne des collines de Monte Mario, vers le mont Janicule. L'empereur Constantin, au milieu du tableau, traverse le champ de bataille, monté sur un cheval aux formes puissantes, et tourne sa lance contre Maxence, qui se trouve acculé avec son armée au bord du Tibre. Celui-ci, sur son cheval, cherche vainement à traverser le fleuve. Trois anges, aux épées flamboyantes, volent au-dessus de l’empereur et annoncent la victoire que Dieu lui envoie. En attendant, la lutte continue à outrance, quoique les troupes de Maxence reculent et se dispersent en désordre à l’approche de la cavalerie de Constantin. On voit déjà les fuyards sur le pont. La variété d'épisodes qui forment cette vaste composition en fait un des plus riches tableaux de bataille qui existent. Nous nous bornerons , pour de plus amples détails, à renvoyer le lecteur à ce que nous en avons dit dans la Vie de Raphaël.
Richardson rapporte (t. IV, p. 427), d’après les dessins qui se sont conservés de cette Bataille, que dans l'exécution plusieurs figures ont été omises, dont l'absence a modifié le caractère d’archarnement et de confusion que Raphaël avait voulu mettre dans la lutte. Ainsi, on ne voit pas, dans la fresque, un porte-étendard et deux autres soldats qui cherchent leur salut en nageant dans le fleuve. On ne voit pas non plus toute la partie du combat qui s’étendait jusque dans les ravins de la montagne et qui se lie, dans les dessins, avec les épisodes du premier plan. Il est possible que Raphaël ait fait lui-même ces changements dans le carton, dont un fragment se trouve encore à la bibliothèque Ambroisienne de Milan; car, dans la peinture, il n’y a point de lacune apparente, et Jules Romain ne paraît avoir introduit aucun détail étranger à la composition primitive.
Ce qui distingue cette Bataille, c’est d’abord son ensemble grandiose, c’est aussi la richesse des épisodes, qui tous sont aussi vivants que vrais, parfaitement adaptés au sujet et propres à donner d’une bataille l’idée la plus juste et la plus saisissante ; c'est enfin le dramatique du sujet, où l’on ne voit pas seulement la rage des partis qui sont aux mains, mais où, tout en évitant des scènes sanguinaires qui n’inspirent que le dégoût, le maître a cependant, par différents groupes, dépeint de la manière la plus vive et la plus touchante le malheur des guerres civiles.
Quelle richesse a déployée le génie de Raphaël dans la création de cette Bataille, et combien pauvres nous paraissent, comparativement, certaines œuvres du même geure, qui ont cependant acquis à leurs auteurs une assez
grande gloire ! — De nos jours, il n’y a guère que la Prise de la Smala, par Horace Vernet, qui, partant d’un point de vue tout à fait différent, a cependant rivalisé d'invention avec l’œuvre de Raphaël. — Cette peinture murale porte cetfe inscription : B. Val. Aurel. Constantini Imp. victoria qua surmerso Maxentio Christianorum opes firmatae sunt.
L’excellente exécution de cette fresque est attribuée, avec raison, à Jules Romain , quoiqu'il ait pu se servir de l’aide de ses élèves, comme le dit Scanelli, et connme l’indiquent aussi certaines ombres qui s’éloignent du ton rouge-brun qu’il affectionne, pour se rapprocher d'un ton noirâtre.
En général, la couleur de cette peinture est un peu froide; par contre, le dessin est juste et ferme et le pinceau vraiment magistral. Aussi faut-il grandement louer la vérité parfaite du costume ancien, tant des vêtements que des armes, vérité qui ne manque pourtant pas de fantaisie.
