La Donation de la ville de Rome au Pape
La quatrième peinture murale de cette salle représente l’empereur donnant à l’évêque de Rome le gouvernement de cette ville. Le lieu de la scène est l'intérieur de l’ancienne église de Saint-Pierre. Saint Sylvestre, assis sur un trône, dans le fond, à gauche, recoit, en bénissant, le présent de l’empereur, qui est agenouillé devant lui et qui lui remet symboliquement une figure allégorique, en or, de la ville de Rome. Aux côtés du pape se tiennent plusieurs prélats, et, parmi les personnes agenouillées derrière l’empereur, Bellori croit reconnaître un membre de la famille Flavi, qui était alors grand maître de l’ordre de Saint-Grégoire, ordre que l'on prétend avoir été fondé par Constantin. Des gardes suisses, costumés comme ils le sont encore aujourd’hui à Rome, font le service intérieur de l’église et empêchent qu’elle ne soit envahie par Ja foule. Parmi ceux qui se tiennent entre les colonnes, à droite, on pourrait rechercher les portraits que Vasari indique dans la Vie de Jules Romain, savoir : celui de ce peintre lui-même, que l’on reconnaît dans la figure de l’homme cou-
vert d’une toque et un peu plus élevé que les personnages qui l’entourent; puis les portraits des poëtes Pontano et Murallo. Ensuite on voit en face, à gauche, le portrait, également cité par Vasari, du comte Baldassare Castiglione, l'ami fidèle de Raphaël et le grand protecteur de Jules, qu’il attira plus tard à la cour de Mantoue. Une foule assez nombreuse, composée surtout de femmes et d'enfants, est agenouillée au premier plan, prêtant plus ou moins d'attention: à la solennité qui s’accomplit. On voit aussi un jeune et charmant garçon nu, qui, ne se souciant de rien, enfourche gaiement son chien, comme si c'était un cheval. Sur les deux colonnes les plus voisines du premier plan, on lit les inscriptions suivantes : Jam tandem Christum libere profiteri licet. Puis : Ecclesiæ Dos a Constantino tributa. Ces inscriptions se rapportent à l’édit de l’empereur en faveur des chrétiens et à la donation de la ville de Rome à l'Église.
Dans l’ordonnance de cette peinture, Jules Romain, à qui en appartient invention, a montré qu’il était un digne élève de Raphaël ; quelques groupes isolés sont aussi très-pittoresques et très-beaux, quoiqu'ils ne soient pas toujours convenablement adaptés au sujet, ce qui est sans doute difficile à éviter dans la représentation d’une scène à laquelle presque tous les spectateurs n’ont aucune part active. Pourtant Jules Romain aurait dû omettre maint détail qui fait un contraste inconvenant avec le sujet, entre autres le jeune garçon nu avec son chien, quelque gracieux que ce groupe puisse paraître d’ailleurs.
Titi et Bellori attribuent l’exécution de cette fresque à Raphaël del Colle. A en juger par la facile manière et la fraîcheur du coloris de cet ouvrage, qui à beaucoup d’analogie avec d’autres executés par le même artiste dans le pays d’Urbin, on peut considérer cette assertion comme Juste.
GRAVURES : par un ancien anonyme italien; seulement le groupe à gauche des trois femmes agenouillées à terre avec l'enfant, avec le jeune homme adossé à Ja
colonne et deux autres figures. En contre-partie. H. 8” 67”; 1. 6” 7°”. — Toute la composition, Jo. Bapt. Franco. Gr. pl. du côté opposé. Bartsch, t. XV, p. 137, n° 55. — Mranc. Aquila dans son Picture, etc. — Aloysio Fabri sc. Rom. Gr. infol. en larg. — Landon, n° 186.
Une esquisse pour les groupes principaux, dessinée à la plume et lavée au bistre (dans la manière de Jules Romain), a passé successivement dans les collections J. Stella, Coypel et duc d'Orléans ; ce dernier en fit don au duc de Tallard. (Voyez le Catalogue par Remy et Glomy. — Paris, 1756.) Ce dessin doit être celui que nous avons vu dans les mains de M. Major, de Londres. Il diffère en plusieurs parties de la fresque ; les draperies des figures du devant sont surtout d'un tout autre arrangement. L'enfant est fermement assis sur le chien. La mosaïque de la niche y manque. Les figures des trompettes dans l'ouverture ronde, ainsi que les figures plus rapprochées de l'autel, sont très-diflérentes de celles du tableau. Le
jeune homme qu’on voit debout au premier plan, et qui certainement est un portrait, n’est pas encore indiqué. Malheureusement ce grand dessin très-achevé, de Jules Romain, a beaucoup souffert, en ce que le bistre a mangé le papier.