Raphaël possédiait ces qualités à un degré très-élevé, et plus que Jules Romain qui se permettait souvent une liberté fantastique, en plaçant, à côté de figures amtiques, des personnages vêtus à la manière du moyen âge, comme nous l'avons vu dans le tableau précédent, où Raphaël ne lui eût pas pardonné: son nain et ses deux pages. Francesco Penni se permit la même licence dans le tableau du Baptême de Constantin, où un page porte des fausses: manches tailladées en feuillage, qui étaient à la mode vers la moitié du quinzième siècle. Dans le tableau de la Donation de la ville de Rome au pape, se trouvent aussi plusieurs figures avec le costume du seizième sièclæ, figures qui cependant, pour la plupart, sont des portraits. Raphaël, toutefois, a montré dans l’École d'Athènes comment on pouvait introduir@ des portraits contemporains dans un sujet antique, sans faire pour Cella un anachronisme de costume.
Dessins pour la Bataille de Constantin.
a.) Une esquisse de toute la composition, esquisse différente de la fresque, a été vue, par Richardson, chez Malvasia ; plus tard, elle se trouvait dans le cabinet Crozat et actuellement elle fait partie de la collection du Louvre.
b.) On à vu, au palais Borghèse, à Rome, jusqu’en 1812, -une autre esquisse , qui fut achetée par le comte russe Balck.
c.) Richardson cite une troisième esquisse (t. IV, p. 15) qui se trouvait de son temps en Espagne; il la croit également originale; mais, suivant Ant. Ponz ({. VI, p. 121), ce n’est qu’un dessin fait d’après la fresque. Au reste, ce dessin n’est plus dans la collection.
d.) La collection de la bibliothèque Ambroisienne, à Milan, conserve un fragment du carton de Raphaël.
e.) Une étude pour un groupe, qui est dans la collection royale d’Angleterre, représente un guerrier protégeant, contre l'attaque de l'ennemi, un
frère d'armes renversé à terre. On croit que c’est une esquisse qui n’a pas été utilisée pour la fresque.
f.) Étude pour deux soldats dans le fleuve, à la pierre noire. Collection d'Oxford.
g.) Étude pour un homme assis, à la pierre noire. Collection d'Oxford.
h.) Étude pour un homme renversé à terre, à la pierre noire. Collection d'Oxford.
i.) Cest vraisemblablement pour cette Bataille qu'avait été faite aussi une esquisse à la plume, représentant des combattants nus, dont deux sur des chevaux renversés, et un troisième au milieu, vu de dos, tenant une lance ; des six autres, on ne voit guère plus que la tête.
Il existe une belle gravure d’après cette esquisse, par Adam Bartsch, in-folio en largeur. Nous ne saurions indiquer ce qu’est devenu le dessin.
Gravures : D’après une esquisse de Raphaël, différant de la fresque, Giulio Bonasone, 1544. Bartsch, t. XV, p. 134, n° 84. Si cette estampe est vraiment exécutée d’après une esquisse de Raphaël, comme le ditl’inscription dans les épreuves postérieures, on est cependant obligé d’avouer que l’on y reconnaît à peine sa manière. — La partie gauche de la bataille jusqu’à l’empereur Constantin, à l'eauforte, par Orazio Farinati, nommé aussi Battista del Moro. Bartsch, t. XVI, p. 171, n° 6, et p. 200. — D'après la fresque, J. B. de Cavallerijs inc., 1571, avec cette inscription à gauche : Imperator Cœsar Constantinus. liberati asservit. 2 pl. in-fol. en largeur. — Copie de cette planche, par le Maître au monogramme KS. Voy. Brulliot, t. I, n° 2775. Avec cette adresse : Antwerpiæ Marlin Petri exc. 4 pl. ajustées. H. 13” 3”; L. 45” 6°”. — Peter Scalberge, 1637, en 4 pl.— Pietro Aquila Palermitano, 1683, del. et incid., en 4 pl. Les secondes épreuves avec l'adresse de Rossi. — A l’eau-forte, par Woyriot, d'après un dessin de Boucquet, avec une inscription commençant ainsi : Monseigneur, les philosophes tiennent que les faits héroïques, etc. Longue planche étroite. H. 5” 8”; 1. 15”.— A l’eau-forte, par Balth. Pavillon. Très-petite planche. — Légère eau-forte, par Ant. Banzo. Format atlas en larg. — Aloysio Fabri, gr. pl. en larg. — Landon, n° 299.